En juillet 2014, les proches de Conrad Roy, 18 ans, sont sans nouvelles de lui et sont très inquiets. Suite à un avis de recherche le matin du 13 juillet, il est finalement retrouvé mort le jour même dans son camion sous des apparences de suicide. Après avoir fouillé les traces numériques qu’il a laissées derrière lui, les enquêteurs constatent que son destin semble avoir été détourné par une certaine Michelle Carter, qui devient une personne d’intérêt. Jusqu’à quel point une personne peut-elle être jugée coupable du suicide d’un proche ? Suivez-nous dans cette histoire où se mélangent amour, technologie et drame.

Épisode
#86 - Les textos mortels de Michelle Carter
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Ici Émile de Distorsion. Petit avertissement, l'épisode d'aujourd'hui concerne un sujet
très délicat. Pour en savoir plus, référez-vous à la description de l'épisode.
Vous êtes sur le point d'écouter Distorsion, un podcast sûr.
En juillet 2014, les proches de Conrad Roy, 18 ans, sont sans nouvelles de lui et sont
très inquiets. Suite à un avis de recherche le matin du 13 juillet, il est finalement
retrouvé mort le jour même dans son camion sous des apparences de suicide.
Après avoir fouillé les traces numériques qu'il a laissées derrière lui, les enquêteurs
constatent que son destin semble avoir été détourné par une certaine Michelle Carter,
qui devient une personne d'intérêt. Jusqu'à quel point une personne peut être jugée
coupable du suicide d'un proche? Suivez-nous dans cette histoire où se mélangent éthique,
technologie, amour et môme. Sébastien Lévesque, comment ça va aujourd'hui?
Ça va bien et toi Émile Gauthier? Ça va très bien, comme à l'habitude. Ce soir,
on a une histoire assez passionnante qui nous a déjà été suggérée par certains auditeurs,
donc on a hâte de vous en parler. Mais avant toute chose, qu'est-ce qu'on boit ce soir déjà?
Ce soir, on boit une bière sans alcool, mon cher Émile.
Ça arrive des fois qu'on boit des bières sans alcool.
Ça fait du bien au système aussi. Oui, vous le savez, à distorsion,
on aime bien la bière, mais on fait la promotion d'une consommation modérée et saine.
Oui, exactement. On prône les bonnes habitudes de vie.
Bien sûr. C'est de l'entreprise Loop. Loop, je ne sais pas si vous connaissez,
c'est une entreprise québécoise que je respecte beaucoup parce qu'eux à la base,
ils ne faisaient pas des bières sans alcool, ils faisaient des jus, mais à base d'aliments
qui ont été récupérés dans les épiceries et tout ça, les aliments un peu moins frais,
les fruits et légumes. Donc eux, ils font une loop, donc une boucle sur les produits pour
éviter les déchets. Exact.
Et c'est une bière qui est à la lime au citron et dans le fond, elle s'appelle Lime Lemon Sour.
Elle a une pointe 5 d'alcool, elle est excellente, donc on vous la recommande.
Absolument. On a aussi un Shout Out, une review 5 étoiles sur Apple Podcast qui nous
provient de Pierre-Yves Desjardins, sans doute un de nos seuls auditeurs du Nunavut. Il
nous dit « écoutez jusqu'au Nunavut, vous m'aidez à passer au travers mes runs loin de
la famille », parce que je crois qu'il est déneigeur en fait.
Oui, ceux qui ne l'ont peut-être pas vu sur notre compte Instagram, elle est là.
Oui, la vidéo.
Oui, on voit la vidéo de Pierre-Yves justement qui écoute l'intro de Distorsion pendant
qu'il déneige. C'est assez rigolo à voir.
Donc Shout Out à toi, Pierre-Yves.
Aussi, si vous voulez obtenir nos épisodes en avance et aussi un accès à nos after-shows,
vous pouvez vous abonner à notre page Patreon, c'est au patreon.com slash distortion. D'ailleurs,
on va avoir un after-show pour cet épisode-ci et on va discuter de d'autres cas similaires
ainsi que certaines mesures que les réseaux sociaux ont mis en place pour empêcher les
histoires un peu comme on va vous parler aujourd'hui. Donc, si vous voulez tout ça,
on a deux forfaits très intéressants sur notre page Patreon, une belle communauté
de très sympathiques de membres. Et sur ça, mon cher Seb,
sommes-nous prêts à se plonger dans l'histoire de Michel Carter?
Oui, mais avant d'aller plus loin, je voulais vous dire que si vous avez manqué la vente
du Black Friday et Cyber Monday de chez Polysleep, pas de souci, on a ce qu'il faut.
Un bon matelas, c'est tellement important. On se réveille mieux reposé,
sans douleur, le sommeil est de meilleure qualité et on est de bonne humeur au réveil.
Même moi, j'ai hâte d'aller me coucher tellement je suis bien dans mon matelas
Polysleep. Même que si c'est pas encore fait, je vous conseille de passer au format king.
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Et là-dessus, Seb, est-ce qu'on est prêt à attaquer l'épisode d'aujourd'hui?
Oui, monsieur!
C'est parti!
Le code d'aujourd'hui est assez particulier, Emile, parce qu'on va beaucoup parler de
l'imputabilité d'un texto, de la force, la puissance d'un acte qui peut être fait
par la parole, et même la parole numérique, par texto, jusqu'à quel point ça peut avoir
un impact, comment au niveau légal, ça peut être reconnu comme un geste pur et dur.
Comme si, par exemple, je te pousse devant un train pendant qu'il marche,
il y a des témoins, je risque d'être accusé, c'est clair.
C'est clair que je t'ai poussé devant.
Mais si, par exemple, si toi, tu te jettes devant parce que justement,
je t'ai texté juste avant, tu es un salaud, tu ne mérites pas de vivre.
Et là, c'est là que ça devient plus compliqué à prouver, justement,
jusqu'où va l'intention d'un texto versus l'action de la personne qui le reçoit a fait.
Tout le code d'aujourd'hui va vraiment tourner autour de ça,
parce que c'est très légal, en fait, parce que tout le côté moral, on s'entend.
Vous allez voir, c'est moralement inacceptable, tout ce que Michel Carter a fait.
Mais par contre, c'est vrai qu'au niveau légal, il faut se poser des questions.
Puis ça n'a jamais été adressé à tous les cas qu'on a.
La technologie, tu vois comment c'est difficile avec le droit.
Les lois, c'est long avant que ça s'ajuste.
Puis on va en voir encore toutes sortes de cas du genre.
Oui, puis c'est un débat qui est bien réel,
parce qu'on le voit beaucoup avec les réseaux sociaux,
entre autres, que ce soit dans les commentaires.
Il y a certains commentaires qui peuvent être, par exemple,
il y a beaucoup de gens qui reçoivent des menaces de mort par les réseaux sociaux,
des élus, des journalistes, des vedettes, même,
ou des gens qui ont été mis un peu sur la table d'exécution publique.
Puis il y a vraiment des réels débats autour de ça.
Est-ce que tu peux vraiment accuser quelqu'un de menace de mort,
même si la personne n'a pas encore passé à l'acte, du moins?
Et toutes les traces numériques autour de ça contribuent à monter une preuve.
Donc, c'est un peu un signe que les temps changent à quelque part.
C'est pour ça, entre autres, aussi, qu'il y a plein de médias qui désactivent les commentaires.
Oui, de plus en plus.
Oui, de plus en plus. On en entend toujours parler.
Ça sent encore à chaque semaine.
Mais dans le cas précis d'aujourd'hui, on ne parle pas évidemment d'un grand média.
On parle de textos échangés entre deux personnes.
Mais quand même, il semble avoir une zone grise
puis un certain besoin de jurisprudence autour de ça.
Oui, exactement.
Est-ce que tu peux pousser quelqu'un vers commettre un crime?
Est-ce que tu peux pousser quelqu'un vers mettre fin à sa vie?
Qu'est-ce que ça implique, tout ça, justement, le pouvoir d'un texto?
Parce qu'on est conscient que c'est bien juste des mots.
Mais lorsqu'il y a une relation qui est forte entre deux personnes,
c'est beaucoup plus que ça.
On tombe dans le gaz-lighting, dans la manipulation,
dans des phénomènes comme ça.
Puis c'est très présent et très présent auprès des jeunes aussi.
Oui, oui, exact.
Je dirais même que, même dans le cas-ci,
André, je ne l'avais jamais vu comme ça,
mais c'est une forme de violence conjugale.
Tout à fait.
Vu que c'est un couple, techniquement.
Donc, on en a assez discuté.
Je pense qu'on va se lancer dans l'histoire de
Michel Carter et de Conrad Roy.
Yes, allons-y.
Nous sommes tôt le matin du 13 juillet 2014 à Matapoisette,
qui est dans l'état du Massachusetts, aux États-Unis.
Conrad Roy III, 18 ans, est porté disparu par sa mère Lynn Roy.
Elle n'a aucune nouvelle de lui depuis hier soir.
Il ne répond pas à ses textos et appels,
ce qui est anormal de sa part.
De plus, son camion n'est pas là non plus dans l'entrée.
La première fois qu'elle s'est réveillée vers 1h du matin,
elle n'avait toujours pas de nouvelles,
mais elle n'était pas trop inquiète,
car parfois, il rentrait tard,
mais il rentrait toujours à la maison.
Il finissait toujours par coucher,
il n'y avait pas d'inquiétude.
Cependant, lors de son réveil à 5h30 le matin,
le camion de Conrad n'était toujours pas là.
Avant de quitter la veille,
il l'avait pourtant visé comme à l'habitude
où il s'en allait pour la soirée.
Elle a alors pris sa voiture
pour se rendre chez l'ami de Conrad
pour finalement constater que son camion Ford
n'était toujours pas là non plus.
Elle se rend chez son père, le père de Conrad,
pas là non plus.
C'est à ce moment qu'elle panique
et qu'elle l'appelle les autorités à 10h04 le matin.
Elle est aussi très inquiète
étant donné que Conrad a un historique de tentative de suicide
et prend des antidépresseurs.
Il lutte depuis son jeune âge
contre l'anxiété sociale et la dépression
pour lesquels il a consulté plusieurs thérapeutes au fil du temps.
Il suit même actuellement une thérapie
cognitivo-comportementale depuis quelques semaines
pour l'aider à aller mieux.
De plus, il a été hospitalisé
pour une overdose d'acétaminophen,
en Europe c'est le paracétamol,
à l'âge de 17 ans en 2012
parce qu'il a été vraiment abattu
après le divorce de ses parents la même année.
Je ne savais pas que c'était possible
une overdose d'acétaminophen.
Je suis resté bête, moi aussi,
il faut que tu en prennes.
Je n'ai pas trouvé la quantité,
mais je me suis demandé jusqu'à quel point
que tu devais en prendre.
Je me demande même si tu peux mourir,
peut-être faire une overdose
dans le sens que ton système n'en peut plus,
mais je ne sais pas jusqu'à quel point ça peut te tuer.
Peut-être une question de pression sanguine aussi.
Oui, sûrement.
En tout cas, s'il y a quelqu'un qui aurait la réponse,
ça pourrait t'apprécier.
Durant sa tentative,
il discutait avec une fille
qu'il avait rencontrée dans un groupe de soutien.
On ne sait pas sous quel format,
soit textos ou par téléphone.
Elle a eu heureusement le bon réflexe
d'appeler la police qui a permis de lui sauver la vie.
Il discutait avec elle de ses problèmes
et de son goût, de son désir de mettre fin à ses jours.
Il est à noter aussi qu'il prend l'anti-depressant
Citalopram,
qui est également connu sous le nom de Cilexa
depuis un certain temps.
Ce qu'il faut savoir,
c'est que ce médicament est très controversé.
Aux États-Unis, par exemple,
le Citalopram comporte un avertissement indiquant
qu'il pourrait augmenter les pensées
et les comportements suicidaires
chez les moins de 24 ans.
Ça aussi, vous allez voir,
on va en parler de l'impact des médicaments
de toutes sortes sur le cerveau des jeunes enfants.
Il n'y a pas tant d'études non plus
à long terme sur ces impacts-là.
De plus en plus, on dirait qu'on voit,
du moins en cours et tout ça,
des spécialistes parler des dommages
que certains médicaments peuvent faire.
Déjà, la prise d'anti-dépressant,
dans ce cas-ci, le 17 ans,
au moment de cet épisode-là, en 2012,
c'est de plus en plus présent dans les écoles secondaires aussi,
ce qui est, comment dire...
En fait, c'est une bonne chose que les ados consultent,
mais moi aussi, on dirait,
au niveau de la prise de médicaments à ces âges-là,
je suis, comment dire, je suis ambigu.
Oui, exactement, parce que...
Oui, parce que, souviens-toi, quand j'étais au secondaire,
c'est peut-être pas des choses qu'on parlait,
mais j'ai aucun souvenir d'un ami ou une amie qui...
Je me souviens même pas qu'on en parlait.
Oui, moi, j'en avais des amis qui en prenaient aussi,
puis c'est vrai que c'était tabou.
Oui, quand même.
Je pense qu'il y a une ouverture de plus en plus
envers ça, on le voit,
on parle de plus en plus de santé mentale
dans les médias, sur les réseaux sociaux et tout ça,
puis c'est une bonne chose, à quelque part,
je pense, de tenter de rendre ça moins ostressif.
Oui, oui, absolument, parce qu'on le voit,
même les athlètes professionnels qui sortent aussi,
qui souffrent de dépression,
ça devient des bons porte-paroles
pour les gens, normaux en guillemets,
qui se disent, moi, j'en souffre,
si une vedette en parle,
pourquoi moi, je ne pourrais pas en parler?
Bref, je referme cette parenthèse là-dessus.
Il faut savoir aussi que Conrad travaille comme capitaine de bateau
pour l'entreprise familiale de remorquages marins,
les Tucker Roy Marin Towing and Salvage Inc.
En fait, c'est vraiment...
Je savais même pas que ça existait,
mais c'est logique, un towing pour la mer.
Donc, il travaille avec son père,
son grand-père et son oncle.
Ce qui est impressionnant, quand même,
c'est qu'il a obtenu sa licence de capitaine
après avoir suivi durant trois mois
des cours du soir au Northeast Maritime Institute.
Cette année-là, en 2014,
il venait, ça faisait pas longtemps qu'il venait d'avoir sa licence.
Lors des recherches de la part des membres de sa famille
pour tenter de le trouver,
ils sont aussi allés voir s'il n'était pas sur la mer
ou sur l'eau avec un bateau et tout ça.
Et non, il n'était pas là.
Après avoir fait le tour de ses contacts
et de la ville sans succès,
le camion est finalement retrouvé dimanche matin,
le 13 juillet 2014,
dans le stationnement d'un Kmart à Fairhaven,
qui est une ville qui est située
à moins de 15 minutes de voiture de chez lui à Matapoisette.
À l'intérieur du camion,
on y retrouve Conrad qui est inanimé sur le siège du conducteur.
On peut y apercevoir également une pompe à essence
sur le siège passager avant.
Rapidement, les médics arrivent sur place trop tard.
La thèse du suicide en s'exfusant au monoxyde de carbone
est envisagée par les autorités.
Émile, peux-tu nous en dire un petit peu plus sur Conrad Roy?
Oui, absolument.
Conrad Henry Roy, de Third 3, donc,
est né le 12 septembre 1995 à Matapoisette, dans le Massachusetts.
Il a toujours habité cette ville-là.
Puis au moment des faits,
il était récemment devenu officiellement le capitaine de bateau
pour l'entreprise familiale de Remorqueur dont on parlait.
Et malgré son succès académique et avec les autres,
c'était quelqu'un qui était assez populaire,
il était parfois socialement anxieux d'aller à l'école
et en classe en général.
En juin 2014, un mois avant le drame,
il obtient son diplôme de l'Old Rochester Regional High School,
en plus d'être sur le tableau d'honneur
qui représente les étudiants avec les notes les plus élevées à Matapoisette.
Au secondaire, il pratiquait la course à pied, le baseball et l'aviron.
C'était quelqu'un qui était assez, comment dire,
il avait des bonnes habiletés sportives,
puis ça semble être quelqu'un qui était très intéressé
par la mer et les sports nautiques.
Après l'obtention de son diplôme,
il devait aller à l'Université d'État de Fitchburg
pour étudier l'administration des affaires,
mais il a décidé de ne pas y aller
parce qu'il luttait toujours contre l'anxiété sociale et la dépression.
Donc il l'avait quand même dure de ce côté-là,
donc déjà, à l'adolescence, pour lui,
ça le bloquait dans ses avancements.
C'est quelque chose qu'il devait penser au travers
ou du moins apprendre à vivre avec.
Oui, oui.
Pour conclure, Conrad a été aussi frappé physiquement par son père
et agressé verbalement par son grand-père lors de son enfance,
ce qui l'aurait beaucoup marqué.
C'est des choses qui ne contribuent pas non plus à ton bagage
lorsque tu fais de l'anxiété et que tu peux être victime de dépression.
Oui, absolument. Ça a un impact.
Il y a une prévalence directe, je te dis.
Ah oui, tout à fait. Donc pauvre lui.
On retourne à l'enquête. Merci, Emile.
Étant donné les circonstances de la situation,
une enquête est ouverte par les autorités de Fairhaven,
le lieu du drame-là.
Conrad a laissé un journal intime avec plusieurs notes de suicide
s'adressant à sa famille.
Il a également inscrit ses mots de passe d'ordinateur et son iPhone.
On voit qu'il avait bien planifié son affaire quand même.
Oui, il avait pensé beaucoup.
Oui, exactement.
Avec les traces numériques ainsi que physiques,
Conrad laissa beaucoup d'indices aux enquêteurs
pour tenter de découvrir ce qui a pu le mener à commettre l'irréparable.
Comment se marrent explorer ses messages textes?
Généralement, c'est assez révélateur des derniers instants de quelqu'un.
Oui, toujours une des premières choses qu'on regarde.
La dernière discussion s'est déroulée avec une certaine Michele Carter.
C'est alors que les enquêteurs ouvrent une boîte de pandas.
Les derniers échanges entre les deux étaient dérangeants.
Très dérangeants.
Le 2 juillet, soit la journée même de sa mort,
parce qu'il était retrouvé le 13,
mais vous allez voir, sa mort s'est plutôt déroulée le 12,
Michele Carter envoya une avalanche de messages lui demandant
s'il allait se suicider ce jour-là,
ignorant ses craintes et l'encourageant même à plusieurs reprises à commettre l'acte.
Le tout commença le 12 juillet avec un message assez tôt le matin.
À 4h07 du matin, de la part de Michele,
elle lui écrit « Conrad ? »
4h18, elle lui réécrit « Es-tu là ? »
Il lui répond « Désolé, je suis tombé endormi. »
« C'est ok. Pourquoi tu ne m'as pas fait ? »
Puis là, il répond « Parce que je suis too messed up. »
On dirait que j'avais de la misère à la traduire en français,
je suis trop confus, exactement, mélangé.
Il y a différentes discussions pendant encore une minute.
Puis quand elle dit « Pourquoi ne l'as-tu pas encore fait ? »
c'est mettre fin à ce jour.
Exactement, merci de préciser.
Parce que justement, c'est dans les discussions depuis longtemps entre les deux.
Puis vous allez voir, c'est tellement malsain, ça n'a pas de bon sens.
4h22, elle lui dit « Tu ne dois pas y penser, tu dois juste le faire.
Tu as dit que tu allais le faire.
C'est comme si je ne comprenais pas pourquoi tu ne l'as pas fait. »
Puis lui répond « Je ne comprends pas non plus. »
Mais déjà là, d'habitude, si ton chum ou ta blonde ne va pas bien,
on s'entend-tu que ce n'est pas ces mots-là que tu vas utiliser ?
Tu vérifieras pas s'il le fait ou non,
et ne pas le traiter quasiment de « loser »,
ne pas avoir mis fin à ces jours-là.
Oui, elle le diminue en fait par ses textos.
Oui, c'est comme s'il la décevait en faisant ça.
Et ça continue comme ça durant plusieurs minutes.
Étant donné que le jour se lève bientôt,
Conrad décide de remettre le projet au soir même,
et il retourne se coucher.
On a un nouveau message de Michel à 9h08 le matin,
qu'il lui dit environ 5h plus tard,
« Est-ce que tu vas le faire aujourd'hui ? »
Et Conrad répond immédiatement « Oui ».
Oui avec quatre « i ».
Oui, exact.
Là encore, c'est plus irréel.
Elle lui propose de faire ça de jour
parce que c'est moins suspect.
Versus le soir, je n'arrive pas à comprendre l'argumentaire,
et qu'il n'aurait pas le temps de se penser trop là
et de changer d'idée comme hier.
En fait, là, elle veut qu'il agisse maintenant et tout de suite.
Elle lui dit que c'est simple
et qu'il n'a qu'à mettre un moteur à gaz dans sa voiture,
trouver un stationnement tranquille,
et c'est terminé.
Il mentionne aussi s'inquiéter pour ses proches après son départ.
Elle, Michel, en tant que bonne personne,
le rassure en lui disant qu'elle sera là pour eux.
Ça aussi, c'est encore tellement « weird ».
Bien sûr, ça, c'est en supposant que personne ne va jamais lire ces textos-là.
Oui, oui, ça, c'est une belle naïveté.
On en reparlera plus tard par rapport à ça.
Durant l'après-midi,
les discussions sont parfois anodines, mais toujours dérangeantes.
En fin de journée vers 17h,
le plan est concocté avec Michel par texto.
Il va se rendre dans le stationnement d'un centre d'achat
et faire ça autour de 9h00 p.m. à la fermeture des magasins.
Comme ça, il sera seul
et il sera retrouvé rapidement le lendemain.
Il ne veut pas paniquer trop sa famille.
C'est une de ses raisons, pourquoi il fait ça.
C'est assez surprenant de voir par toutes les étapes par lesquelles il passe.
Il est manipulé par sa copine,
mais en même temps, il réfléchit tellement que son plan prend forme
au point où « OK, je vais faire ça de jour.
Je ne veux pas qu'il y ait trop de temps avant qu'il me trouve.
Je veux m'assurer qu'il va y avoir quelqu'un pour mes proches. »
Il y a toute cette inquiétude-là qui est troublante du côté de Conrad.
C'est vraiment quelqu'un qui semblait avoir sa famille à cœur.
Il ne semble pas prêt à mourir.
C'est normal, il est tout jeune encore.
Il s'inquiète.
C'est moins une pulsion de suicide qu'on va voir chez d'autres victimes
qui vont dire « fuck it, je n'ai pas d'explication, let's go, je le fais. »
J'en connais personnellement des gens qui l'ont fait comme ça
sans se soucier de ce qui se passe après.
Mais on dirait justement qu'on sent que ce n'est pas lui qui commande.
Exactement.
C'est vrai ce que tu dis, qu'il réfléchit beaucoup.
C'est quelqu'un d'assez intelligent,
ce qu'on peut voir par ses résultats scolaires, ses habiletés sportives.
Je me demande si ça doit amplifier quasiment cette planification-là
versus quelqu'un qui est peut-être moins organisé, tout ça,
parce que justement le fait qu'il ait laissé les mots de passe de ses téléphones,
les journaux intimes, il a même écrit une lettre spécifique à Michel de suicide.
Donc comme tu dis, c'est vrai que c'est drôle, il a tout orchestré,
mais c'est ça, c'est de l'aide qui aurait fallu.
Comme quelqu'un qui appelle à 1866 appelle,
ils disent que quand tu demandes de l'aide,
ce n'est pas nécessairement que tu veux le faire,
mais tu veux de l'aide.
Tu me dis moins que ce n'est pas que tu ne veux pas le faire,
mais tu vas aller chercher quelque chose qui va t'empêcher
de le faire un peu instinctivement, j'ai l'impression.
Puis là, il n'y a pas ce support-là.
Puis de ce qu'on comprend, il n'en parle pas beaucoup non plus
avec son entourage de tous ses pensées suicideurs.
Également étrange, à la fin de cette discussion-là,
en fin d'après-midi, elle lui demande s'il a effacé leurs conversations.
Puis il répond que oui, en fait, qu'il les a effacés,
mais on le sait comme vous et moi que toutes les discussions
sont enregistrées par les compagnies...
Oui, c'est ça, les discussions de texte sont toujours enregistrées
par les compagnies de cellulaires, de téléphone en fait.
Mais ça, elle semblait l'ignorer.
À 18h25, il avise qu'il est presque arrivé au centre d'achat.
À 18h28, un appel entre les deux d'une durée de 43 minutes est effectué.
À 19h12, un autre long appel est fait,
cette fois-ci de 47 minutes est passé entre les deux.
C'était le dernier appel du couple.
Et la toute dernière communication effectuée par Conrad avec son téléphone.
Et il est probablement mort pendant qu'ils étaient ensemble au téléphone.
On y reviendra à ces appels-là,
parce qu'ils vont être hyper importants durant le procès.
Puis comme on sait, on ne peut pas...
Les compagnies téléphonées n'enregistrent pas les appels,
ça serait fou les données.
Mais ils ont quand même réussi à extraire par témoignage
ce qu'il y a pu se dire durant ces appels-là.
Et vous allez voir, c'est à glacer le sang.
À 20h03, quelques minutes après avoir accroché d'avec Conrad,
elle texte la sœur de celui-ci.
« Hey Camden, c'est Michel Carter.
Je ne sais pas si tu te souviens de moi,
mais je sors encore avec ton frère.
Haha, il ne m'a pas répondu.
Et je commence juste à m'inquiéter un peu.
Est-ce qu'il va bien?
Est-ce que tu sais où il est? »
C'est assez étrange, elle sait très bien où il est.
Elle lui répond qu'elle ne le sait pas,
mais qu'elle va demander à sa mère.
Elle lui demande également comment elle a obtenu son numéro,
parce qu'il ne se parle pas habituellement.
Elle répond que c'est Conrad qui lui a donné il y a quelques temps
et qu'elle ne veut pas l'effrayer.
Elle ne veut pas la faire « freak out ».
Parallèlement à ça, Camden a texte sa mère Lynn
pour savoir si elle a des nouvelles de Conrad.
Car Michel, que sa mère n'a rencontré qu'une seule fois en 2013
lors d'une partie de baseball de Conrad,
elle aussi, elle est sans nouvelles de lui, comme on vous disait.
Sa mère est surprise de lire ce prénom,
car elle n'est même pas au courant qu'ils ont une relation.
C'est ça, c'était pas...
Par les échanges, on a l'impression que son chum est blonde
parce qu'il y a beaucoup de « I love you » qui s'échangent.
Mais on dirait que c'était pas à sens unique, mais pas loin.
Parce qu'il n'en a jamais parlé à sa famille,
puis ça, ou presque.
Et ça pour sa mère, c'était étrange de la part de son fils.
Il était vraiment dans une bulle les deux.
Ouais, exact.
Fait encore plus étrange,
Conrad lui a dit qu'il allait chez une autre fille ce soir-là
car il avait beaucoup d'amis de filles, selon sa mère.
Donc, pour éviter les conflits,
elle demande à Camden de dire qu'il est sûrement chez son père.
Et sa mère va aussi texter Conrad vers 22h,
sans réponse, évidemment.
Et Michelle va recommencer à texter Conrad en soirée
après avoir parlé à sa sœur.
Ce aussi, c'est weird.
À 21h19, elle lui écrit
« S'il vous plaît, réponds-moi, j'ai peur, es-tu OK ?
Je t'aime, s'il vous plaît, réponds. »
Mais on le sait très bien,
elle a le raccroché avec lui autour de huit heures
et la ligne a raccroché.
À 22h36, Camden, la sœur de Conrad,
elle répond à Michelle qu'il est chez son père et qu'il dort
parce que c'est ce que sa mère lui avait dit de dire.
Vers 22h38, donc deux minutes plus tard,
Michelle écrit encore à Conrad
« Tu es chez ton père, je le sais.
Camden me l'a dit.
Je vais t'obtenir de l'aide dès que possible, je suppose.
Un autre texte, je pense que tu l'as fait. »
Avec trois petits points.
On peut remarquer ici par les échanges entre les deux
qu'elle semble, mais en fait même pas entre les deux,
à sens unique,
qu'elle semble vouloir laisser des traces numériques de soutien.
Tu sais, on dirait que les derniers textos,
c'est comme pour contrebalancer,
comme pour faire comme si elle s'inquiétait pour vrai.
Oui, tout en sachant qu'il est déjà mort.
Vous comprendrez que dès que les enquêteurs ont lu
ces troublants messages,
une enquête plus approfondie a été ouverte
à savoir qui est cette Michelle Carter.
À première vue, elle semble être sa copine
par les nombreux jetés méchangés, comme je vous disais,
mais quel blond inciterait son chum
à se tuer au lieu de l'aider à s'en sortir?
Avant d'aller plus loin, Emile,
parle-nous donc un peu de Michelle Carter
et comment ils se sont rencontrés, elle et Conrad.
Oui, Michelle Carter, elle,
elle est née le 11 août 1996,
donc elle est un petit peu plus jeune,
un an environ plus jeune que Conrad,
et elle est née à Plainville, dans le Massachusetts.
Elle est allée à l'école secondaire régionale
King Philip à Ratham.
Malheureusement, elle souffre de plusieurs problèmes
de santé depuis son jeune âge.
Elle a développé un trouble alimentaire
dès l'âge de 8 ou 9 ans.
Elle s'est également automutilée
en se coupant à l'adolescence.
Il est à noter aussi qu'elle prend des médicaments
contre la dépression depuis l'âge de 14 ans
et qu'elle est suivie à ce propos.
Donc, à part ça, très peu d'informations sur elle circulent.
Donc, c'est quelqu'un, elle aussi,
qui ne l'a pas eu facile.
C'est sans doute, j'imagine un peu là-dessus
qu'ils ont connecté en ligne, elle et Conrad,
un peu sur le fait que les deux souffrent de dépression
puis qui ont eu certains problèmes à ce sujet-là.
Donc, c'est entre autres une des raisons
pour lesquelles ils se sont rapprochés à ce point-là.
Oui, oui, oui, mais je trouvais ça bizarre même.
Tu vois que je trouvais que l'Internet ou les journalistes,
pas qu'ils punissaient Michel,
mais souvent les protagonistes,
on a beaucoup plus d'infos sur leur bio
puis on dirait que sur elles,
puis même partout, je voyais pas plus d'infos, pas plus d'infos.
C'est comme si personne ne s'intéressait tant que ça
à son passé, sauf qu'est-ce qui concernait vraiment la cause.
J'ai trouvé ça particulier quand même.
Oui, mais peut-être par respect aussi pour la victime
puis en même temps, je crois qu'elle était mineure au moment des faits.
Oui, tu as raison.
Conrad aussi d'ailleurs.
Je pense qu'il y a de ce côté-là peut-être
qu'ils se sont gardés une petite gêne
pour ne pas trop fouiller dans le passé.
Oui, oui, bien tu as raison,
parce qu'elle avait 17 ans quand elle a été arrêtée,
mais c'est ça, je n'en dirai pas plus.
Donc, Michel Carter et Conrad Roy
se sont rencontrés quelques années plus tôt en 2012,
alors qu'ils étaient tous les deux en vacances
avec leur famille respective à Naples, en Floride.
Cependant, bien qu'ils ne vivent qu'à peine une heure de voiture l'un de l'autre,
ils entretiennent une relation principalement virtuelle
par le biel des textos via leur téléphone.
Ils ne se sont rencontrés que cinq fois
au fil des deux années de leur relation.
De plus, selon l'entourage de Conrad,
ce n'était pas clair pour eux que c'était vraiment sa copine.
Non, c'est ça.
Il y avait toujours ce flou, ça semble.
Peut-être qu'ils se gardaient justement une petite gêne à ce niveau-là,
mais ils semblaient vraiment être très connectés,
très en symbiose, lui et Michel.
Cependant, ce n'est pas une relation
sur laquelle ils communiquaient à leurs proches,
même leurs meilleurs amis.
Non, exactement.
Et comment?
Moi, je trouvais ça particulier aussi,
le maintien de cette relation-là,
totalement virtuelle,
parce qu'ils habitaient à une ville, à une heure de route.
Une heure de route,
ce n'est pas tant une relation à distance que ça.
Oui, peut-être que tu ne peux pas te voir à chaque semaine,
mais Conrad avait une voiture en plus.
Ils ont fait le choix volontaire de presque jamais se voir.
Mais il y en a qui sont plus à l'aise comme ça.
Il y en a qui sont plus à l'aise avec des relations comme ça.
Ce n'est pas la première fois qu'on en parle dans Distorsion.
Il y a plusieurs couples virtuels
qui se sont jamais rencontrés ou presque dans la vraie vie.
Non, exactement.
Puis on dit que, en plus, à cet âge-là,
tu as les hormones dans le piton.
Tu veux vivre des choses, d'habitude, quand tu as 17-18 ans,
me semble que tu veux du contact humain, tu sais.
Vous comprenez ce que je veux dire, d'habitude.
Cette flamme-là est là,
mais je me pose la question si les deux états sur les antidépresseurs,
c'est connu que quand même,
disons que ça limite les émotions d'une certaine façon.
Je ne sais pas si ça peut avoir eu un impact aussi
ou si c'est juste parce qu'il était confortable comme ça, tout simplement.
Mais on ne le saura jamais,
mais on dirait que c'est toujours quelque chose qui me titille énormément.
On revient à notre histoire.
Le 13 septembre 2014,
environ deux mois après la mort de Conrad,
Michel participe à l'organisation d'un match de baseball
spécial organisé en l'honneur de Conrad par sa ligue de baseball,
qui est une ligue amateur, en fait.
Les profits amassés lors de cette journée
sont remis à l'Alliance nationale pour la maladie mentale,
ce qui est super en soi.
Le problème ici, c'est que Michel,
elle a organisé cela dans sa ville à elle
et non dans la ville de Conrad, à Matapouasset.
Mais pourquoi? Oui, c'est particulier.
Personne ne doit vraiment le connaître là-bas, en fait.
Et c'est plus difficile pour ses proches de s'y rendre.
Donc, c'est une drôle de décision
parce que maintenant, c'est sûr que c'est une histoire qui est publique,
mais c'est en raison des événements qu'on va dévoiler tranquillement.
Mais à ce moment-là,
ce n'est pas quelqu'un qui était connu du public.
Donc, c'est sûr que dans une ville voisine, personne ne le connaissait.
Donc, c'est un peu, comment dire, une démonstration de vertu
dans le simple but de tenter de se blanchir
ou du moins de redorer son blason.
Oui, puis de prendre un peu toute l'attention que ça va avoir aussi.
Puis même dans une discussion texte avec une amie
à propos de cet événement-là, même son amie, il a dit,
mais pourquoi ce n'est pas dans sa ville à lui?
Même une de ses amies, qui avait 17 ans, elle-même ne comprenait pas.
Elle a juste dit, c'est plus facile pour moi.
Mais encore là, ce n'est pas cool.
Et le lendemain de la levée de fond, le 14 septembre,
elle envoie un texto à Conrad, mais elle sait très bien qu'il est décédé
en lui disant qu'elle a amassé plus de 2 500 $
lors de l'événement du match de baseball.
C'est la dernière fois que Michel envahira un message à Conrad.
Elle semble être un peu dans le déni à ce moment-là.
Plus il fouille les traces numériques autour de Conrad,
plus les enquêteurs s'intéressent à Michel.
Et le 2 octobre, toujours en 2014,
elle est finalement interrogée au poste de police de Fairhaven
au sujet de la mort de Conrad.
Les autorités interrogent Michel et saisissent son téléphone portable
pour y inspecter son contenu
et les différents échanges qu'elle a eus avec Conrad,
mais également avec son entourage.
Lors de l'interrogatoire, on lui demande si elle lui a parlé
la veille ou la journée de sa mort.
Les enquêteurs, évidemment, connaissent déjà la réponse,
mais la réponse de Michel est très particulière.
Elle dit alors qu'elle lui a parlé cette journée-là
et que lors de leur dernière conversation, la ligne aurait raccroché.
Mais elle ne s'en était pas tant souciée,
ne sachant pas trop quoi faire.
Pourtant, il est clair que la discussion tournait autour du suicide.
Elle conclut que de toute façon, il voulait le faire.
Donc c'est bizarre un petit peu sa réponse.
Oui, et l'enquêteur qui répond « OK ».
Il est vraiment comme, tu sais...
J'en prends bonne note.
Lorsque les techniciens ont extrait les traces numériques du téléphone,
ils ont constaté qu'ils s'échangeaient plus de 60 000 textos,
photos, vidéos et messages vocaux au cours de relations.
Et 60 000 textos, c'est un nombre très élevé.
Oui, c'est imaginé, c'est beaucoup de textos par jour pendant deux ans,
différents messages, puis ça inclut aussi même les messengers, etc.
Ils ont tout extrait, c'est tout de même assez impressionnant.
Et par la suite, c'est là qu'a débuté une enquête menant au procès.
Là, on va tomber dans le procès.
Finalement, sept mois après la mort de Conrad, le 5 février 2015,
Michelle Carter est accusée d'homicide involontaire devant la cour.
Elle est relâchée sous caution le lendemain avec promesse de comparaître
et reçoit l'ordre de n'avoir aucun accès à Internet autre part que pour ses devoirs scolaires.
Elle ne peut pas non plus accéder aux réseaux sociaux et pas de SMS, sauf avec ses parents.
Il s'ensuit ensuite de nombreuses tentatives de la part de l'avocat de Michelle Carter
de faire annuler la cause parce qu'entre autres, elle interfère avec le premier amendement
qui protège la liberté d'expression.
Mais c'est fou, il y a tellement fait de demandes pour annuler sur toutes sortes de raisons.
Ça a étiré les procédures, mon gars, ça a pris des années à cause de ça.
À chaque fois, c'était toujours rejeté, toujours rejeté, toujours rejeté par la cause suprême.
Mais il tenait, il tenait, il tenait toujours son bout, ça a été assez incroyable.
Finalement, le 3 septembre 2015, les procureurs soutiennent que Michelle a ouvert un nouveau compte Twitter,
ce qui viole les conditions de sa libération.
La défense qualifiait ça de ridicule, mais ça reste que pour une personne comme ça,
je ne comprends pas pourquoi elle a fait ça.
Ça n'a pas eu de sur-conséquences sur la suite, mais j'ai trouvé son geste un peu audacieux.
Ben oui, c'est carrément se tirer dans le pied.
Mais est-ce qu'on sait sur quels réseaux sociaux ils se sont rencontrés, eux?
Non, ils se sont rencontrés physiquement, en fait.
Ces deux familles, ces deux familles, en fait, qui se connaissaient.
Puis dans un Parti de Noël, c'est comme ça qu'ils se sont vus.
Dans ce cas-là aussi, j'ai remarqué qu'il y a beaucoup de sources différentes.
Il y avait un YouTuber qui parlait qu'ils ont été même une partie du secondaire ensemble.
Mais étant donné qu'ils habitent vraiment quand même loin l'un de l'autre, dans le Guinness,
même si c'est des écoles régionales,
je doutais que les jeunes, à chaque jour, faisaient une heure de but, ou en tout cas.
Ça, je ne sais pas si ils se sont vraiment connus au secondaire avant,
mais la rencontre initiale, c'était vraiment dans une famille en Floride, comme ça.
C'est ça qui est particulier de cette relation-là, qui est devenue carrément virtuelle.
Mais la rencontre, elle était physique, elle n'était pas virtuelle.
Oui, mais je pensais qu'ils s'étaient peut-être rencontrés par avant, en fait, sur un réseau social,
avant de se voir en physique.
Non, même pas.
Finalement, plus de deux ans plus tard, deux ans là,
tout ça à cause de ce que je vous disais, les appels et tout ça,
le 5 juin 2017, Michel renonce à son droit à un procès devant jury.
Parce que ça aussi, ça aurait pu, ça peut changer les choses dans la,
pas la condamnation, mais dans le, si il est coupable ou non,
un jury, c'est pas seulement une seule personne qui décide.
Je pense que c'était à son avantage aussi de refuser un jury,
parce qu'on sentait qu'éthiquement, ce qu'elle a fait,
je ne pense pas que ça aurait passé.
Non.
En tout cas, bref.
Le 6 juin, donc le lendemain, le procès commence,
et là, le procès brosse un sombre portrait de deux adolescents,
c'est vraiment dérangeant, qui sont perturbés sous traitement médical,
mais dont la relation s'était résumée,
ensuite, essentiellement à des échanges par texto et coups de téléphone.
Au cours de son procès, les procureurs ont décrit
Michelle Carter comme une femme à la recherche d'attention
qui a utilisé son petit ami comme un pion dans son jeu malsain
de la vie et de la mort.
Et là, je cite la couronne.
Selon les preuves, elle voulait jouer le rôle d'une petite amie en deuil
pour obtenir la sympathie et l'attention dont elle a besoin.
La couronne a fait témoigner plusieurs amis,
et je les mets en guillemets, de Michelle,
qui, selon les photos sur les réseaux sociaux et tout ça,
Michelle semble être une personne entourée d'amis sportifs,
impliqués, mais dans la réalité,
on s'est rendu compte qu'elle n'a pas vraiment d'amis proches.
Non.
C'est pas quelqu'un qui, en fait,
a beaucoup de difficultés à entretenir des relations.
Elle devient rapidement toxique, en fait, très, très envahissante.
C'est ce que plusieurs de ses amis témoignaient,
c'est que dès que tu devenais amie avec elle,
tu te mettais à lui parler, elle te bombardait de messages continuellement.
Et c'est vrai que ça peut devenir harassant,
et elle avait toujours le même comportement,
donc tout le monde s'éloignait d'elle.
C'était vraiment quelqu'un qui cherchait constamment à obtenir l'attention.
Si vous écoutez le documentaire I Love You Now Die de HBO,
vous allez voir justement plusieurs témoignages de ses amis.
C'est vraiment...
Je trouve ça extrêmement malaisant de voir ça.
Donc, on comprend qu'elle a fait tout ça que pour avoir de l'attention.
C'est très, très triste.
Également, plusieurs échanges de messages textes troublants
ont été montrés devant la cour.
Par exemple, le 5 juillet 2014, elle lui écrivait
« Tu dois faire quelque chose rapidement,
quelque chose qui mettra fin à tout ça sans que tu ne te soucies de la douleur.
Tu m'as dit que tu voulais tout ça tellement fort,
mais je savais que tu n'allais pas essayer à fond.
Je me sens tellement idiote.
Tu as menti à propos de tout ça.
Tu m'as dit que tu allais le faire.
Je pensais que tu voulais vraiment mourir,
mais visiblement, ce n'est pas le cas.
Je me sens trahi et stupide », a-t-elle écrit.
Comme une fois un beau commentaire macavialique,
tu sais, ou démoniaque.
Ça n'a pas de bon sens.
Elle lui dit qu'elle se sent stupide et trahi
par sa non-action de s'être suicidé.
Oui, elle se victimise là-dedans par, comme tu dis,
par sa non-action.
C'est clair que pour les enquêteurs dans un cadre de procès,
c'est quelque chose qui pèse fort de certaines manières,
des textos comme ça.
On va y revenir tantôt.
J'ai plein d'idées qui me trottent dans la tête
que je ne comprends pas au niveau de sa personnalité.
Oui, c'est assez particulier.
À la barre, la couronne a fait devenir Michael Bates,
qui est un enquêteur qui a travaillé sur le dossier de Michel,
pour lire plusieurs autres messages qui sont assez dérangeants.
Il nous en sort un entre autres.
Et on y découvre que Conrad tente d'expliquer à Michel
qu'il est en colère à cause de son passé et de ses regrets.
Comme on vit tous un peu seul, on a tous des regrets.
Et elle, elle lui répond, au lieu de l'apaiser,
elle lui répond « Suicide-toi ! »
Puis lui, il lui répond « Tu crois que je dois le faire ? »
Donc, encore là, on est encore dans l'échange et dans la dynamique
pour le pousser à faire l'acte.
La Défense, de son côté, brosse un tableau différent,
affirmant que Conrad était suicidaire de le départ
et sur le point de se suicider pendant des années.
Donc, ce n'est pas de la faute à Michel s'il s'est enlevé la vie.
C'est quelque chose qu'il avait en lui.
La Couronne pense aussi...
La Défense pense aussi qu'il avait entièrement la capacité
de ne pas aller de l'avant.
La Défense compte également sur le témoignage du psychiatre Peter Breguin
qui décrit en détail, à la demande de la Défense,
les médicaments que prenait Michel Carter,
qui était traité dès l'âge de 14 ans pour dépression.
Elle a ainsi pris le célèbre antidépresseur Prozac pendant 8 mois
avant que la dose ne soit réduite,
puis le traitement a été arrêté et recommencé une nouvelle fois.
Selon ce médecin, le traitement l'aurait involontairement intoxiqué,
causant chez la jeune fille des délires mégalomanes
qui l'incitaient à penser qu'elle seule pouvait mener Conrad vers la mort
et s'occuper ensuite de sa famille.
C'est vrai que c'est quand même un peu mégalomane comme pensée.
Mais le juge Moniz a estimé que ce témoignage
ne suffisait pas à obliterer l'intentionnalité
du comportement de Michel Carter.
Juste avec ça, tu ne peux pas rayer de la carte
les 60 000 textos et tous les messages
qui ont contribué à le pousser vers l'acte.
On le voit même à sa défense, Conrad,
on le voit même dans ses textos,
qui n'est jamais sûr qu'il pense que je devrais le faire,
tu penses que c'est le moment et tout ça.
Donc, il n'y a pas l'air d'un gars qui est très, comment dire,
décidé à 100 % de le faire,
puis Michel, de son côté, mettons qu'elle tente pas vraiment
de l'aider, même au contraire.
Même la procureure a rappelé que lorsque Michel envoyait
ses messages à son copain,
elle avait bien conscience de ce qu'elle faisait.
Elle a notamment lu ce texto adressé à une amie
après la mort de Conrad et le texto dit
« S'ils lisent mes messages, je suis foutu.
Sa famille va me haïr et je vais aller en prison ».
Donc, elle était bien consciente de ça.
Le 13 juin 2017, les deux parties concluent leur plaidoirie
et l'affaire est désormais entre les mains du juge Moniz.
Le suspense était d'autant plus grand que l'état du Massachusetts
n'a pas, contrairement à d'autres états américains,
de lois pénalisant l'encouragement au suicide.
Elle encourt donc jusqu'à 20 ans de prison en cas de condamnation.
Oui, c'est assez fou, parce qu'au départ,
comme tu le disais, elle avait 17 ans,
mais à cause de la gravité du geste,
elle n'a pas été traitée au tribunal pour enfants.
Automatiquement, ils l'ont transférée pour adultes.
Puis même, ce procès-là va devenir une sorte de jurisprudence.
J'imagine.
Finalement, le 16 juin 2017,
Michel Carter est reconnu coupable d'homicide involontaire.
La peine est fixée au 3 août.
La décision du juge a relancé le débat
sur la responsabilité dans le suicide d'autrui.
Ce que le juge disait, c'est qu'il reflète la volonté
de la justice d'étendre la responsabilité juridique
en cas de suicide d'une autre personne, alors que,
par définition, l'acte de suicide est le résultat
d'un choix complètement indépendant.
On comprend qu'effectivement, l'acte de suicide,
c'est un choix qui est indépendant, qui est volontaire,
mais à quelque part, la manipulation existe.
Puis si on le voit dans le cas d'agressions sexuelles,
de chantages, de demandes de rançons qu'on voit
sur les réseaux sociaux de la part de prédateurs sexuels,
c'est valable aussi pour les suicides.
Si on peut inciter quelqu'un à nous envoyer
des images compromettantes dans le but de la faire chanter,
la même chose peut s'appliquer à envoyer des messages
à quelqu'un pour le pousser à mettre fin à ses jours.
Donc, je comprends le jugement du juge,
qui a un peu appuyé sur le bouton,
puis qui a rectifié les choses.
Comme quoi, c'est pas vrai que, oui, un suicide,
c'est un acte volontaire, mais à quelque part,
c'est possible de se faire manipuler dans ce sens-là.
Oui, même si la personne avait des intentions
de se suicider depuis plusieurs années,
on dirait que justement, ça ne fonctionne pas,
mais vous allez voir, le jugement va vous étonner
d'une certaine façon.
On arrive maintenant à la condamnation
Michelle Carter, 20 ans,
un reconnu coupable d'homicide involontaire.
Elle est copte de deux ans et demi de prison,
dont 15 mois ferme. Elle effectuera le reste
de sa peine en liberté conditionnelle.
Selon le juge, son comportement était vicieux
et dangereux et il a causé la mort
de M. Conrad Roy. Elle n'a pas été
emprisonnée immédiatement, car le juge
a accueilli favorablement une requête de la défense
en vertu de laquelle elle pourrait rester en liberté
en attendant le long processus d'appel
dans lequel il l'a amené. Ça a été wise
de sa part au niveau de l'avocat,
mais je me mettais dans une des seules places
où j'avais un peu d'empathie pour Michelle.
Tu trouvais selon elle aussi chez eux,
tu ne peux plus sortir de chez toi,
c'était déjà commencé à être médiatisé aux États-Unis.
Je me demande comment elle a dû vivre
dans une sorte de prison, selon moi,
même si elle avait une liberté à ce moment-là.
J'imagine qu'elle ne la considérait pas
comme dangereuse sur le coup,
mais elle n'avait pas le droit de consulter Internet
et d'être sur les réseaux sociaux.
À ce moment-là, l'histoire est devenue extrêmement populaire.
Tous les médias américains en ont parlé,
des médias comme Daily News,
qui s'accordent un peu aux faits divers
et aux trucs sensationnalistes.
Ils en ont vraiment parlé beaucoup,
et c'est devenu une grosse histoire
qui a vraiment secoué les États-Unis.
Comme tu dis, il y a eu un documentaire de fait par la suite.
C'est vraiment une histoire qui a fait boule de neige.
Michelle Carter, son nom était sur toutes les lèvres.
En plus, elle a un nom quand même commun,
qui est facile de se rappeler.
Il y a eu sans doute d'autres Michelle Carter
qui ont été victimes un peu de cette intimidation-là.
Mais bon, on ne va pas trop pleurer
sur sa douleur.
Exactement. Mais il faut savoir que ce ne sont pas tant
les nombreux textos dans lesquels Michelle a encouragé Conrad
aux tendances suicidaires avérées
à passer à l'acte qui semble avoir convaincu le juge,
mais plutôt un coup de téléphone
entre les deux adolescents.
Vous savez, les deux derniers appels en soirée
qu'on vous a parlé tout à l'heure de 40 minutes,
Conrad avait déjà commencé à passer à l'acte
en remplissant son camion de monoxyde de carbone,
à souligner le juge durant l'appel.
Alors que l'air dans le camion devient irrespirable,
le jeune homme en sort et les deux jeunes
se parlent longuement au téléphone.
Et elle lui dit, retourne dedans, ce qu'il fera,
tout en restant au téléphone avec elle.
Et là, elle l'entend commencer à tousser,
à se sentir mal, mais elle ne préviendra personne,
ni la police, ni sa famille.
Elle ne lui a pas non plus dit de sortir
de la camionnette à poursuivre le juge,
qui a estimé que c'est ce comportement vicieux
et dangereux qui avait causé la mort de Conrad.
Qui est vrai, là?
Juste ça, c'est dur à entendre.
Imagine au procès d'entendre ça pour la famille.
L'enfer.
C'est fou.
C'est l'enfer. Justement, dans le documentaire
des HBO, tout est filmé aux États-Unis,
puis tu la vois, sa mère, son père.
Ça fait mal, puis tu as les parents de Michel
qui sont très reclus dans le coin,
tout seul et tout ça.
On n'en parle pas beaucoup dans le cas d'aujourd'hui,
mais elle, elle disait, je fais une petite parenthèse,
que Michel, elle mentionne qu'elle n'a jamais été
beaucoup aimée par ses parents non plus.
Et que tout ça a sûrement contribué également
à tout ce besoin ultime d'attendance.
C'est comme si elle avait
une dernière chance de le sauver.
Avec tous ces textos où elle l'incitait à le faire,
là, il est dans le camion, il est en train de le faire,
elle aurait la chance de dire, OK, OK, c'est fini,
ce trip-là, Conrad sort de la voiture,
on arrête tout ce cirque, on le dit à nos parents,
puis on reste en vie.
Mais non, au contraire, elle insiste, elle insiste,
puis effectivement,
il n'y a pas meilleure preuve.
En fait, le juge a bien fait de pointer
précisément cet événement-là, parce que c'est sans doute
le plus éloquent et le plus troublant dans l'affaire.
Oui, absolument. Il faut rappeler que l'état du Massachussett
n'a pas de loi qui pénalise, comme on vous disait,
l'encouragement au suicide, contrairement à plusieurs autres
états américains. Le verdict de culpabilité
pourrait faire jurisprudence.
Mais malgré tout ça, malgré ce jugement-là,
il y a plusieurs experts qui estiment que le jugement
est complètement en contradiction avec le premier amendement
de la Constitution qui protège la liberté d'expression.
C'était pas mal tout le temps ça l'argument
de son avocat et d'autres petites subtilités.
On dirait que je comprends
la liberté d'expression, mais quand la liberté
enfreint la liberté d'autrui,
c'est plus de la liberté.
C'est comme un droit constitutionnel
ou un amendement de la Constitution américaine
qui en viole un autre.
Ça devait être la seule chose qu'il pouvait tenter de faire
comme avocat de la défense.
Oui, absolument. Lui, souvent, il s'attire
qu'il ne veut pas de débat sur la morale,
il veut d'un débat juridique. Lui, c'était vraiment
son cheval de batteur. Je me demande,
les dits tordus en France, en Europe,
avez-vous des cas comme ça?
Est-ce que ce type de situation est condamnable?
Est-ce que vous en avez eu?
Je me demande si ce genre de cas arrive
par exemple en France. Est-ce qu'on pourrait
se défendre sous un peu
les mêmes arguments que la Couronne
sur la liberté d'expression?
Je ne sais pas si tous les pays,
parce que les Américains ont tous cette loi-là
dans les pays civilisés, mais c'est vrai
que les Américains sont encore plus à cheval
sur la Constitution, on dirait,
plus que les autres pays. Je me questionnais par rapport à ça.
Suite à cette condamnation, plusieurs autres tentatives
d'appels ont eu lieu pour tenter de faire tomber
les charges contre elles, mais toujours sans succès.
Mais cet avocat-là pourrait presque être poursuivi
pour utiliser les fonds publics
indéfiniment comme ça.
Quand tu regardes la timeline des événements,
c'est fou le nombre de requêtes qu'il a fait.
Il en a une vingtaine facilement.
Il voulait soit gagner du temps ou tenter
un dernier recours. C'était sa seule munition.
En janvier 2020, juste un peu avant
le confinement mondial lié à la COVID,
Michelle Carter a été libérée après avoir purgé
seulement onze mois de sa peine en raison
d'un bon comportement. La libération de Michelle
intervient une semaine après que la Cour suprême
des États-Unis a rejeté son appel pour entendre
l'affaire et annuler sa condamnation.
Imagine, il y avait encore une semaine avant
d'être libérée, libérée, elle avait une réponse
d'un autre appel.
Mais ça me semble que c'est fou, onze mois de sa peine
pour un crime comme ça.
J'ai lu parce que, au final, c'était quinze mois ferme.
Et en prison aux États-Unis, quand tu te comportes bien,
tu peux accumuler jusqu'à dix jours de moins de peine
par mois selon les tâches que tu fais.
Ça peut aller vite.
Parce qu'elle était une prisonnière exemplaire,
elle travaillait à la cafétéria, elle était polie.
De ce que j'ai compris, c'est qu'elle a réussi
à maximiser ces dix jours qu'elle pouvait
accumuler pour diminuer sa peine.
Ce qui a fait que ça l'a réduit de quatre mois.
Quatre mois, c'est 120 jours.
C'est cohérent avec ça.
C'est tellement peu. Mais je suis d'accord avec toi.
Moi, j'aurais donné une peine bien plus sévère
que ça. Je le sais que c'est une des premières
condamnations du genre.
Mais on dirait que j'y aurais donné...
Je ne suis pas avocat. Ça ne veut rien dire.
Je ne suis pas un 5, 10, 15 ans à la ferme.
Pour éviter que ça n'arrive plus non plus,
il faut envoyer un message. Même si ce n'est pas commun,
on s'entend comme un crime. Mais bref.
Où est-elle aujourd'hui cette Michelle Carter?
Évidemment, Michelle a gardé son profil bas
et a évité l'attention du public à sa sortie de prison.
Selon ses conditions de libération,
elle est en probation jusqu'en 2025.
Il est peu probable qu'elle ait quitté les États-Unis depuis.
Une recherche sur Instagram aussi de son nom
ne donne aucun résultat non plus sans aucun autre compte
évidemment lié à la jeune femme de 24 ans.
Elle a un peu disparu des réseaux sociaux.
Il n'est pas impossible qu'elle ait changé de nom et d'apparence
compte tenu de la nature très médiatisée de l'affaire
qui a attiré l'attention des médias du monde entier.
Ça conclut un peu la chronologie des événements, Seb.
Écoute, c'est quand même assez troublant comme histoire.
C'est très triste. Moi, je suis curieux de savoir...
Je suis curieux de demander à nos auditeurs
qu'est-ce que vous pensez de ça?
Et puis aussi à nos auditeurs qui sont en droit.
On le sait qu'on en a des auditeurs qui sont là-dedans.
Wink, wink, Zofia.
Mais quelle est votre opinion? On en a aussi des auditeurs
qui sont dans le domaine du droit en Europe, tout ça.
Je serais curieux d'avoir votre opinion là-dessus
sur la condamnation, sur le poids des SMS.
Est-ce qu'un texto peut être vraiment une arme en tant que tel?
Parce que c'est un peu comme ça que c'est considéré.
Et justement, dans quelle mesure pensez-vous
qu'elle a commis un crime?
C'est un sujet qui est tellement nouveau,
mais qui en même temps fait des ravages.
Parce qu'il y en a d'autres histoires comme ça.
On va vous en parler d'une autre qui est assez troublante
dans l'after-show. Mais toi, Seb,
qu'est-ce que tu en as pensé de cette histoire-là
malgré le fait qu'on s'entend pour dire
que c'est énormément triste?
C'est non seulement triste pour Conrad, mais sa famille aussi.
Pour la famille de Michel Carter,
c'est des ados qui étaient quand même jeunes,
qui avaient toute la vie devant eux,
qui auraient pu être pris en charge,
être remis sur la bonne voie, qui auraient pu se sortir
de la dépression et tout ça.
Moi, j'ai le cœur brisé pour les parents de ces deux familles-là.
Oui, c'est à se déchirer le cœur.
Moi, il y a l'autre aspect.
On en a un peu parlé, les médicaments en bas âge.
J'ai l'impression que malgré que ce n'est pas
le facteur aggravant,
que ça peut pour vrai avoir un...
J'imagine qu'un peu comme le vaccin,
les avantages sont plus forts
que les inconvénients.
J'ai l'impression que c'est peut-être pour ça
que les jeunes sont de plus en plus médicamentés pour ça.
J'ose croire que sans ça,
qu'est-ce qui se passerait aussi?
Je ne sais pas.
On en donne tellement.
Quel impact ça va faire
dans le futur et tout ça?
Il parlait du Prozac,
et puis l'autre que Carter,
que Michel et Conrad prennent,
les deux le prenaient aussi.
Tout ça,
ça fait vraiment un genre de cocktail aussi.
J'ai l'impression d'être explosif au niveau émotif.
Je ne mets pas la faute là-dessus,
mais je me questionne pour la société.
Si ma fille, par exemple,
avait à souffrir de ça à 14 ans,
de dépression, je ne sais pas.
Je pense que je suivrai la médecine,
mais je me questionnerais beaucoup,
je serais beaucoup de recherches.
On dirait que ça m'inquiéterait plus que ça.
C'est difficile d'expliquer
qu'est-ce qui t'amène à la dépression.
On s'entend, les deux avaient des environnements familiaux
un peu battus, son grand-père aussi,
même si ça a l'air de des bonnes personnes
qui travaillent avec eux au quotidien.
Ça l'a traumatisée, elle qui n'a pas été aimée par ses parents.
Ça fait partie de ton bagage.
Oui, exactement.
Ça a des impacts.
Je suis quand même dépassé
que quelqu'un puisse se rendre jusque-là.
La survie humaine est basée sur l'empathie qu'on a pour les autres
pour se laisser aider, se soutenir.
Là, c'est comme si ça, c'était totalement évaporé.
Il n'y a aucune empathie envers lui,
sauf ce qu'elle voulait démontrer
qu'elle allait peut-être paraître à travers les textos.
C'est ça qui est drôle de sa conception qu'elle avait,
la technologie, comment ça marchait.
Les textos effacés n'existent plus,
et ceux qu'elle envoie, eux, ils restent là.
C'était juste ça qui allait être le film final
des autorités.
Toi, qu'est-ce que t'en penses, Emile, de tout ça?
Toi, Emile, qu'est-ce que t'en penses de tout ça?
En fait, t'as déjà dit beaucoup de choses
que je pense. Je te dirais, je suis assez d'accord avec toi
sur tout ça, mais si on revient à l'aspect
vraiment true crime de la chose,
moi, je trouve ça assez particulier de voir
ce qui se passait dans sa tête à Michelle Carter.
C'est-à-dire qu'elle tente de se bâtir un mobile
autour des textos en appelant la sœur de Conrad
et tout ça, mais en même temps,
c'est complètement contradictoire avec
tous les autres textos qu'elle a envoyés.
On dirait qu'il y a cette preuve-là
qui est présente,
les milliers de textos qu'on peut récupérer
autant du côté de Conrad que d'elle-même,
même si elle les efface de son côté,
ils sont quand même à quelque part,
les textos sont enregistrés auprès de ton fournisseur cellulaire de toute façon.
De ce côté-là, t'en laisses des traces numériques,
mais pourquoi après, elle veut en laisser
volontairement, en appelant ici et là,
en textant Conrad et tout ça,
mais c'est comme si elle oubliait toutes les autres textos qu'elle avait envoyés avant
et toutes les conversations qu'elle a eu.
Donc c'est vraiment étrange. On dirait qu'à un certain moment,
elle était tombée dans un genre de déni,
comme on a pu voir dans le cas de Bianca Devines,
dans le cas de Lindsay Soubanna-Rath
avec sa relation avec James Gamble,
qui ont planifié la tuerie d'Alifax.
À un moment donné, on dirait qu'ils sont comme à emporter dans cette espèce
d'émotion qui leur amène sans doute un roche d'adrénaline,
de cultiver un « crime »
qu'on dirait qu'elle ne voulait plus arrêter,
puis elle a complètement perdu le sens de la réalité.
Moi, c'est ce que je trouvais fascinant,
c'est son intelligence de vouloir se trouver un alibi,
d'une certaine façon, le match de baseball et tout ça,
versus sa stupidité de laisser autant de traces que ça dans l'univers.
Donc là-dessus, de ce côté-là,
ça me surprend que tout ça n'est pas joué contre elle,
même la manière dont elle a façonné son alibi.
Tout ça, ça démontre vraiment son côté machiavélique
puis un côté très lucide qu'elle avait.
Elle était en mesure d'organiser un événement de charité et tout ça.
Elle avait vraiment une certaine intelligence,
mais sur ce côté-là, elle a complètement manqué son coup,
mais en même temps, c'est ce qui a permis aux autorités de la faire condamner.
Mais moi aussi, pour moi, la peine, je la trouve ridicule.
Mais bon, on verra bien, parce qu'il y a d'autres histoires,
entre autres, qui se sont retrouvées en cours,
en lien aussi avec l'influence machiavélique qu'on peut avoir
jusqu'à pousser quelqu'un à aller vers le suicide.
On vous en parle, d'ailleurs, dans l'after-show de cet épisode-là
pour les abonnés Oui Monsieur sur Patreon.
On va discuter, entre autres, du cas de Yin-Yong Yu,
en fait, qui est tout aussi troublant.
On va en discuter brièvement, puis on va revenir aussi
sur des mises à jour que les réseaux sociaux ont fait
pour améliorer leur plateforme de ce côté-là.
Mais vous, qu'est-ce que vous en pensez, les 10 tordus?
Vous pouvez nous faire signe, vous pouvez nous en parler
sur le groupe de discussion sur Facebook.
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On vous rappelle, d'ailleurs, que Distorsion,
c'est une création de moi-même et Sébastien Lévesque
et que le montage est une réalisation d'André Beaupré,
que la musique de cet épisode-ci est une graciosité de Harvey
qu'on aime et que vous semblez aimer vous aussi.
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On donne aussi un bon fist bump à Anne-Marie B.
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Et je continue avec un gros hi-five à Pascal S.
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Pascal D.
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