À l’été 2009, les dix membres de la famille Shafia, immigrés depuis deux ans à Montréal, partent pour Niagara Falls afin de passer du temps en famille. Toutefois, à leur retour, les trois adolescentes de la famille ainsi que leur belle-mère Rona manquent à l’appel. Elles seront repêchées peu de temps après au fond du canal Rideau, noyées dans leur voiture. Les traces numériques laissées par Mohammad, le père de famille, ainsi que son fils Hamed, laissent croire aux enquêteurs qu’il s’agit d’un crime d’honneur. Emile et Seb reviennent sur cette tragédie qui a secouée le Canada.

Épisode
#43 - Le dernier voyage de la famille Shafia
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Y a-t-il des leçons à retenir de l'horrible drame de la famille Chaffier?
Plusieurs signaux laissés croire ou pire.
Des histoires étranges de l'ère numérique.
Comment est-il possible de faire du mal aux gens qu'on aime
dans le but de sauver l'honneur de sa famille?
Les crimes d'honneur sont bien réels
et c'est malheureusement ce qui est arrivé à la famille Chaffier à l'été 2009.
Véritable tragédie, cette histoire a ébranlé tout le Canada
en suscitant le débat autour de nos valeurs les plus profondes.
Suivez-nous pour le premier épisode de notre saison 4
où nous analysons les traces numériques
qui ont permis de résoudre ce crime sordide.
Sébastien Lévesque, comment vas-tu ce soir?
Ça va très bien, Emil Gauthier.
Je suis très heureux d'être de retour au micro pour cette saison 4.
Oui, on avait bien hâte.
On sait que vous aussi, les distordus, vous aviez hâte de nous retrouver.
Mais nous, c'est pareil, en fait.
On avait vraiment hâte de revenir pour cette saison 4.
Pour ceux qui se demandent, on ne change pas, en fait, Seb.
On ne change pas la musique du générique.
On ne change pas la formule.
On revient à chaque semaine.
Donc, à un certain moment, on ne savait pas si on voulait revenir
aux deux semaines et interner avec des mini-distos.
Mais on revient à chaque semaine.
Ça n'empêche pas que parfois, on va faire encore des mini-distos
pour traiter de sujets plus courts, de compléments d'informations
ou même des collaborations, on ne sait pas.
On fait quand même quelques collaborations dans le passé.
Bien sûr.
Mais bref, on reste les mêmes. On ne change pas.
Puis, en fait, cet été, on a pris quand même une longue pause.
Mais vous savez, on n'a pas fait ça pour se reposer.
Parce qu'on a travaillé très fort.
Parce qu'on vous l'a annoncé dans un Facebook Live il y a quelques semaines.
On a travaillé sur un livre de distorsion.
Donc, un recueil de 13 histoires étranges de l'ère numérique
qui va sortir aux éditions de l'homme avec les illustrations de RUN.
Donc, c'est un projet qui va sortir en 2019.
On va vous tenir au courant, il va y avoir des précommandes.
Ça va être en vente au Québec, en France, en ligne, sûrement un peu partout.
Tous ces détails-là ne sont pas encore réglés,
mais on va vous en parler très bientôt.
Et justement, les créations de RUN, on a commencé à voir des extraits déjà.
Et c'est assez exceptionnel.
C'est beau. J'ai tellement hâte que vous voyiez ça.
Je suis certain que vous allez aimer autant que nous.
Donc, c'est écrit par nous-mêmes.
Ça sort aux éditions de l'homme, qui est un grand distributeur québécois.
Donc, ça devrait se retrouver assez partout.
On a bien hâte que vous lisiez ça et d'avoir vos feedbacks là-dessus.
Il va y avoir des histoires exclusives aussi.
Il va y avoir quelques histoires du podcast qui ont déjà été racontées,
revisitées bien sûr.
Des updates.
Oui, parce qu'on a refait la recherche et tout.
Il y a toujours des nouveaux éléments qui se pointent.
Mais c'est ça, il va y avoir des histoires exclusives pour vous.
Je suis certain que ça va vous plaire.
J'aime vraiment le fait que ce soit une autre déclinaison de discussion.
On tombe carrément dans un autre format.
Ce n'est plus nos voix que vous allez entendre,
mais vous allez plutôt nous lire.
Je sais qu'ils ont voulu quand même garder un peu le caractère personnel
de nos interventions dans le livre. Vous allez voir.
Sinon, pour commencer cette saison 4,
on a choisi un sujet qui a vraiment ébranlé le Canada.
Je ne sais pas si en France ça a été hyper couvert,
ni en Europe en général, mais au Québec et au Canada,
ça a été vraiment une grosse histoire en 2009.
La famille Shafia, qui est cette famille immigrée d'Afghanistan
au début des années 2000 à Montréal.
Et puis, en fait, lors de leur dernier voyage,
lors d'un voyage qu'ils ont fait vers Niagara Falls en Ontario,
et il y a plusieurs membres de la famille Shafia
qui ont péri dans vraiment un crime sordide,
très frustrant, très choquant.
Oui, vraiment.
C'est un sujet vraiment qui est choquant
et qui est toujours d'actualité.
C'est un crime d'honneur.
Vraiment, ça a été identifié comme ça.
Et moi, c'est un sujet vraiment qui me touche
et justement qui ébranle nos valeurs d'une certaine façon.
Oui, vraiment.
Et même en tant que parent, je trouve que c'est encore pire.
Ça touche tout le monde, mais vu qu'il y a des enfants,
puis le père qui tue ses propres enfants,
ça ne fait pas de sens.
C'est contre-nature de faire un acte comme ça.
Donc une famille divisée avec les adolescentes
qui, elles, aiment bien la vie en Amérique du Nord,
aiment bien la vie au Québec,
ils veulent s'émanciper, jouir de leur liberté.
Et de l'autre côté, le père de famille et le frère
qui ont des valeurs vraiment plus traditionnelles,
très radicales aussi au niveau de l'islam
et qui est vraiment ce clash familial qui a tourné à la tragédie.
Donc une histoire très triste,
une histoire qui a permis d'être résolue
grâce aux traces numériques,
grâce aux textos qui ont été envoyés aux recherches Google,
aux retransmissions de données par les tours cellulaires.
Et c'est important, on trouvait que c'était un sujet important
à discuter avec vous.
Premier sujet, on commence en force,
on espère que vous allez adorer.
Et pour débuter, Seb, qu'est-ce qu'on boit?
Oui, on boit la Saint-Stéphanus,
une bière belge d'Abaye qui est à haute fermentation,
très savoureuse, fruitée, rafraîchissante.
Vraiment délicieuse, le nom aussi est assez délicieux.
Et cette bière-là, je ne crois pas qu'on puisse la retrouver au Québec,
parce que c'est une bière qui nous a été offerte par Ron,
en fait notre illustrateur du livre.
Donc merci à toi, Ron, qui a réussi à nous dénicher ça
et à nous l'envoyer de façon plutôt clandestine.
Merci à toi, Ron, de cette tournée de bière
et au plaisir de collaborer dans le futur.
Très apprécié.
Et si vous voulez faire comme Ron et nous offrir une tournée de bière,
on vous invite à aller au distorsionpodcast.com,
à l'onglet Tournée de bière.
Vous savez, c'est une façon pour vous de nous encourager,
pour encourager le show.
Vous faites un don par Paypal via le site.
On a continué à recevoir des dons cet été durant la saison morte.
Donc merci à vous, cher Distordu.
Et par le fait même, vous pouvez aussi nous suggérer une bière,
comme vous avez l'habitude de faire.
Si vous ne trouvez pas par où le faire par Paypal,
vous savez où nous rejoindre sur Facebook
et tout ça pour nous proposer une suggestion
ou même via le formulaire de contact.
Des fois, les gens nous écrivent aussi par là
pour nous suggérer des bières.
Bien sûr. On a aussi un shout-out,
une review 5 étoiles sur Apple Podcasts,
qui nous vient cette semaine de Raphaël Boisvert,
qui nous dit, super podcast,
votre balado mélange bien le mystérieux et le sinistre,
un parfait mélange des deux.
En plus, c'est en français.
Vous ne cessez de me surprendre à chaque épisode.
Merci à toi, Raphaël.
Merci à tous ceux qui nous donnent des reviews 5 étoiles
sur iTunes et Apple Podcasts.
Ça permet justement d'aider le show dans le référencement.
Oui, n'hésitez pas à faire comme lui
et nous donner un beau 5 étoiles.
Une petite dernière chose, Seb,
avant qu'on se plonge dans cette histoire.
Oui, comme vous l'attendez sûrement tous,
la marchandise de distortion,
la merch des chandails et toutes sortes de trucs de distortion
sont maintenant disponibles au distortionpodcast.com.
Vous allez voir, il va y avoir un bouton
pour vous diriger vers la boutique.
Et là, vous allez avoir plusieurs produits de disponibles.
On va avoir des T-shirts pour hommes et pour femmes.
Il va y avoir des bâtiers de téléphone,
autant pour iPhone et Android, pour différents modèles.
On a aussi des sacs de shopping pour les gens.
Oui, des tote bags.
Oui, des tote bags, exactement.
Et voilà, le tour est joué.
Ça va être livré chez vous.
Absolument.
C'est une collaboration avec Mr Willow,
qui est un artiste de Seattle.
C'est un graphique qui nous a fait pour illustrer Polybius.
On espère que vous allez aimer.
On souhaite collaborer avec plusieurs artistes
comme ça dans le futur,
afin de lancer différentes collections.
Donc pour nous, c'est un peu la première collection.
Et Mr Willow a aussi refait à sa sauce le logo de Distortion.
Donc c'est un peu comme un nouveau logo un peu sinistre,
parce que lui, il dessine à la plume
et chaque dessin est fait de multiples traits uniques,
à la plume et à l'encre, donc très détaillé.
Donc on était très excités de vous présenter cette collection-là.
À part ça, Seb,
est-ce qu'on est prêt à se plonger dans l'histoire sinistre
du dernier voyage de la famille Shafia?
Oui, monsieur.
C'est parti.
En 2007, Mohamed Shafia et sa femme Tuba Yahya
et leurs sept enfants immigrent à Montréal.
Ils sont originaires d'Afghanistan,
mais dès 1992, ils ont habité quelque temps au Pakistan
et en Australie pour finalement déménager à Dubai,
aux Emirats arabes, où ils sont restés pendant plus de 10 ans.
Mohamed a fait fortune dans l'immobilier
lors de l'explosion de Dubai
et a aussi développé des affaires
dans l'industrie des voitures usagées.
Parce qu'on se rappelle, à cette époque-là,
Dubai était vraiment, quand on dit explosion,
on parle de boom immobilier, de construction.
À une certaine époque, pas qu'on s'en foutait,
mais on en parlait un petit peu moins,
mais vraiment, au début des années 2000,
un petit peu avant les années 1990, même sans commencer,
on a vraiment senti que Dubai devenait un centre
non seulement touristique, mais un grand centre d'affaires mondial.
Je pense que ça a retombé un peu récemment.
Je pense que c'est un peu diminué.
Oui, un petit peu quand même,
mais il y a quand même une effervescence économique
et les ambitions de grandeur sont toujours là.
Étant millionnaire plusieurs fois,
Mohamed s'est facilement qualifié
dans le cadre d'un programme pour attirer
des investisseurs étrangers au Québec.
Il investit alors deux millions
dans un petit centre d'achat en banlieue de Montréal,
ainsi que 200 000 $ dans un terrain résidentiel
où Mohamed a l'ambition d'y construire
une belle grande demeure pour y loger sa famille.
Parce qu'on se rappelle, il a sept enfants.
Oui, ce n'est pas rien.
Le temps que la maison soit construite,
la famille s'installe dans le quartier Saint-Léonard à Montréal.
Saint-Léonard, c'est un quartier de Montréal
qui est quand même assez paisible et spacieux, je dirais.
Il n'y a pas une grande densité de population à cet endroit-là.
C'est quand même un beau quartier.
C'est beaucoup des duplexes d'appartements en brique,
tous collés les uns sur les autres.
C'est situé dans le nord-est de Montréal.
Ce quartier-là est vraiment reconnu
pour la grande présence d'une communauté italienne.
C'est vraiment le quartier ayant la plus forte concentration d'Italiens
dans la région de Montréal.
Ça a surpassé même la petite Italie,
qui est un peu plus connue et qui est énormément gentrifiée.
C'est un quartier qui est très multiculturel.
On y retrouve aussi plein d'autres immigrants
et qui en fait un des quartiers les plus diversifiés de Montréal.
Quelques détails supplémentaires
pour un peu mieux connaître la vie de Mohamed Chafia, son historique.
En fait, Mohamed est devenu chef de famille assez tôt.
Il a dû quitter l'école après avoir complété son école primaire
parce que son père est mort lorsqu'il avait deux ans.
Donc, avec sa mère, il est devenu en charge de ses frères et sœurs.
Il devait travailler.
Étant donné que c'est quelqu'un d'assez autodidacte,
il s'est spécialisé dans la réparation d'appareils électroniques.
Et ayant un peu quand même le sens des affaires,
il a ouvert un magasin d'électronique.
Il importait principalement des radios de marque Panasonic et des balayeuses.
Des aspirateurs.
Oui, des aspirateurs.
De cette façon-là, il a commencé à développer un peu son capital pour investir.
Il n'est pas nécessairement devenu riche au départ,
mais quand même, en faisant ces affaires-là, il n'a plus développé ça.
Et la famille a aussi tenté, à une certaine époque,
d'immigrer en Nouvelle-Zélande et en Australie.
Mais ça n'a pas fonctionné.
On ne sait pas trop exactement pourquoi.
Et c'est pour ça que finalement, il s'est tourné vers le Canada.
Parce que la situation en Afghanistan, on s'entend, c'est comme aujourd'hui.
Même à l'époque, il y a 20 ans, ce n'était pas plus rose.
Plus rose qu'aujourd'hui.
Donc, toutes les familles, surtout les gens qui avaient des sous,
toutes les opportunités qu'ils pouvaient avoir pour émigrer ailleurs,
tentaient leurs chances.
Oui, et non seulement ça, mais quand tu es dans le domaine un peu de l'immobilier,
comme dans le cas de Mohammed Shafia,
l'Afghanistan n'est peut-être pas la destination numéro un pour les investisseurs.
Effectivement.
Cinq mois après que la famille soit arrivée au Canada,
il a parrainé une nouvelle immigrante, Rona Amir.
Il disait que c'était une cousine qui allait aider la famille à la maison.
En fait, elle a été rentrée au pays comme une bonne ou une servante.
Et ça l'a passé automatiquement quand tu as le statut d'immigrant.
De ce que je comprends, si tu parraines quelqu'un
et qu'il n'y a pas de dossier judiciaire,
l'immigration est quand même assez simple.
Ça n'a pas été trop trop compliqué pour la faire rentrer Rona au pays.
Donc Seb, dis-nous un peu plus sur ces deux femmes-là,
parce que Mohammed est arrivé avec sa femme Tuba,
et là, il y a cette Rona qui arrive quelques mois plus tard au Québec.
Oui, Rona en fait, si on remonte dans les années 80 en Afghanistan,
Mohammed s'est d'abord marié avec Rona.
OK.
Parce qu'en fait, Mohammed, quand il s'est marié avec Rona,
après plusieurs tentatives, ils ont voulu fonder une famille,
ils voulaient avoir des enfants.
Malheureusement, Rona, ils ont découvert qu'elle était stérile.
Donc impossible d'avoir des enfants.
Et à ce moment-là, quand il essayait sans arrêt d'avoir des enfants,
le climat est vraiment venu difficile.
Son mari, Mohammed, était vraiment dur envers Rona.
Il la battait, il l'insultait.
Elle n'était jamais à la hauteur de ses attentes.
Tout ce qu'elle faisait, c'était jamais bien.
Chaque occasion était bonne pour l'intimider,
à un point tel qu'elle n'en pouvait plus.
Et elle lui a dit, bien, je t'autorise à trouver une autre femme
pour faire des enfants, mais sans divorcer en fait.
Elle restait mariée avec lui.
La polygamie étant légale en Afghanistan,
donc en 1988, Mohammed a marié une autre femme, Tuba,
qui est justement la mère des sept enfants.
Celle qui est arrivée en premier avec le reste de la famille.
Exactement.
Et c'est assez particulier.
Si vous pouvez tomber sur la photo de mariage de Tuba,
du côté droit de Mohammed à sa femme, Tuba,
mais de l'autre côté, dans son autre bras, il en lasse Rona.
C'est assez particulier qu'on voit ce genre de choses,
je trouve, pour des monogames comme nous.
On se marie avec une seule femme ou un seul homme.
Même si ça semblait un peu le monde idéal,
dans le sens que Mohammed avait enfin trouvé une femme
pour lui faire des enfants, que Rona acceptait le tout,
la tension s'améliorait pas entre les deux, en fait.
Et même, selon le journal intime de Rona,
la tension de bébé en bébé, parce qu'en ont eu sept,
à chaque fois, elle vivait encore plus dans un climat de terreur.
Elle est encore plus mise de côté.
Elle se subissait de l'intimidation,
même de la part de Tuba aussi.
Ça devait être extrêmement difficile pour elle,
parce qu'en plus, elle, étant stérile,
ne pouvant pas avoir d'enfant,
elle a quand même ce rêve-là, au fond d'elle, d'en avoir.
Et là, elle voit son mari en avoir avec une autre femme,
mais qu'elle doit élever aussi.
Ça doit être extrêmement difficile.
Vraiment, et ça a l'air qu'elle s'en occupait
comme si c'était ses propres enfants.
Il n'y a jamais eu aucun reproche qui a été fait.
Et même, certaines fois,
Mohammed la battait devant les enfants.
Et même les enfants, selon les témoignages,
disaient d'arrêter de faire ça.
Les enfants prenaient quand même sa défense.
Il n'y a pas d'enfant qui aime ça,
voir un membre de sa famille se faire battre.
Et au départ, au niveau de la vie conjugale,
c'est toujours ça qui m'intrigue dans des situations de polygame.
Au départ, ils partageaient à peu près 50-50 les nuits.
Mais même, ils dormaient plus avec Rona.
Mais au fil du temps,
c'était toujours de plus en plus avec Tuba
jusqu'à ne plus jamais dormir avec Rona.
Donc, elle était vraiment tassée,
tassée de la famille sans...
Mais elle était toujours présente dans le quotidien.
Mais au niveau affection et tout ça,
elle était vraiment exclusive de la part de Mohammed.
C'est quand même assez triste.
Oui, c'est extrêmement triste.
Les enfants, toutefois,
la considéraient quand même comme leur mère.
Oui, oui, oui.
Parce que de ce que je lisais,
elle s'occupait, je pense, quand même quasiment plus que Tuba.
À ma connaissance, elle ne travaillait même pas non plus.
Donc, elle prenait un peu la charge de tout ça.
Malgré tout ça, Mohammed est un petit peu hérité par Rona.
Il essayait de s'en débarrasser d'une certaine manière.
Il a tenté de la faire expulser du pays.
Il a même offert à l'avocate de la famille 10 000 $
pour qu'elle trouve une solution pour la sortie du pays,
pour l'extrader.
Mais ça ne fonctionne pas comme ça.
De toute façon, l'avocate n'a pas accepté ça, avec raison.
On parle des enfants de la famille Shafia.
Qui sont ces enfants, Seb?
Oui, il y a Zainab, qui avait 19 ans,
au moment des faits, qui est une adulte.
Il y a Zahar, qui est une adolescente presque adulte,
qui avait 17 ans.
Il y a Giti, qui est une jeune adolescente de 13 ans.
Il y a Ahmed, qui est le garçon, qui a 20 ans.
Et ensuite, il y a les trois autres enfants,
les enfants 5, 6 et 7.
On ne sait pas c'est qui.
Il y a un interdit de publication, en fait,
depuis le début du procès.
Et tout ça, ça n'a jamais été révélé.
C'est des enfants qui sont encore plus mineurs,
plus jeunes que tous ces gens-là.
Donc, aucune information sur les trois derniers enfants de la famille.
Le mode de vie dans la famille est extrêmement centré
sur la religion musulmane,
vraiment exprimée d'une manière très, très rigide
au niveau de l'islam.
Mais par contre, un peu comme on vous le disait,
les jeunes filles, elles,
elles ne sont pas nées nécessairement ici,
mais ils vivent ici depuis quelques années
et ils voient toutes les autres jeunes filles
de leur entourage s'émanciper, se maquiller.
À cet âge-là, tu as les hormones aussi.
Donc, elles s'intéressent aux garçons.
Mais ça, le père de la famille,
ça ne passe pas du tout.
Ils n'ont même pas le droit.
Ils n'ont même pas le droit d'aller visiter des gens.
Ils n'ont pas le droit de recevoir des amis à la maison non plus.
Donc, ils sont toujours confinés dans leur environnement
entre l'école et la maison.
Et en dehors de la maison,
ils doivent toujours porter le voile sur les femmes.
Elles doivent toujours répondre aux pères,
peut-être toujours d'une manière très, très stricte.
Donc, c'est un climat qui est quand même assez difficile
pour les adolescentes.
Déjà que l'adolescence, c'est assez difficile.
On est toujours en confrontation un peu avec nos parents.
Imaginez, si vous êtes contraints,
contraints comme ça, là,
ça ne peut faire qu'autre chose qu'exploser.
Puis il faut dire aussi que l'appartement à Saint-Léonard,
même si M. Chafia Mohamed achetait un terrain
pour construire une grande maison,
l'appartement à Saint-Léonard reste un petit appartement quand même.
Donc, sept enfants avec trois adultes,
donc dix personnes,
ça ne devait pas être évident.
En plus, si le climat est tendu,
la vie familiale devait être infernale.
Oui, vraiment.
Puis j'ai vu des vidéos à l'intérieur
et ça n'avait aucunement l'air de l'intérieur d'une maison
ou d'un appartement de quelqu'un qui est millionnaire.
C'est des vieux meubles.
Des vieux meubles de l'époque des années 80.
J'avais l'impression d'être chez moi quand j'étais un enfant.
La vieille mode du brun puis des rideaux.
C'était quand même assez particulier.
Justement, une des adolescentes,
Saar, elle, elle vivait ça quand même assez mal.
Quand elle est arrivée ici, elle avait 16 ans.
Elle était toujours en confrontation avec son père, en fait.
Elle ne voulait jamais porter le hijab à l'école.
Elle, pas plus folle qu'un autre,
quand elle était rendue là-bas à l'école,
elle changeait, elle se maquillait.
Un moment donné, son père s'en est rendu compte
parce qu'il est venu la chercher à l'école.
Il l'a vu sortir sans ça.
Elle a été punie à la maison.
Elle manquait des longues, longues périodes d'école.
C'est vraiment étrange.
L'école, elle posait quand même des questions sans plus.
Un moment donné, lorsqu'elle est retournée à l'école
pendant une période d'absence,
par hasard, elle portait le voile.
Cependant, elle confiait quand même à ses professeurs
qu'elle avait peur et qu'elle ne se sentait pas bien à la maison,
qu'elle avait peur de son père.
Même selon Rona, son journal intime,
Saar a même tenté de se suicider.
Dans cette époque-là, elle avait mélangé
toutes sortes de médicaments ensemble
et elle a bu ce mix-là.
Heureusement, il ne semble rien avoir arrivé.
Par contre, un commentaire de Tuba,
parce que quand Rona lui a dit qu'est-ce que tu fais là,
parce qu'elle s'est faite prendre pendant l'acte,
en fait, puis Rona lui a dit pourquoi tu veux te suicider?
Et Tuba, sa mère biologique, lui a dit laisse-la,
laisse-la si elle veut se tuer, qu'elle le fasse.
Mon Dieu!
Comment qu'une mère peut dire ça à son propre enfant?
Parce que, évidemment, Tuba, elle,
abondait dans le sens de son mari.
C'est-à-dire qu'elle aussi avait la même rigidité religieuse
et familiale que Mohamed.
Donc, pour elle, c'était inacceptable
que Zainab ou Zahar ne portent pas le voile à l'école
ou qu'elle fréquente des garçons
ou même justement qu'elle se maquille,
qu'elle veule simplement exprimer leur liberté
de jeune fille de leur âge.
Exactement, et même, je lisais qu'elle était quasiment plus rigide
que le père, encore plus sur les principes
que le père imaginait dans ses propres valeurs à elle.
Elle a le droit, mais ça empiète vraiment
sur la liberté des autres.
Moi, je trouve ça assez particulier.
Et lorsque, justement, Mohamed,
il avait quand même encore des affaires à l'extérieur,
il allait régulièrement à Dubaï
et il amenait toujours Tuba avec lui.
Et pendant ce temps-là, Rona était là,
mais étant donné que c'est une femme,
ce n'était pas elle le chef de famille.
Elle restait à Montréal.
Elle restait à Montréal, exactement.
Mais c'était Ahmed, le jeune, le plus vieux, exactement,
qui, lui, est en charge de la famille.
Et Ahmed avait exactement les mêmes valeurs que son père.
Lui aussi, il suivait ça à la règle.
Tout le même.
Ça fait que le climat familial,
même quand le père n'était pas là,
c'était toujours autant de tensions avec Ahmed
qui était toujours omniprésent.
En plus, il fréquentait la même école,
la même école secondaire que ses deux sœurs,
ses trois sœurs, même.
Imaginez, il n'y avait aucune liberté.
Même à l'école,
il était toujours un peu surveillé par le grand frère.
Parce que malgré tout,
malgré le fait que ce soit tous des enfants intelligents,
très allumés, tout ça,
le fait que le père leur faisait manquer des cours,
parfois pendant des semaines, pendant des mois,
je crois qu'il est même arrivé à Zénabe à un certain moment,
ou à Zahar, ou même aux deux, en fait.
Ça faisait en sorte que ça créait un retard scolaire.
De sorte que les deux plus vieux,
donc Ahmed et Zénabe, je crois,
allaient à l'école pour adultes.
Oui, exactement.
Ils suivaient des cours pour adultes à l'école secondaire.
Au Québec, on a ce système-là.
Lorsqu'on double des années,
et bien lorsqu'on atteint la majorité,
on peut quand même compléter son secondaire,
même si on a 18 ans et plus.
Oui, exact.
Au fil du temps, les enfants de la famille Shafia
vont développer des amitiés à Montréal.
On l'a dit, ils fréquentent l'école secondaire,
et plus particulièrement les deux filles plus vieilles,
donc Zénabe et Zahar,
qui souhaitent vivre leur adolescence
au sein de leur nouvel environnement social
et culturel à Montréal.
Elles aiment bien leur nouvel environnement,
elles aiment bien leur nouveau quartier,
et puis elles souhaitent vivre une vie émancipée,
comme on l'a mentionné.
Les deux filles sont magnifiques.
C'est des belles filles au trait afghan,
avec des cheveux très noirs et foncés,
des beaux yeux foncés aussi.
Elles sont vraiment belles.
Oui, vraiment.
Et en février 2008,
Zénabe Shafia, qui alors est âgée de 18 ans,
elle tombe amoureuse d'un certain Amar,
qui est un Pakistanais,
alors que lui aussi fréquente la même école secondaire.
Les deux étaient inscrits dans le même programme d'études pour adultes,
comme on vous a parlé un peu plus tôt.
À un certain moment, en 2008,
quand ce Amar va prendre son courage à deux mains,
il va remettre une petite carte à Zénabe,
lui demandant si elle voulait être son amie
et apprendre à mieux la connaître.
Et puis, si elle acceptait,
elle devait porter une robe blanche le lendemain
en signe d'approbation.
C'est quand même assez romantique comme petite carte.
C'est très cute.
Et le 14 février, donc le jour de la Saint-Valentin,
il va apercevoir Zénabe avec sa magnifique robe blanche.
Il va donc en conclure qu'elle est intéressée
à en savoir un peu plus sur lui.
Deux jours plus tard, par contre,
Amar va recevoir un courriel un peu étrange de la part de Zénabe.
Je vais vous le lire en anglais,
puis vous allez voir que ce n'est pas très compliqué.
Elle lui dit « Hey, how are you? »
Parce que oui, il ne faut pas oublier
qu'il conversait en anglais majoritairement.
C'était pas une famille qui...
Je ne suis pas sûr qu'il parlait français.
Non, pas du tout.
« Hey, how are you? Thanks for the great card. »
En référence à la petite carte.
« Let me explain the rules of my friendship. »
Donc laisse-moi t'expliquer les règles de notre amitié.
« First, be aware of my bro. »
Donc premièrement, fais attention à mon frère.
Elle fait référence à Ahmed, le plus vieux de la famille.
Pour pouvoir vivre leur relation amoureuse,
le couple, parce qu'ils sont devenus un couple peu à peu,
il devait toujours se cacher et être certain
de ne jamais être vu ni par le père Mohammed
et non plus par Ahmed, qui fréquente la même école.
Donc c'est encore plus difficile lorsque t'es à la même école.
Elle vivait toujours sous la menace d'être dénoncée.
Elle disait à Ahmed que se ferait battre
et qu'il pourrait même la tuer s'il apprenait ça.
Donc en référence à son père ou à son frère,
qui est très rigide.
Un jour, durant un voyage d'affaires de ses parents,
elle amenant Ahmed à la maison.
Mais Ahmed l'a découvert par la suite
et Amar n'a plus eu de nouvelles de Zainab pendant un an.
Incroyable. Elle a coupé tout contact avec lui.
Elle n'avait plus le droit de lui parler tout simplement
parce qu'il continuait de fréquenter l'école.
Mais elle a coupé tout contact, tout courriel
ou quoi que ce soit du jour au lendemain.
Et elle a même été retirée de l'école.
Oui, effectivement. Parce que pour eux, c'était inconcevable.
Tout va s'escalader en 2009.
Oui, le climat familial va vraiment continuer
à dégénérer de plus en plus.
Par contre, Zainab a laxé un ordinateur.
Donc un an plus tard, elle décide d'envoyer un courriel
à son amoureux, ex-amoureux Amar
parce qu'elle avait envie de le revoir.
Donc il se fixe un rendez-vous dans un café.
Ils se rencontrent en cachette, bien sûr.
Ils se sont rencontrés pendant environ 4-5 heures.
Et là, elle lui a fait des déclarations.
Donc elle lui a dit qu'elle voulait quitter la maison,
qu'elle voulait se marier avec Amar
et que lui prenne charge de la famille,
un peu dans le modèle traditionnel.
Mais lui aussi, il était étudiant.
Il ne pouvait pas, oui, pour se marier,
mais il n'était pas en mesure de déménager
dans un appartement et de subvenir aux besoins de tous.
Puis elle lui a dit, c'est soit que tu me trouves
une solution ou moi, je vais trouver une solution.
Je dois quitter la maison. Je n'en peux plus.
Le 17 avril 2009, elle s'enfuit de la maison.
Elle s'enfuit dans un centre pour femmes en difficulté
parce qu'elle est majeure à ce moment-là.
Elle a 19 ans.
C'est bien qu'elle a eu le réflexe de le faire.
Oui, puis je me demande qui l'orientait là-dessus,
mais au moins, comme tu dis, elle a dû trouver
les bonnes ressources pour aller là,
parce que ce n'est pas intuitif nécessairement.
On ne trouve pas ça au coin de la rue comme un café.
Elle y reste deux semaines de temps.
Dès le lendemain de son départ,
les parents portent plainte à la police
que c'est Amar qui aurait enlevé Zénabe.
Mais celle-ci, elle était avec lui au téléphone.
Elle a pris le téléphone, puis elle a dit
qu'elle était partie de son propre gré,
qu'Amar n'avait rien à voir avec ça.
La police a fermé le dossier étant donné
qu'elle est majeure et qu'elle a le droit
de quitter la maison si elle le veut,
même si ses parents ne sont pas en accord avec elle.
Par contre, sa fuite a amené quand même
les policiers de Montréal à questionner
les autres enfants de la famille à leur domicile.
Je veux dire, Zénabe a quand même dénoncé
des actes de violence et le climat tendu
qui ont à peu près le droit de rien faire.
Par contre, lorsque les policiers ont interrogé la famille,
en l'absence du père, les enfants justement
parlaient de la violence et des agressions.
Cependant, lorsque le père revenait au domicile,
parce qu'ils ont interrogé quelques fois,
les enfants cessaient de s'exprimer
ou de parler ou d'émettre une opinion tout simplement.
Ce qui a quand même mis la puce à l'oreille à la police.
Gaity, qui est la plus jeune adolescente,
qui a 13 ans, elle aussi,
elle subit un peu tous ses comportements de rigidité
et ça se répercute en fait qu'elle devient un peu
rebelle, elle manque l'école,
elle s'est faite même prendre pour vol à l'étalage,
parce qu'elle n'est pas bien elle non plus.
Le 20 avril, la DPJ, la Direction de la protection de la jeunesse,
qui est un peu notre entité au Québec pour essayer
de protéger les enfants dans des milieux familiales
un petit peu plus difficiles, et la police rencontre
à nouveau toute la famille et les enfants.
Gaity, elle, elle veut être placée
dans un centre jeunesse, elle est plus capable, elle a 13 ans.
Donc, elle le demande. Cependant, les autorités
ferment le dossier. Aucun enfant n'est retiré
de la famille. Donc, il n'y avait supposément pas assez
de preuves pour faire quoi que ce soit. Donc, une autre
plainte qui sert à rien. Le 1er mai, c'est la date
à laquelle Zéna a quitté le refuge pour femmes
de son plein gris. Et en fait, la véritable raison
pour laquelle elle avait quitté le centre, c'était que sa mère
lui avait promis que si elle quittait, elle l'autorisait
à marier à mort son amoureux. Donc, pour elle,
c'était une opportunité en or, même que sa mère tout bas
lui a proposé qu'elle allait tout organiser la cérémonie
pour le mariage. Étrangement, la même journée,
le 1er mai, son père revient de voyage
de Dubai. Les préparations vont
bon train. Deux semaines plus tard, le 18 mai,
Zénabe se marie avec Amar.
Cependant, moins de 24 heures
après s'être marié, le lendemain, le 19 mai,
ils ont organisé une petite fête dans un restaurant
pour célébrer leur union. Étrangement,
la famille d'Amar, il n'y a personne qui se présente
pour célébrer. C'est vraiment étrange.
Durant la fête, étrangement,
Zénabe annonce à Amar que leur mariage, tout à coup,
doit être annulé. Qu'elle ne veut plus,
qu'elle ne veut plus du tout se marier, qu'elle ne peut pas
quitter sa famille comme ça. C'est vraiment étrange
de jouer dans un témoignage que Amar, il disait, à un moment donné,
je l'ai vu s'éloigner avec ses parents pendant 15-20 minutes
durant la cérémonie.
Une question que j'avais avant d'aller plus loin, c'est que
je ne comprends pas pourquoi ils ont fêté ça sur deux jours.
La cérémonie, généralement, on semble que c'est la même journée
qu'on se marie, qu'on célèbre.
Je ne connais pas assez les traditions afghanes.
Ça doit être une tradition, j'imagine,
parce que ça a l'air d'être standard.
Je sais qu'on a déjà assisté à un mariage marocain.
Je sais que ça peut être très flamboyant.
Ça peut être très long et très protocolaire.
J'ose croire que certaines traditions
doivent étaler ça sur plus d'une journée.
J'imagine. Elle lui annonce que le mariage est annulé.
C'est vraiment étrange.
Le jour même, il y a des plans qui sont faits
pour que Zénabe épouse un des cousins de sa mère.
À Dubaï ou en Afghanistan, en fait.
Assez étrange.
Le 1er juin 2009, à peu près deux semaines après l'annulation du mariage,
Ahmed part pour Dubaï rejoindre son père, Mohamed,
qui s'était déjà rendu là il y a quelques semaines.
Il était toujours reparti pour affaires.
Assez étrange pourquoi le fils, habituellement,
il n'accompagne pas son père lors des voyages d'affaires.
Pourquoi deux semaines après le mariage,
il va rejoindre son père à Dubaï? C'est assez mystérieux.
Pendant ce temps-là, la vie continue quand même
pour tous les autres enfants.
Les professeurs à l'école de Sahar, l'autre adolescente,
s'inquiètent parce que depuis quelques temps,
son tempérament devient de plus en plus agressif.
Elle perd même du poids.
Ils suspectent qu'elle a un problème d'alimentation
ou qu'elle se drogue.
Le 5 juin, elle s'évanouit en pleine classe
et l'école, normalement, appelle à la maison.
Il n'y a personne qui répond, personne vient la chercher
ou pas que ce soit.
C'est à ce moment qu'elle en profite pour se confier
à son professeur qu'elle avait peur de son père,
qu'elle avait peur qu'il rentre du Québec
et justement qu'elle avait peur de violence.
Le professeur avise la DPJ, mais étant donné
que Sahar a 17 ans et des poussières,
la DPJ ne veut même pas ouvrir le dossier,
étant donné qu'elle est presque une adulte.
Encore une fois, un autre truc
qui a glissé des mains de la DPJ.
Elle tombe un peu dans les failles du système
d'éducation québécois.
Oui, vraiment dans les balises.
Si t'approches, si t'es majeur,
la DPJ ne peut plus s'occuper de toi.
C'est assez particulier.
On voit vraiment les failles de ça,
parce que là, on est rendu à la troisième plainte
à la DPJ et il n'y a toujours rien qui est vraiment fait.
Aucun dossier d'ouvert formellement.
Le 13 juin 2009, Mohamed et Ahmed,
son fils, rentrent ensemble de Dubai à Montréal.
Étrangement, le climat à la maison est agréable
depuis leur retour, donc moins de tension.
Mohamed décide d'organiser un voyage familial
en voiture à Niagara Falls avec toute la famille.
Quelques mots sur Niagara Falls,
si vous ne connaissez pas ça.
C'est situé en bordure de l'Ontario.
C'est trois énormes chutes d'eau.
C'est vraiment impressionnant.
C'est une des attractions touristiques
les plus populaires au Canada.
Il y a plus de 20 millions de gens
qui vont visiter ça à chaque année.
C'est quand même assez incroyable.
C'est en bordure de la frontière américaine
de l'État de New York.
Les chutes Niagara, c'est aussi une source
d'électricité qu'on produit au Québec
avec les barrages et tout ça.
Il décide d'aller là, qui est un peu
une destination normale pour des touristes
ou des gens qui veulent découvrir le Canada.
Je n'y suis jamais allé. Moi non plus!
Possédant qu'une seule voiture,
la famille possède une Lexus.
Mohamed doit acheter une seconde voiture
pour transporter les 10 membres de la famille.
Il va donc acheter le 22 juin
pour la somme de 5000 $ une Nissan Sentra
Noir 2004 usagée.
Une petite voiture économique.
Le 23 juin, la famille Chaffier quitte Montréal en voiture.
Mohamed, Ahmed et les plus jeunes enfants
montent à bord de la Lexus et les femmes
Tuba, Rona, Giti, Saar et Zainab
à bord de la Sentra achetent la veille.
Donc évidemment, il y a les trois enfants
qu'on ne peut pas nommer, qu'on n'a aucun détail sur eux,
qui sont théoriquement dans la Lexus,
alors que toutes les femmes sont dans la Nissan.
Le 24 juin, la famille sera en Ontario.
Elle est maintenant rendue en Ontario.
Elle va passer du temps à Kingston
et visiter des attractions des environs.
Le 25 juin, une journée plus tard,
toute la famille arrive enfin à Niagara Falls.
Le bonheur est perceptible, c'est pendant,
pour une drôle de raison, Ahmed quitte la famille
avec la Lexus. Le 27 juin, en soirée,
le cellulaire de Ahmed va être enregistré
près des écluses de Kingston,
donc les écluses pour permettre aux bateaux
de contourner, je présume, des rapides
ou un canal trop étroit.
Le 28 juin, le lendemain,
il passe quelques jours à Niagara Falls.
Selon les données cellulaires,
Ahmed se retrouve à Welland,
une autre ville non loin de Niagara Falls.
Il a vraiment fait un genre de trip solo
qui a duré quelques jours.
Le 29 juin, les 10 membres de la famille
quittent le motel Days Inn de Niagara Falls
en soirée. Ils sont situés à l'ouest de Toronto
vers 23 heures, et puis à Belleville
juste après minuit. Vers 1h38,
c'est toujours selon les tours cellulaires
et l'identification de ces données-là,
vers 1h38, Saar reçoit un message texte
de son copain.
À 1h50, parce qu'il ne faut pas oublier
que les deux filles, les deux ados plus vieilles,
échangent énormément de messages textes
avec leurs copains et leurs copines pendant tout ce trajet.
Ça va vraiment aider les enquêteurs
à établir une chronologie des événements.
Oui, vraiment des photos, des vidéos.
Ça leur a permis de voir l'environnement, l'ambiance
et de pouvoir repérer la chronologie.
Exactement. Le climat semble très bon
au sein de la famille pendant ces vacances-là.
On sent vraiment que ça les réunit
et qu'ils passent enfin du bon temps entre eux.
Oui, vraiment, mais même les filles ne portent pas le hijab,
ce que généralement Mohamed ne tolérerait pas
en dehors de la maison. Et sur les photos et les vidéos
que j'ai vues, dans les voitures, ils sont libres,
libres comme l'air. À 1h50 du matin,
Ahmed et son père, Mohamed, prennent des chambres
au Kingston Motel East, non loin des écluses.
On se rappelle qu'on a identifié
les données cellulaires comme quoi ils étaient
dans cette région-là. Mais par la suite,
les événements vont prendre une tournure plus obscureuse.
Le 30 juin, vers 8h du matin,
Ahmed est à Montréal où il rapporte une collision
avec la Lexus qu'il conduisait. Étrange.
Vers 8h30, la Nissan Sentra que les femmes
conduisaient habituellement est aperçue
au fond de l'écluse de Kingston Hills par un employé
au poste d'éclusage. Celui-ci contacte
immédiatement les autorités.
Les quatre femmes, Rona, Zainab, Zahar
et Getty, sont retrouvées à 2 m sous l'eau,
autour et à l'intérieur de la voiture.
Elles sont toutes inconscientes depuis plusieurs heures.
Vers midi, Mohamed tente d'obtenir
un rabais en payant comptant pour une seconde nuit
au Kingston Motel East.
Assez étrange qu'ils veulent payer comptant.
À midi 30, Mohamed Touba et Ahmed
se rendent au poste de police de Kingston
pour signaler la disparition des quatre femmes
car elles ne sont pas revenues à la maison.
Ils laissent les autres enfants dans un Tim Horton
non loin de là. Personne n'a appelé le 911
pour signaler quoi que ce soit parce que les enfants
sont encore très jeunes quand même, les autres enfants.
Les trois membres de la famille sont alors interrogés par les policiers
parce que là, il y a eu la découverte des corps.
Donc, la police fait le lien. Eux, ils déclarent la disparition.
Donc, automatiquement, ils les questionnent pour savoir
qu'est-ce qui a bien pu se passer, comment la voiture a pu se retrouver
dans l'écluse comme ça avec les quatre membres à bord,
inconscientes ou du moins décédés.
Selon Touba, la mère, les filles ont volé
les clés de la voiture quand ils sont retournés à l'hôtel le soir.
Ils sont partis avec la voiture et il s'est passé un accident.
Ils ont conduit vers le canal et malheureusement,
elle aurait tombé dans le canal.
Selon Mohammed, il ne comprend pas comment cela
a pu se produire. Il est très peu bavard, en fait.
J'ai vu l'interrogatoire, il met souvent le dos
sur le fait qu'il ne comprend pas bien, il y a de la misère
à s'exprimer, mais il fait un peu le naïf.
Comme s'il ne savait rien.
Ahmed, par exemple, tu vois qu'il a une attitude un petit peu plus
sur la défensée, il est beaucoup plus nerveux, il a l'impression
tout de suite, il dit à l'enquêteur
mais pourquoi ce serait de ma faute?
Il s'est attaqué sans que l'enquêteur ou quoi que ce soit
a rien dit, en fait.
Fait étrange, le matin même, justement à 7h30,
l'appel au 911 qui a fait pour déclarer
l'accident d'Alexus, lui quand il a appelé le 911,
il disait qu'il était à Montréal, que l'accident avait lieu à Montréal
dans un stationnement vide, mais pourtant il est à Kingston
qui est à 300 kilomètres de là. Déjà là, on voit
qu'il y a un mensonge entre les deux, quelque chose qui...
L'essai de brouiller les pistes. Exact.
Évidemment, aussitôt, une enquête est ouverte par les autorités.
Plusieurs questions se posent lorsque les enquêteurs
inspectent la fameuse Nissan Sentra retrouvée au fond de l'écluse.
Premièrement, ils vont retrouver des pièces brisées
d'un phare de voiture. Ça, c'est quand même bizarre.
Est-ce que ça serait la fameuse Lexus, un phare de la Lexus?
Bonne question. La clé a été retrouvée dans le contact,
mais le moteur était fermé, comme si la voiture a été poussée.
Le bras de vitesse était en première vitesse,
alors que selon l'enquêteur,
il aurait dû être en marche arrière, parce que généralement,
quelqu'un qui est par accident, mettons que la voiture s'emballe
et qu'elle fonce vers l'écluse, par réflexe,
le conducteur va tenter tout de suite de faire marche arrière
et d'embrayer en reculant. Exact.
Mais ce n'était pas le cas ici.
La fenêtre du côté conducteur était complètement ouverte.
Aucune des victimes n'avait bouclé sa ceinture de sécurité.
C'est quand même étrange.
Les bancs avant sont inclinés vers l'arrière
lorsqu'ils retrouvent la voiture.
C'est quand même assez étrange aussi.
Geety, la plus jeune, flottait près du siège conducteur,
ce qui indique que possiblement,
elle avait été placée sur le siège conducteur.
Mais par contre, on se rappelle qu'elle avait 13 ans
au moment des faits, donc c'est impossible
qu'elle ait conduite par accident cette voiture-là.
Ça ne fait pas de sens.
Aussi, j'ai l'impression qu'évidemment,
la sécurité bouclée, c'est probablement
qu'elles ont essayé de les enlever.
Et peut-être qu'en fait, les sièges de la voiture
étaient baissés, je ne sais pas ce que tu en penses,
pour essayer de cacher le plus possible les corps.
Ah, oui, si quelqu'un les voyait.
Exactement. L'autre truc qui est particulier,
étant donné que la fenêtre était déjà ouverte
du côté conducteur, ils ne comprenaient pas
pourquoi personne n'a tenté de se sauver.
Parce qu'ils disaient que selon la manière
qu'ils ont retrouvé les corps, la disposition des corps,
il n'y a personne qui a tenté de se sauver.
Le plongeur spécialiste disait que généralement,
dans tous les cas comme ça, généralement,
ils retrouvaient les gens à moitié sortis de la voiture
justement par la fenêtre, mais qu'il y avait un pied
coincé dans le volant, ou du moins,
on le voyait par le mouvement du corps,
qu'il y avait une tentative de s'échapper.
Et là, dans ce cas-ci, les corps n'ont pas bougé,
il n'y avait aucune tentative, comme si elle était
immobile ou inconsciente avant d'être poussée dans l'eau.
Le 1er juillet, les policiers de Kingston
se rendent chez les chafias à Montréal.
Ils inspectent la Lexus avec le consentement
de son propriétaire. Ils remarquent que
le phare avant est endommagé. Donc, ça fait le lien
avec la pièce brisée qu'on a retrouvée dans la Sentra.
Le 2 juillet, une autopsie est finalement effectuée
sur les quatre victimes. Aucun rapport des rendus publics
à ce moment-là. Le 3 juillet,
Mohamed et sa deuxième femme Tuba pleurent
la disparition des quatre proches devant les médias
à leur domicile de Montréal. Parce que, évidemment,
cette histoire-là, moi, je m'en rappelle,
ça fait vraiment la couverture des journaux.
C'était un drame au Canada anglais comme au Québec.
C'était partout dans les médias.
C'était vraiment une grosse affaire. Donc, eux,
on va les voir à la télé pleurer vraiment la disparition
de leur famille. Et Tuba, elle, garde toujours
la même version des faits, c'est-à-dire que les filles
ont volé les clés et ont tenté de s'enfuir
avec la voiture, avec la Sentra. Donc, selon elle,
ce serait un accident. Il faut se dire qu'à ce moment-ci
de l'enquête, il y a très peu de détails qui sont révélés
par les autorités parce qu'évidemment, ils ne veulent pas
nuire à l'enquête. Donc, il y a plein de choses, plein de détails
entourant la cause de la mort, les détails
de l'autopsie qui vont être révélés plus tard dans le procès
et on va y arriver, ne vous inquiétez pas.
Le 5 juillet 2009, les quatre femmes sont
finalement enterrées dans un cimetière islamique
à Laval. Le 9 juillet, quatre jours plus tard,
le Centre des sciences judiciaires confirme que des fragments
de plastique retrouvés sur les lieux d'une collision
à Montréal vont, en fait, avec des fragments
prélevés près des éclues de Kingston Mills.
Donc, il y a vraiment un lien à ce niveau-là.
Le 10 juillet, les enquêteurs obtiennent un mandat
pour saisir l'Alexus des Chafias à leur domicile de Saint-Léonard,
leur appartement. Le 18 juillet,
Ahmed Tuba et Mohamed retournent à Kingston
à la demande de la police. Les policiers
installent alors, incognito, des micros dans l'un
des véhicules des Chafias lors d'une visite au poste de police
de Kingston. Très bonne idée!
Les enquêteurs retournent près du canal avec les Chafias
et prétendent découvrir la présence d'une caméra vidéo.
En fait, la caméra vient d'être installée par les policiers
dans l'espoir de susciter les discussions entre les suspects.
Je les ai trouvés très brillants, les policiers,
dans cette enquête-là, à essayer de faire parler
les membres de la famille, parce que c'est vrai que c'est
difficile d'avoir des preuves tangibles que c'est eux
qui l'ont fait, sans une confession ou quoi que ce soit.
Et sincèrement, je leur lève mon chapeau parce que
tous ces petits gestes-là ont quand même amené à quelque chose.
Absolument. Le 19 juillet, dans une conversation
enregistrée par les autorités clandestinement,
Mohamed dit à Touba, et là, c'est très difficile
pour des gens qui ont des enfants d'imaginer un père
qui parle comme ça de ses enfants, mais il dit donc à sa femme
« Si nous restons encore en vie une nuit ou un an,
nous n'avons plus aucun poids sur le cœur à penser
que notre fille est dans les bras de tel ou tel garçon,
dans les bras de tel ou tel homme,
que Dieu maudisse leurs diplômes, que Dieu les maudisse
tous les deux, ainsi que leurs espèces,
que le diable chie sur leurs tombes.
Est-ce bien comme ça que devrait être une fille?
Est-ce qu'une fille devrait être une putain? »
Donc très, très difficile. Donc ça, c'est des choses
qui sont enregistrées par les policiers.
Oui, vraiment. Et pour revenir à ce que tu disais tantôt
au niveau de l'éducation, on disait qu'on trouvait ça étrange
qu'eux, le fait qu'ils manquent l'école,
ils s'en foutaient, mais justement, là, ils disent
qu'ils aillent se faire foutre avec leurs maudits diplômes.
Donc pour lui, un peu comme tu disais, c'est pas important l'éducation.
Le 20 juillet, dans une autre conversation enregistrée,
Mohamed dit à sa femme « Non, Tuba.
Ils ont tout fichu en l'air.
Il n'y avait aucun autre moyen » en faisant référence
à la résoudre de cette situation. Il me poursuit en disant
« Non, Tuba. Elles ont été traîtres.
Elles ont été des traîtres. Elles se sont trahies elles-mêmes
et nous ont trahies tous. Comme une femme au bord de la route
qui irait n'importe où avec toi si tu arrêtais la voiture.
Pour l'amour de Dieu, Tuba, maudite soit notre vie,
maudite soit toutes les années de cette vie
que nous avons mené. Quand je te dis de patienter,
tu me dis que c'est dur. Ce n'est pas plus dur
que de les voir à toute heure avec des petits amis.
Rien que pour ça, quand je vois ces photos,
je me sens soulagé. Je me dis à moi-même, tu as bien fait.
Si elle revenait à la vie 100 fois, tu aurais le devoir
de faire la même chose. Voilà à quel point je souffre.
Tuba, elles nous ont énormément trahies.
Elles nous ont énormément bafouées. Il n'y a pas
pire trahison, ni pire traîtrise,
ni pire outrage que cela. » Donc vraiment,
les preuves qu'ils vont chercher avec ces enregistrements-là
sont très éloquentes.
On réussit à chercher qu'il y avait un complot
derrière tout ça. Le 21 juillet,
les policiers se présentent chez les chafias munis d'un mandat
de perquisition. Ils cachent des micros dans la résidence
un peu partout. Selon l'un des enquêteurs,
les conversations enregistrées dans les heures suivantes suffisent
pour justifier les arrestations. Certains téléphones
ont également été mises sous écoute, évidemment. Dans un échange
toujours enregistré clandestinement, Mohamed lance
à son fils Ahmed. « Et même si on me hisse
sur une potence, rien n'est plus important à mes yeux que mon honneur.
Laissons notre destinée entre les mains de Dieu
et que Dieu ne nous déshonore jamais ni toi,
ni ta mère, ni moi. Je n'accepte pas ce déshonneur.
Il n'y a rien de plus important que notre honneur. »
Donc on voit dans le genre de mentalité dans lequel
la famille vivait. Après seulement trois
semaines d'enquête, le 22 juillet,
Mohamed, Touba et Ahmed sont arrêtés par les autorités.
Ahmed devait s'envoler quelques heures plus tard pour Dubai.
Étrange, hein, ça aussi, que par hasard
ils devaient partir. Oui, il y a souvent des voyages
à Dubai de prévu. Oui. Mohamed, Touba et Ahmed
sont alors inculpés de quatre chefs d'accusation, dont celui
de meurtre au premier degré et celui de complot pour meurtre.
Au début du procès, la couronne a indiqué
que la noyade est la cause du décès, mais qu'on ne sait
pas à quel endroit les victimes sont mortes.
Aucune trace de drogue ou de médicaments n'a été
retrouvée dans les corps. Par contre, fait très important,
les victimes ont tous reçu des coups à la tête.
Elles avaient tous des équimoses à la tête.
On pourrait alors prétendre qu'elles étaient inconscientes
lors de leur noyade, parce qu'ils ne pouvaient pas...
En fait, c'est vraiment la noyade, c'est de cette manière-là qu'elles sont mortes.
Donc ce n'est pas les coups à la tête qu'elles ont tué,
mais sûrement rendues inconscientes, ils ont dû les déplacer dans la voiture
et pousser la voiture, tout simplement.
C'est horrible, parce que entre les deux,
entre le moment où on a l'impression que l'auto est tombée
et le dernier texto qu'elle a reçu,
la visite au motel, que toute la famille revenait au motel,
sauf les quatre femmes, il y a vingt minutes.
Je ne sais pas quel plan,
et si on ne le saura jamais, on ne sait pas
de quelle manière qu'ils ont procédé
pour assommer les filles, les placer dans la voiture et pousser la voiture.
Et même, je le disais, selon certains, au départ,
ils ne voulaient pas utiliser la Lexus pour pousser la Sentra,
ils voulaient le faire à la main. Ils n'étaient pas assez forts
pour pousser la voiture, c'est à ce moment-là qu'ils ont pris la Lexus.
Il y a plusieurs traces numériques qui ont été analysées
au cours de cette enquête-là, parce que ça a vraiment permis
aux autorités d'établir la chronologie des événements
et même le mobile.
Oui, exact. Zahar, l'adolescente entre les deux,
un peu plus jeune,
avait elle aussi un petit copain,
et c'était quelque chose non plus qui ne plaisait pas à Mohamed.
Toutefois, tout le long du voyage, elle lui envoyait plusieurs photos,
des messages textes et même des vidéos pendant le trajet.
Toutes ces traces-là ont permis d'établir la chronologie des événements
auprès des policiers. Même en révisant les vidéos
et les photos envoyées par la jeune femme,
on se rend compte que le climat était quand même paisible,
comme on vous disait tantôt dans la voiture.
Malgré tout, les femmes ne portaient pas de voile.
C'est ça qui était un peu... qui était strange en fait,
au niveau de l'apparence qu'il voulait donner.
Jamais les filles auraient pu penser qu'il était pris
dans un piège ou un guet-apens comme ça.
Autre élément, au niveau des traces numériques,
justement le mystérieux voyage de Ahmed en Lexus,
qui est parti dès qu'ils sont arrivés à Niagara Falls,
on ne sait pas trop où avec l'Alexus, mais justement,
là, on a pu savoir qu'il est allé justement près de Kingston,
il est allé proche de l'église,
proche de l'écluse, en fait, où a eu lieu le drame.
Donc, il est comme allé faire un peu,
il est allé sainé un peu le terrain avant le drame.
Il fait du repérage.
C'est un peu particulier à dire, mais oui.
Et il est revenu par la suite.
Et aussi, ça a pu prouver aussi les tours cellulaires
au moment où ils ont été en Ontario,
qui ont quitté le motel et tout ça.
Sans ça, il n'aurait pas pu avoir vraiment
le tracé très très précis de tout ça.
Ce n'est pas la famille qui a émis ça.
Il y a aussi des traces numériques qui ont été laissées
auprès des moteurs de recherche, notamment Google
pendant toute cette enquête-là.
Le 3 juin, lorsqu'on regarde l'historique des recherches,
l'ordinateur de Mohammed est utilisé par Ahmed
pour faire des recherches sur Google telles que
« Est-ce qu'un détenu peut administrer
ses biens immobiliers? »
Particulier, ça, quand même.
Trois semaines avant.
Oui, c'est ça. Donc, on soupçonne que peut-être
il voyait son avenir en prison.
Le 15 juin, l'ordinateur de Mohammed est encore utilisé
par Ahmed pour faire encore d'autres recherches
sur Google, cette fois-ci fait et documentaire
sur des meurtres. Intéressant, ça, pour des enquêteurs.
Le 20 juin, cinq jours plus tard, encore une fois,
Ahmed va utiliser l'ordinateur de son père
pour chercher ou commettre un meurtre.
Chose qui est quand même assez incriminante,
je dois dire.
Même, je l'ai testé, cette requête-là,
ou commettre un meurtre.
À part une question sur le site Quora,
où les gens posent des questions,
en général, le reste, c'est juste des références
à des émissions de Netflix ou quoi que ce soit.
La réponse n'a pas l'air si simple que ça à trouver.
Google fait exprès pour ne pas nous diriger
vers des trucs.
J'ose imaginer qu'il n'y a que pas de site
qui documentent ça. C'est tellement large.
Je trouve qu'il y a une certaine naïveté.
Il y avait 20 ans, mais il y a moins d'éducation.
En tout cas, je trouve qu'il y a quelque chose
d'un peu enfantin dans ce type de recherche-là.
Il n'a pas du tout pensé aux traces numériques.
Le 29 janvier 2012, donc beaucoup plus tard,
trois ans plus tard, les membres du jury
leur rendent leur verdict,
mais après seulement 15 heures de délibération.
Ça a été assez long à faire le procès.
Le procès s'est tenu en 4 langues.
Ce qui est assez particulier pour s'assurer
que le Père Mohammed comprenait tout ça.
En 15 heures de délibération,
les chafias sont reconnus coupables
de meurtre prémédité et sont condamnés
à la prison à vie sans possibilité de libération
avant 25 ans.
Le mobile du crime a été officiellement attribué
au crime d'honneur.
Le juge s'est alors adressé à Mohammed Chafia
en lui disant « Il est difficile de concevoir
un crime plus ignoble et plus haineux.
La raison apparente de ces honteux meurtres
totalement innocents avait outragé votre concept
complètement tordu de l'honneur,
lequel n'a absolument pas sa place dans une société civilisée ».
Le juge a été très dur avec le Mohammed Chafia
et avec raison.
Les chafias continuent toujours de clamber leur innocence
et annoncent qu'ils feront appel de leur verdict.
L'appel a été rejeté le 2 novembre 2016.
En février, le Père et le fils Chafia
sont transférés à la prison fédérale de Kingston
où ils doivent purger leur peine.
Tuba, de son côté, est au pénitentier pour femmes de Joliette.
Et même par la suite, la prison de Kingston a fermé
et ils ont été transférés dans une autre prison ontarienne.
Je ne sais pas pour quelle raison cette prison a fermé
mais ils ont été transférés, mais ils sont toujours en Ontario,
contrairement à Tuba qui est au Québec.
Donc très triste cette histoire
de meurtre familial.
Ça me dépasse toujours.
Au moins, il y a une conclusion.
Au moins, ça ne reste pas en suspens.
Il n'y a pas de mystère qui reste en arrière-goût.
On a vraiment bouclé la boucle.
Mais par contre, j'en reviens pas qu'ils clamberont toujours leur innocence.
Ils font juste abuser du système judiciaire canadien, selon moi.
Oui, avec toutes les preuves.
Je ne sais pas comment nier toutes les conversations téléphoniques.
C'est comme si on était naïfs à ce point-là.
Je trouve ça un peu particulier de sa part.
Donc une grosse peine quand même pour Mohamed,
Ahmed et la femme de Mohamed, le Tuba.
Oui, mais c'est...
J'allais dire que c'est une peine exemplaire,
mais c'est une peine de meurtre.
Tout simplement, c'est juste que tous les meurtres sont odieux,
mais on dirait que ce type de crime-là,
c'est encore plus odieux de tuer tes enfants de cette manière-là.
Les piéger, en plus, parce que le voyage à Niagara Falls,
ce n'était qu'une couverture.
Tout ça, ça faisait partie du plan.
C'est une mise en scène.
Exactement, ça faisait partie du plan initial.
Ils avaient probablement comploté à Dubai dans les semaines précédentes
ce fameux voyage.
Exact, ils ont même frappé sa femme,
parce que Rona, c'était sa femme.
C'est des années d'abus et de violence.
Je ne comprends pas qu'ils n'ont pas été...
Mais rendu là, après un meurtre prémédité,
c'est difficile d'avoir plus,
mais il a été reconnu pour...
Il était connu, pardonnez-moi,
pour battre sa famille,
pour abuser justement de sa femme verbalement,
physiquement.
C'était l'enfer dans cette famille-là.
J'hésite à apporter des jugements sur les peines et tout ça,
mais selon moi, c'est la moindre des choses, ce jugement-là.
Oui, vraiment, même le fait qu'il y ait une libération conditionnelle,
je suis presque étonné.
Aux États-Unis, je ne suis pas certain qu'il y aurait eu
une libération conditionnelle.
Ça aurait été de la prison ferme à vie, tout simplement,
généralement, pour des crèmes aussi graves que ça.
Ils sont un petit peu plus rigides aux États-Unis là-dessus.
Il y a moins de libération conditionnelle
quand c'est très, très grave comme ça.
Ah oui, dans certains états américains,
ça aurait été la peine de mort.
J'allais dire, j'imagine dans d'autres pays
un peu plus extrémistes, mais j'ose croire
qu'à certains endroits, possiblement, qu'en fait...
Il serait mort. Il aurait été tué par...
Je ne suis pas nécessairement pour la peine de mort,
mais dans des cas comme ça, des fois, ça porte à réflexion.
Il semblerait toutefois, Seb,
que Mohamed, même en prison, exerce une certaine influence.
Oui, c'est assez particulier.
Ça a été détecté par un des psychologues
au début de sa peine d'emprisonnement à Kingston.
En fait, c'est qu'il y a eu une plainte.
Il y a eu une plainte, on ne sait pas de trop qui.
Ils ont observé que Mohamed, lors des prières...
En fait, il avait implanté un peu
la culture de la prière musulmane.
Il priait cinq fois par jour.
Il organisait des regroupements de gens pour aller prier.
Cependant, dans les groupes de gens
où il allait prier, ils ont évalué
qu'à peu près le tiers de ces gens-là
n'y allait pas par besoin de leur propre volonté,
mais qu'ils étaient forcés d'y aller
sinon sous peine d'avoir des représailles
de la part de Mohamed Shafia.
Pourtant, ce n'est pas un homme
qui a un gabarit si imposant,
mais il devait avoir une conviction
pour tenter de convaincre ces gens-là
et de leur faire peur, en fait.
Ça amenait un questionnement
qu'il peut y avoir de la radicalisation dans les prisons.
On s'entend que les gens sont un peu plus vulnérables
malgré tout. Les prisonniers, même si
ça peut être des gens très baraqués,
on ressent une certaine vulnérabilité.
Justement, ils faisaient la loi,
ils faisaient des prières.
C'est quand même encadré par l'homonier
qui engage un imam, qui est autorisé par la prison.
Mais dans ce cas-ci, c'est Shafia,
c'est Mohamed Shafia,
qui coordonnait tout ça comme si c'était
le imam de la place.
On voit encore comment le pouvoir de cet homme-là
de persuasion qu'il y avait sur les autres,
cette emprise-là sur les autres, même en prison,
ça m'a vraiment dépassé
qu'il y avait cette...
On le voit même lors de certains gourous de secte
qui sont emprisonnés. C'est pas rare, on dirait,
auprès de leaders religieux. Je crois que Mohamed Shafia
avait un peu cet ADN-là
de leader un peu religieux.
Le fait aussi qu'il est quand même millionnaire,
ça doit avoir un certain impact, parce qu'il doit pouvoir
d'une certaine façon proclamer des menaces
à d'autres prisonniers en leur menaçant,
étant donné qu'il y a plein de moyens financiers,
il peut faire n'importe quoi, même en dehors de la prison,
parce que sa fortune, il l'a encore,
même qu'elle va continuer à grandir
s'il est bien investi ces choses-là.
Alors, t'as bien raison là-dessus, c'est vrai
qu'il devait utiliser le pouvoir monétaire,
même à la limite d'engager quelqu'un
pour te battre ou quoi que ce soit.
Assez particulier. Bonne nouvelle, cependant,
tout dernièrement, au printemps 2018,
la Commission d'immigration et du statut de réfugié
au Canada a révoqué la résidence permanente
de Tuba et Mohamed Shafia.
Ils devraient être expulsés en Afghanistan
lorsqu'ils obtiendront leur libération conditionnelle,
mais ça, c'est dans au moins 16 ans.
La date, c'est en juillet 2034.
Et ça, c'est si on a une libération conditionnelle,
si tout se passe bien, parce que si il y a un écart de conduite,
on le sait, la libération conditionnelle
ne pourra pas s'appliquer,
ça pourrait s'étendre encore plus longtemps.
Ils ont tenté d'aller en appel de ça,
mais ça ne fonctionne pas sous peine de violence.
L'avocat de Tuba disait que c'est dangereux
de retourner dans son pays.
Par contre, dans des contextes d'immigration comme ça,
c'est la justice qui passe avant le dossier d'immigration
ou la crainte pour sa vie ou quoi que ce soit.
Ils ont quand même tué des gens au Canada,
donc ils vont être expulsés.
Ce qui est pour le fils Ahmed,
il n'y a pas de conclusion encore à savoir
s'il allait être expulsé ou non.
Lors du drame, il avait 20 ans, donc c'était quand même un adulte,
mais ils n'ont pas pris de décision encore à savoir
s'il allait être expulsé au nom du pays.
J'ai l'impression qu'ils vont sûrement prendre la même tangente.
Je veux dire, si à 20 ans, tu as commis un crime si grave,
mais je ne sais pas si au niveau de la réhabilitation,
j'en ai aucune idée.
Au moins, ils vont être expulsés du pays.
L'autre chose que je ne comprends pas,
c'est pourquoi on ne les expulse pas là ou immédiatement.
Il faut quand même les supporter.
Je parle un peu comme un gars de droite,
mais ça coûte des fouets entretenir des gens en prison.
Je pense qu'au Québec, les chiffres étaient entre 50 et 75 000
par prisonnier en termes de ressources que ça coûte.
Donc imaginez toutes ces années-là
pour des criminels qu'on veut de toute façon extradier.
J'imagine qu'au niveau législatif,
c'est comme ça que ça fonctionne au niveau de l'extradition.
Bonne question. S'il y a des criminologues ou des gens
qui étudient en droit, membres du groupe de discussion de distorsion,
laissez-nous savoir si vous connaissez cette subtilité-là.
Oui, ça serait bien de nous éclairer.
C'est une histoire, je pense qu'on a fait le tour tranquillement,
Seb, de la chronologie des événements.
Une histoire extrêmement touchante.
Moi, ça m'ébranle à chaque fois que j'entends parler
de cette histoire-là,
en plus que c'est toujours d'actualité les crimes d'honneur.
Ce n'est pas le dernier,
ça n'a pas été le premier, ce crime-là.
On nous dit d'ailleurs que, en fait,
de sept signalements reçus entre 2010 et 2012,
la direction de la protection de la jeunesse de Montréal
est passée à une trentaine de signalements annuellement
liés à ce problème depuis 2016.
C'est quand même des gros signalements.
Ce n'est pas des meurtres à chaque fois,
mais souvent, c'est de l'humiliation, du rejet
de la part de la famille.
Des mariages forcés, ça fait partie de ça.
Exactement, des séquestrations, même, à certains moments.
C'est quelque chose qui est très d'actualité
et qui, malheureusement, ne va pas en diminuant.
On vous rappelle qu'à l'époque, quand même,
il y avait eu un signalement concernant Saar
auprès du centre jeunesse anglophone,
puis un deuxième dans le réseau francophone
au sujet de sa soeur Zénabe,
et les deux dossiers n'avaient pas été liés.
Il y a eu déjà plusieurs signalements, je crois trois au total,
et il n'y avait aucun lien de fait.
Peu de temps après le drame,
les DPJ se sont dotés d'un registre provincial.
Le partage d'informations entre les deux réseaux
aurait probablement sonné l'alarme
et peut-être même sauvé quatre vies en 2009
avec la technologie d'aujourd'hui.
Ironiquement, cette centralisation informatique des dossiers
était déjà prévue avant la mort des quatre filles.
Très triste, mais au moins,
on sait qu'on a un peu plus d'outils
pour prévenir ce genre de drame.
J'écoutais des reportages de membres de la DPJ
et ils disaient que ça avait eu quand même l'impact positif
d'être un peu comme tous les crimes de sextorsion
ou d'intimidation sur le web,
que les policiers, au début, ne faisaient pas grand-chose
ou ils n'étaient pas bien armés ou outillés
pour faire face à ces problèmes-là.
On pourrait parler d'Amendatod par exemple,
mais c'est un peu la même chose dans ce contexte-là.
C'est souvent des événements graves
qui font en sorte que les membres de la DPJ
sont plus conscients et plus alertes
lorsqu'il va y avoir ce genre de plaintes ou de dénonciations.
Et heureusement.
Voyons toujours le bon côté des choses, c'est cet aspect-là.
Oui, bien dit.
Seb, ça fait plaisir de revenir derrière le micro
C'est vraiment agréable.
Les Dix-Tordus, si vous voulez discuter de cette histoire-là,
une histoire troublante, on vous invite à le faire
sur le groupe de discussion sur Facebook.
Vous pouvez le rejoindre, faites-nous une demande,
et généralement, on accepte à peu près tout le monde.
Et puis, c'est difficile de trouver un bon mot
de la fin pour une histoire comme ça, Seb,
mais je suis sûr que t'en as un pour nous.
Aimez-vous les uns les autres, votre famille et vos amis.
Respect.
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