Les vols de banque ont toujours fasciné et effrayé à la fois. Comment des individus peuvent-ils concevoir des plans si astucieux pour dérober d’énormes sommes, échappant ainsi aux autorités? Ces actes, dignes de films policiers, intriguent profondément. Avec l’avènement de l’ère numérique, la nature des vols de banques a radicalement changé. Si autrefois, l’image du braqueur masqué armé d’un revolver était emblématique, aujourd’hui, les voleurs sont souvent des hackers aguerris, assis derrière des écrans, déjouant des systèmes de sécurité sophistiqués avec une dextérité électronique. Mais ne vous y trompez pas, la précision, la patience et la minutie requises restent les mêmes. Prenons par exemple le cas qui s’est déroulé en février 2016. La Banque du Bangladesh a été victime du plus audacieux vol de l’histoire, où près d’un milliard de dollars ont été dérobés. Et le plus surprenant? Personne n’a eu à franchir physiquement les portes de la banque. Alors, comment ces cybercriminels ont-ils réussi un tel exploit? Plongez avec nous dans une des histoires les plus étonnantes et intrigantes de vols de banques!

Épisode
#114 - Le vol d’un milliard de la Banque du Bangladesh
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Vous êtes sur le point d'écouter DISTORTION, un podcast sur des histoires étranges de l'ère numérique.
Les vols de banque nous ont toujours passionnés. Comment des gens peuvent imaginer des stratégies
inattendues pour dérober des sommes monumentales à l'insu des autorités?
À l'ère numérique, les vols de banque sont bien différents, mais la même minutie est exigée ainsi que le même temps de préparation.
En février 2016, le plus grand vol de tous les temps a été perpétré à la Banque du Bangladesh
afin de dérober près d'un milliard de dollars.
Cependant, personne n'a eu à entrer physiquement dans la banque. Comment les voleurs s'y sont pris?
Suivez-nous dans une des histoires de vols de banque les plus inusités de l'histoire.
Sébastien Lévesque, comment vas-tu?
Ça va bien, toi, Emile Gauthier.
Ça va bien, parce que ce soir, on parle d'un de mes sujets préférés, les vols de banque.
Ben oui, un grattexpan.
Loin de là, loin de là.
Il faudrait demander à Stéphane Bertomé, il me semble qu'il en parle souvent dans ses podcasts,
mais aujourd'hui, on parle d'un vol de banque quand même assez différent.
Moi, ça m'a toujours passionné comment les gens peuvent percer un coffre, s'introduire dans une banque.
Puis j'ai déjà, moi, à l'époque, travaillé dans un McDo étant plus jeune, dans un restaurant McDo
où le coffre fort avait été volé d'une manière vraiment inusité.
Des gens qui ont justement percé le coffre pendant toute la nuit,
qui sont disparus pas avec des millions de dollars, bien sûr, mais quand même avec une bonne somme.
Ça a été fait par des professionnels.
Et on dirait que depuis ce temps-là, j'ai toujours eu la fascination des vols de banque.
Il y en a eu plusieurs dans le passé, plusieurs grands vols, des vols de fourgon.
Montréal aussi a eu son historique de cambrioleur.
Mais là, aujourd'hui, c'est particulier.
Évidemment, la distorsion, on parle de l'ère numérique.
Donc on va s'attaquer en fait à une histoire de cybervols, si je peux me permettre.
Ah bien oui, des vols de l'époque d'aujourd'hui.
Ça fait partie un peu des cyberattaques d'une certaine façon.
Mais là où il y a un enjeu, c'est un peu comme tu le dis, il n'y a pas de victimes, comment dire.
Oui, il y a des victimes, mais il n'y a pas de choc post-traumatique, du moins aux employés qui subissent.
Il n'y a pas d'otages.
C'est ça, il y a tout l'aspect physique et même violent d'un hold-up généralement.
Et même des fois, ça vire mal ou des gens s'en sortent avec des traumatismes.
Moi, ma mère a toujours travaillé dans les institutions financières.
Puis à un moment donné, il y a eu souvent des hold-ups.
Puis un moment donné, il y en a eu un à l'automne.
Puis il y avait une des employées, elle, elle tombait en dépression à chaque automne,
au même moment où ce que le hold-up avait eu lieu à cause que ça crée un choc post-traumatique.
Puis ça revient comme une horloge là, vraiment de manière précise.
Donc, tout ça pour dire que les vols d'aujourd'hui sont plus gros, ils en ont plus.
Mais au moins, je trouve que le seul côté positif, si je peux le dire,
c'est qu'il y a moins de dommages humains d'une certaine façon.
Oui, puis ce qui est intéressant aussi, c'est que quand on voit des histoires de vols de banque,
de vols de banque physique, des hold-ups justement,
c'est passionnant de voir tout le temps de préparation.
Ils vont surveiller pendant des mois la banque,
ils vont connaître le cycle d'arrivée des véhicules de livraison,
combien de temps ça prend la police de venir quand l'alarme est sonnée, tout ça.
Donc, il y a vraiment une minutie, une attention au détail.
Puis vous allez voir dans ce cas-ci, c'est la même chose, même si c'est numérique.
Vous allez halluciner aussi de comprendre elle est où la faille
qui a permis d'identifier ce groupe de voleurs-là.
Donc, c'est vraiment la même minutie, le même souci du détail
qui est prêté ici au vol, mais complètement numérique.
Vous allez voir le genre d'erreurs qu'ils ont commis, sans vous spoiler bien évidemment,
et très typique aussi des erreurs qu'on voit dans les enquêtes numériques.
Donc, ça risque d'être assez passionnant.
Ça a été vraiment trippant à rechercher cette histoire-là.
C'est assez fascinant, ce vol-là de 2016.
Donc, restez avec nous jusqu'à la fin.
Ça va vraiment être cool.
Et puis aussi en after-show, en fait, pour nos abonnés Patreon.
Vous savez que si vous vous abonnez, vous allez recevoir les épisodes en avance sans pub
et plein de bonus, dont les after-shows.
Et aujourd'hui, on va parler du vol de l'aéroport de Toronto,
du vol d'or qui a eu lieu en avril 2023.
Donc, cette année, au moment où on enregistre l'épisode,
comment on peut encore dérober de l'art en 2023 à l'ère numérique?
À quoi ça sert, tout ça? On va en parler dans l'after-show.
Vous allez voir, c'est une autre histoire quand même assez passionnante.
À quoi que j'aille entendre ça?
Mais pour se rafraîchir, qu'est-ce qu'on boit, Seb, aujourd'hui?
On boit aujourd'hui, mon cher, la Castor.
En fait, pardon, on boit la Galaxy Ace de Castor,
une microbrasserie qu'on connaît depuis Belle-Lurette, qui est à Rigaud, au Québec.
Ça fait partie de la série Progression.
Donc, la Galaxy Ace, elle a évidemment son haut blond principal, c'est le Galaxy.
Elle a du citron, de la mosaïque, 6 % d'alcool et c'est une IPA comme à l'habitude.
Et on doit remercier notre ami Trappist Monk de France,
qui nous a offert une tournée de bière pour nous offrir cette délicieuse Galaxy Ace du Castor.
Merci à toi.
Shout out!
Et aussi, on a une review 5 étoiles sur Apple Podcasts
qui nous vient de Licorne à paillettes, n'est-ce pas beau ce nom?
Oui.
Qui nous vient d'Australie, en fait.
Et elle ou il nous dit, j'imagine que ça existe, un licorne.
Shout out Seb et Emile pour ce podcast si bien documenté, fascinant
et surtout toujours de bonne humeur.
Après quelques années à l'écouter en travaillant,
ils nous accompagnent en road trip tout autour de l'Australie.
Oh, bon voyage.
Oh yes.
Et on vous rappelle aussi, on n'a pas le choix de le dire,
que notre BD, notre collaboration avec RUN pour la série Low Reader
est disponible probablement partout au moment où vous écoutez cet épisode.
C'est une BD d'horreur, je tiens à le dire.
C'est parfois un peu difficile, mais je suis convaincu que les distordus vont bien adorer.
Trois histoires de l'ère numérique dont nous-mêmes et RUN avons fait la curation
avec trois duos d'artistes hallucinants des illustrateurs qui ont travaillé sur cette BD-là.
Donc on entre dans l'univers des distorsions.
Vous allez nous retrouver aussi.
Oui, on est là.
On est dans la BD.
C'est une BD de 100 pages qui est disponible via Rue de Sèvres et via Flammarion.
Donc vraiment des super partenaires qu'on adore,
que vous pouvez trouver en librairie, possiblement en ligne.
Donc allez vous procurer ça.
Je suis convaincu que vous allez adorer pour les fans de BD.
C'est de la top qualité.
C'est une BD très haut de gamme, qualité Label 619, qu'on connaît bien de RUN.
Donc c'est un beau projet qu'on adore.
Eh bien, donnez-nous des nouvelles.
Dites-nous ce que vous en pensez de cette bande dessinée
parce que c'est pas impossible qu'on en fasse d'autres.
Oh non, qui sait!
Là-dessus Seb, est-ce qu'on est prêt à se plonger dans l'histoire de l'incroyable vol
d'un milliard de dollars de la banque du Bangladesh?
Oui, mais avant de plonger dans notre épisode,
un mot sur NordVPN, notre fidèle partenaire.
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Alors Seb, sommes-nous prêts à se plonger dans l'épisode d'aujourd'hui?
C'est parti, maintenant.
Une nuit paisible s'était installée sur la Réserve fédérale de New York,
le bâtiment imposant éclairé par la douce lueur de la lune.
Les employés étaient en grande partie déjà partis,
ne laissant qu'une poignée d'âme vigilante à veiller
sur l'intégralité du système financier mondial.
Au cœur de cette nuit silencieuse de février 2016,
les claviers des pirates informatiques s'activaient clandestinement dans l'ombre.
Des hommes et des femmes habiles en matière de cybersécurité
se trouvaient à des milliers de kilomètres de là
dans un endroit inconnu opérant avec une précision chirurgicale.
La nuit passa, les transferts en cours et le silence régnait toujours.
Mais alors que les premières lueurs de l'aube baignaient la ville de New York,
un détail minuscule, une simple faute de frappe,
devait devenir le grain de sable qui grippait la machine
et qui allait révéler un des plus grands coups de cybercriminalité de notre siècle.
Décidément, les vérificateurs de la réserve fédérale à New York étaient inquiets,
car d'immenses sommes étaient retirées d'un compte détenu par la Banque centrale du Bangladesh
et distribués à des comptes particuliers.
Quelque chose ne tournait pas rond.
On se transporte maintenant Seb à Dhaka.
Vous allez voir, c'est une histoire qui se déroule dans deux continents totalement différents.
Dhaka, en fait, c'est la capitale du Bangladesh.
Juste à l'est de la vieille ville, près du palais présidentiel,
se trouve un rond-point et au milieu se dresse une statue géante
d'une fleur de ninufar, qui est la fleur nationale du pays.
La circulation est dense autour de ce rond-point.
Au sud-est, on trouve un immeuble de bureaux gris de 12 étages,
le genre de bâtiment ennuyeux que vous pourriez trouver dans n'importe quelle ville du monde
et qui s'intégrerait parfaitement.
Mais il s'agit d'un bâtiment très important au Bangladesh,
c'est le siège de la Banque centrale du pays.
C'est là qu'ils gèrent les précieuses réserves de devises d'un pays
avec des millions de citoyens désespérément pauvres.
Et tout en haut, au dixième étage, à l'abri du bruit de la circulation,
se trouve une imprimante.
C'est juste une imprimante normale, vous allez dire,
mais c'est l'emplacement qui est important.
C'est dans la zone la plus restreinte de la Banque,
dans une petite pièce avec une paroi en verre le long d'un mur.
Seuls quelques employés y ont accès,
car c'est là que les ordinateurs de la Banque se connectent au système financier mondial.
Chaque jour, des millions de dollars circulent dans les comptes
grâce aux messages envoyés et reçus par les machines de cette salle.
Et l'imprimante enregistre tout fidèlement sur papier.
Il est bien important de spécifier que cette imprimante
n'est pas connectée à Internet par les moyens conventionnels.
Elle est connectée via les tunnels souterrains de télécommunication
qui passent sous les océans.
Tu sais de quoi je parle, Seb?
On n'en a pas parlé souvent à distorsion,
mais il y a énormément de connexions physiques
qui connectent non seulement l'Internet mondial,
mais aussi différentes institutions, différents gouvernements.
En fait, il y en a qui ont été installés il y a des décennies,
mais on avait prévu justement la fibre optique et tout ça à l'époque.
Donc, il existe des longs longs câbles qui passent sous les océans.
Oui, on n'en parle pas souvent, mais oui, c'est là.
Oui, c'est pas juste par satellite en fait que l'Internet est sécurisé.
En fait, ces câbles-là sont plus puissants et plus fiables que les satellites.
Ah oui, puis comme tu dis, il y avait de la vision à l'époque.
Ça fait au minimum 30-40 ans qu'on commençait ces chantiers-là.
C'est pas évident le décembre, puis mettre un bout de tape sur le fil.
Oui, creuser sous l'eau, puis aussi réparer, entretenir ces réseaux-là aussi.
Je sais que Microsoft, entre autres, sont quand même des bons partenaires entre autres,
parce qu'il y a des gens, des compagnies qu'il a fallu payer pour ces infrastructures-là.
Puis à un moment donné, j'avais vu un reportage de comment ils réparaient ça
avec des mini sous-marins, des mini capsules, c'est quand même profond.
C'est tout comme un écosystème que, comme tu dis, on en parle très, très peu.
Exact. Puis en fait, cette imprimante-là dont on parle depuis tantôt,
elle est connectée, elle, au réseau de Swift, en fait,
qui est un système utilisé par les banques partout dans le monde pour transférer des fonds.
Et ce système-là est connecté justement sur les câbles souterrains.
Et puis, l'imprimante s'arrête.
Il est 8h45 du matin, le vendredi 5 février 2016.
Nous sommes actuellement en long week-end, du jeudi au dimanche,
au Bangladesh, donc les effectifs sont réduits à la banque.
On a tous eu, là, en fait, dans le passé, des problèmes d'imprimante.
J'en ai encore, même.
Oui, moi aussi.
Et le directeur de service, là, ce jour-là, Zouber Bin Ouda,
a pensé la même chose que la plupart d'entre nous.
Il a ensuite déclaré à la police dans un communiqué
« De tels problèmes étaient déjà survenus.
Nous avons donc supposé que c'était un problème courant,
comme n'importe quel autre jour, par exemple, une cartouche d'encre. »
Mais ce n'est pas un jour comme les autres, en fait, là.
Loin de là.
Il est maintenant 11 h du matin et il est presque l'heure de la prière du vendredi.
Et Zouber Bin Ouda a des projets pour l'après-midi.
Donc lui et ses collègues décident de regarder à nouveau l'imprimante le lendemain.
Parce qu'à ce stade, le dysfonctionnement ne devrait pas être un gros problème
vu qu'on est vendredi et que le week-end arrive.
Évidemment, il suspecte non seulement un problème de cartouche,
mais un glitch mineur au niveau de l'imprimante.
Mais quand il retourne au travail le lendemain matin,
l'imprimante ne fonctionne toujours pas.
Alors lui et ses collègues demandent la permission
de trouver un autre moyen de redémarrer la machine.
Et il dit à la police plus tard que c'est à ce moment-là
qu'ils ont commencé à recevoir les messages.
Alors que l'imprimante reprend vie, une série de messages apparaît.
Ces messages-là, en fait, ce sont des demandes urgentes de clarification
au sujet de certains comptes bancaires
et des communications provenant de la Réserve fédérale à New York
où d'autres vérificateurs sont pris de panique pour la même raison.
À New York, la Banque centrale du Bangladesh détient un compte en devise étrangère.
La Réserve fédérale de New York est inquiète à ce moment-là.
Elle a reçu les instructions, apparemment de la part de la Banque centrale du Bangladesh,
de vider l'ensemble du compte. On parle de près d'un milliard de dollars.
Rakesh Astana, maintenant, est un expert en cybersécurité.
Il est la première personne extérieure à la Banque à enquêter sur cet incident.
Il explique qu'au début, le personnel était confus par les messages
sortant de l'imprimante quand elle a commencé à se remettre en marche.
La panique s'installe alors que les employés de la Banque essaient une méthode après l'autre.
Des emails, des appels téléphoniques, même des faxes pour essayer de contacter
la Réserve fédérale de New York afin d'arrêter ses transactions.
Mais personne ne répond. Et pendant ce temps, un milliard de dollars américains disparaissent.
Mais tout d'abord, Seb, peux-tu nous expliquer un peu c'est quoi le rôle
de la Banque centrale du Bangladesh ?
Bien sûr. Emile, la Banque centrale du Bangladesh,
qui est également connue sous le nom de Bangladesh Bank,
est l'autorité monétaire et bancaire centrale du Bangladesh.
Son rôle principal est de superviser et de réglementer le système financier du pays.
Voici un peu quelques-unes des responsabilités et des fonctions
principales de la Banque centrale.
Et l'émission de monnaie, donc c'est eux qui font l'argent,
donc elle est responsable de l'émission de la monnaie nationale
qui se nomme le TACA et de sa gestion pour maintenir la stabilité monétaire du pays.
Ensuite, il s'occupe de la politique monétaire.
Elle, elle formule et met en œuvre la politique monétaire du Bangladesh
pour contrôler l'inflation, stabiliser les taux de change,
mais aussi de favoriser la croissance économique.
Ensuite, il y a la régulation bancaire.
Donc, cette étape-ci, elle réglemente et surveille les banques commerciales,
les institutions financières non bancaires et aussi les marchés financiers du Bangladesh
pour s'assurer de leur stabilité et aussi de leur intégrité.
Elle s'occupe aussi de la gestion des réserves étrangères.
Donc, elle s'occupe des devises étrangères pour aussi, encore une fois,
maintenir la stabilité des paiements internationaux.
Et en dernier, elle s'occupe du service des règlements.
Donc, elle, elle facilite les paiements et les transactions interbancaires.
Elle agit comme un système de règlement pour les institutions financières au pays.
C'est la même chose au Canada.
J'imagine qu'il y a l'équivalent en France.
Donc, la plupart des pays, comment dire, évolués, ils ont tous à peu près le même rôle, les banques centrales.
Maintenant, en ce qui concerne son implication dans la gestion des fonds de la ville de New York,
la Banque centrale du Bangladesh, elle, elle détenait des fonds importants
auprès de la Réserve fédérale de New York.
De nombreuses banques centrales autour du monde déposent une partie de leur réserve de change
dans des institutions financières étrangères de premier plan
pour des raisons de sécurité et de liquidité.
Tout ça a fait cette affaire un problème international complexe
et a impliqué des enquêteurs et des autorités des deux côtés de la planète pour enquêter tout ça.
Oui, exact.
Dans les jours qui ont suivi l'intrusion numérique,
la banque était incapable de comprendre ce qui s'était passé.
Ils savaient que l'argent avait quitté leur compte à New York,
mais ils ne pouvaient pas comprendre comment cela s'était produit
ni si les transferts pouvaient être annulés.
C'est alors que Rakesh Astana, notre expert en cybersécurité,
reçoit un appel téléphonique.
Il est en train de conduire de retour à Washington D.C. depuis une conférence sur la sécurité.
Et le gouverneur de la Banque centrale du Bangladesh était au bout du fil
et lui demandait une assistante urgence pour une affaire délicate.
Et il a dit « Je suis désolé, je ne peux pas vous en parler au téléphone,
montez dans l'avion et rejoignez-nous maintenant ».
Et donc, Rakesh est parti tout de suite à Dhaka.
Il connaissait le gouverneur de la Banque, qui est Atiyur Raman.
Ils avaient l'habitude de travailler ensemble.
Maintenant, Rakesh dirige une entreprise de sécurité technologique
qui s'appelait World Informatics.
Ainsi, Rakesh arrive à Dhaka en quelques jours où il est immédiatement briefé.
C'est alors qu'il a réalisé l'énormité de l'incident de sécurité.
Mais pour le chef de la Banque,
les transferts d'argent ne sont que des erreurs
et les problèmes peuvent être résolus facilement, selon lui.
Le gouverneur de l'État ou de la province était très perplexe
et pensait qu'une erreur avait été commise
et que certaines transactions étaient allées dans la mauvaise banque
ou sur le mauvais compte et qu'il les récupérerait.
Ça serait juste un problème de routier.
Cela arrive dans des circonstances normales,
souvent les transactions vont sur le mauvais compte et doivent être annulées.
En conséquence, le chef de la Banque centrale du Bangladesh
garde le piratage secret,
non seulement vis-à-vis du peuple bangladais,
mais aussi vis-à-vis de son propre gouvernement.
Il garde leur aide sur la Banque centrale du Bangladesh secret pendant des semaines,
tandis que ses responsables essaient de récupérer l'argent.
Et pour cela, ils ont besoin que Rakesh découvre réellement ce qui s'est passé.
Son équipe disposait d'une salle de conférence
juste à côté du bureau du gouverneur
afin qu'il puisse le conseiller sur un bon nombre de ces problèmes rapidement.
Au début, seule une petite équipe était au courant de cet incident
et elle ne pouvait parler à personne à l'extérieur.
La première chose à établir est de savoir si la Réserve fédérale de New York a commis une erreur,
et la réponse est claire, absolument pas.
La Fed insiste sur le fait que quelqu'un de l'intérieur de la Banque du Bangladesh
a ordonné les transactions.
La Banque soupçonna alors un acte commis en interne.
Peut-être que quelqu'un s'est glissé dans la salle informatique pendant la nuit
et a effectué les transferts.
Alors, Rakesh s'assoit et regarde des heures de bande de vidéos de sécurité,
les huit heures complètes.
Et il n'y avait personne dans la salle.
En fait, il n'y avait qu'une seule ombre.
Comme ils ont découvert, c'était une femme de ménage qui était à l'extérieur de la pièce.
Mais il n'y avait personne dans la pièce pendant ces huit heures entières
où s'est produit de cette attaque.
Une pièce vide, personne n'entre ni ne sort.
Pourtant, un milliard de dollars est volé dans cette pièce.
De retour à New York, où l'enquête se poursuit.
Avec une équipe d'analystes chevronnés, l'agent en chef a commencé à remonter
la chaîne de transactions suspectes.
Le directeur de la Banque centrale du Bangladesh, Monsieur Khan,
était en état de choc lorsque l'agent l'a contacté.
Il a confirmé qu'il n'avait jamais demandé ces transferts massifs,
dont la plupart étaient envoyés vers les Philippines.
Tandis que l'enquête avançait,
les enquêteurs ont échangé des informations avec les autorités Philippines.
Ils savaient que la situation était urgente et que chaque minute comptait.
Les Philippines étaient devenus le point d'ancrage des fonds volés
et l'équipe se devait de traquer les coupables.
Elle a commencé à suivre les traces de l'argent blanchi dans les casinos locaux
où les complices des pirates semblaient avoir dépensé une partie des fonds.
Mais pourquoi les Philippines, en fait?
Il est vrai que certaines personnes malveillantes ont tenté d'utiliser les Philippines
pour blanchir de l'argent ou même pour dissimuler des fonds issus
d'activités légales, en fait.
Voici quelques raisons pour lesquelles certains pourraient envisager
d'utiliser les Philippines à cette fin.
Oui, parce que, tu sais, on voit que c'est tellement un vol prévu avec, vous allez voir,
avec minutie, c'est des gros montants.
Pourquoi l'argent est dérouté vers les Philippines spécifiquement?
C'est ça, en fait, qu'on se demande.
Tout d'abord, on a une faible réglementation financière.
Comme sous plein d'aspects légaux, disons que souvent ils ont un petit peu plus d'élastique.
C'est la même chose pour les finances.
Bien qu'ils ont renforcé leurs lois et leurs réglementations
en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et de financement du terrorisme,
il peut encore exister des failles dans la réglementation financière
qui rendent les activités légales beaucoup plus difficiles à détecter.
Également, les Philippines ont un système bancaire qui est diversifié.
Donc, ils ont de nombreuses institutions financières
qui peuvent offrir des options pour, encore une fois, dissimuler les transactions suspectes.
Ils ont un faible coût aussi pour la création de sociétés.
Ça coûte pas cher, créer des entreprises, et il est facile et peu coûteux.
Donc, ça peut aussi être utilisé pour créer des sociétés écrans,
qu'on appelle des sociétés fictives, afin de blanchir l'argent.
Dernière petite chose aussi, ils ont des connexions à l'international.
Ils ont des liens commerciaux et financiers internationaux,
ce qui peut aussi permettre aux criminels de déplacer des fonds beaucoup plus facilement à l'étranger.
De retour à notre histoire.
Pendant ce temps, David Ramirez se concentrait sur la trac des transactions suspectes
dans le système bancaire international.
Il avait identifié plusieurs comptes offshore aux noms fictifs
qui avaient été utilisés pour recevoir les fonds volés.
Les enquêteurs se sont rapidement rendus compte que cela n'était bien plus qu'un simple vol isolé.
C'était le travail d'une organisation criminelle sophistiquée.
Maintenant que tu nous as parlé de pourquoi les Philippines s'habillent,
j'ai envie de te dire pourquoi tu penses la Banque du Bangladesh spécifiquement?
Pourquoi s'attaquer à cette banque-là?
C'est une bonne question.
En fait, la Banque centrale du Bangladesh a été spécifiquement ciblée, selon plusieurs experts,
en raison de plusieurs facteurs qui font en sorte que c'est une cible attrayante pour les cybercriminels.
Premièrement, elle a une importance financière.
La Banque centrale du Bangladesh est l'autorité monétaire et bancaire centrale du pays,
responsable de la gestion des réserves de change et de la politique monétaire.
Donc, en conséquence, elle détient d'importantes réserves de devises étrangères,
ce qui en fait une cible lucrative pour les cybercriminels cherchant à voler des fonds.
De plus, ils ont un niveau de sécurité, comment dire, qui pouvait être un peu plus faible.
À l'époque de l'attaque, il existait des lacunes dans la sécurité informatique de la Banque centrale du Bangladesh.
Les pirates informatiques ont exploité ces vulnérabilités pour pénétrer dans le système de la banque
et effectuer par la suite des transferts frauduleux.
Le Bangladesh connaît actuellement une hausse économique, malgré le fait que ses résidents soient très pauvres,
ce qui fait en sorte qu'ils ont de l'argent à placer.
Paradoxalement, la main-d'œuvre est moins qualifiée, donc moins à l'affût des piratages informatiques.
Ils n'ont pas de système de protection en place qui soit à jour avec les standards de sécurité d'aujourd'hui,
du moins à l'époque des faits.
Tous ces facteurs font en sorte que le Bangladesh était une cible parfaite pour une attaque.
Ne pas oublier non plus que tout porte à croire qu'ils ont ciblé cette banque au moment exact
où le pays était en jour férié, ce qui est très stratégique.
Ils savaient donc que la banque ainsi que les premiers répondants en cas de cybercrime,
ils seraient beaucoup plus là à répondre. On le sait, c'est un peu toujours la même chose.
Donc, c'est ce qui explique le choix de la banque du Bangladesh.
Le timing aussi, on va y revenir. Vous allez voir, il y a d'autres coïncidences autour de ça.
Les jours se sont transformés en semaines et l'enquête prenait de l'ampleur.
En fait, d'autres experts en cybersécurité du monde entier ont rejoint la liste des collaborateurs
parce que ça devenait une enquête presque internationale.
L'enquête se transforme en une course contre le temps alors que les enquêteurs
suivaient les fils de l'énigme cherchant à découvrir qui se cachait derrière cette opération audacieuse
et comment ils allaient ramener l'argent volé.
Et avant toute chose, ils devaient se concentrer sur le système SWIFT dont on vous a brièvement parlé tout à l'heure
qui permet le transfert de larges sommes entre les banques.
C'est via SWIFT que les pirates sont passés.
Donc, je vais vous en parler un peu de ce système-là.
Dis-moi, avant que tu te lances, ça n'appartient pas à Taylor Swift.
Non, c'est pas pour les distordus Swifties, malheureusement, quoique on ne sait jamais.
Il y a des fans partout. Mais SWIFT, en fait, ça veut dire
Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunications.
Donc, le système SWIFT, c'est un peu la colle qui unit l'ensemble des systèmes financiers.
SWIFT est un peu comme une messagerie électronique hyper sécurisée pour les banques.
Elles peuvent se communiquer entre elles et envoyer des demandes de paiement.
Il existe aussi d'autres réseaux de messagerie pour les banques, mais SWIFT est le plus important.
Pour un client normal, il s'agit d'une série de chiffres à fournir, par exemple à quelqu'un qui va te payer.
Les messages SWIFT autorisent des transferts de milliards de dollars entre les banques, y compris celles du Bangladesh.
Il peut sembler étrange qu'une banque transfère de telle somme d'argent sur la base d'un simple message
provenant d'un autre utilisateur SWIFT.
Mais nous devons préciser que pour envoyer un message SWIFT, vous devez être dans une banque.
Ce n'est pas comme si toi et moi, on pouvait simplement l'installer sur nos ordinateurs domestiques
et envoyer des messages de transfert de millions de dollars.
Aussi, cette messagerie voyage via les câbles souterrains de télécommunications
et non via l'Internet traditionnel, ce qui est quand même un bon défi pour les hackers.
Alors, imaginez-vous dans la peau d'un pirate informatique cherchant de l'argent
et imaginez combien vous pourriez obtenir si vous pouviez pirater le système SWIFT d'une banque.
Oui, c'est incroyablement sécurisé et les banques elles-mêmes sont très bien protégées.
Mais tout ce dont vous avez besoin, c'est de trouver une faille quelque part.
Eh bien, vous avez de l'argent, n'est-ce pas?
Et c'est exactement ce qui s'est passé à la Banque centrale du Bangladesh.
Rakesh et ses collègues commencent à trouver des preuves que des pirates ont pénétré dans son système SWIFT
et ont effectué près d'un milliard de dollars de transfert,
mais à ce stade-ci, on ignore qui est la tête de cette infiltration.
C'est en portant une attention particulière aux fautes d'orthographe,
une aiguille dans une botte de foin, que les enquêteurs ont repéré une faille dans l'attaque des hackers.
La première fois que Rakesh et son équipe mettent les pieds dehors,
il y avait 300 équipes de caméramen de télévision et de journalistes à l'extérieur de la banque.
L'affaire s'est rendue au milieu de masse malgré le fait que le silence devait être maintenu.
Le gouvernement du Bangladesh l'apprend et il n'est pas content du tout, on peut l'imaginer.
Le ministre des Finances était furieux et s'en est pris au gouverneur.
Comment osez-vous ne pas m'informer, car cela relève de l'importance nationale.
Oui, il a comme gardé tout ça secret.
Je comprends, c'est une nature humaine.
On tente d'étouffer souvent quand on fait une gaffe ou quelque chose.
Même enfants font ça aussi pour ne pas se faire réprimander.
Mais des fois, il y a des choses comme ça.
Ça devient quasiment de l'incompétence, mais il y a une forme de…
Comment dire, à un moment donné, il faut être imputable et assumer qu'il y a pu avoir quelque chose.
À la limite, c'est quasiment plus dangereux de garder ça sous silence et de ne pas informer d'autres paliers autoritaires.
Je pense qu'il devait penser que c'était juste une erreur de routine,
qu'il allait pouvoir peser sur « reset » et que tout allait se régler au bout de l'ordi.
Oui, tu as raison.
Le chef de la banque tente d'abord de défendre ses actions lors d'une conférence de presse.
Il compare l'incident à une attaque terroriste ou encore à un tremblement de terre qui secoue la nation.
Il veut faire en sorte que l'économie du pays ne s'effondre pas.
Mais finalement, ces explications n'ont pas suffi.
On lui a demandé de démissionner de son poste.
Ce jour-là, l'ambiance est devenue vraiment sombre.
Deux des vice-gouverneurs ont été licenciés.
Toute une liste de personnes impliquées ont été renvoyées.
C'était un climat de désolation totale au sein du gouvernement bangladais.
Du côté de New York, l'équipe en place épluchait chaque détail des transactions.
Il y avait au total 35 instructions de paiement totalisant 951 millions de dollars US,
envoyées depuis le terminal Swift de la Banque du Bangladesh à Dhaka
vers la Banque fédérale de réserves de New York
où la Banque du Bangladesh détient un compte en US.
Il s'agit d'une stratégie typique de blanchiment d'argent
où l'on tente de disperser un gros montant en le plus de petites transactions possibles.
Les employés de la Banque fédérale de réserves de New York ont remarqué
que c'était une somme assez importante que la Banque du Bangladesh déplacait.
En fait, cela aurait vidé le compte en entier de la Banque du Bangladesh
à la Banque fédérale de réserves de New York.
Les transactions qui ont abouti étaient de 6 millions de dollars, 30 millions de dollars,
20 millions de dollars et une autre transaction de 25 millions de dollars.
Donc c'est quand même pas mal tout ça.
Ça doit totaliser à peu près 80, 80 quelques millions de dollars qui ont été autorisés.
Donc c'est clair qu'ils ont visé gros avec le 951 millions,
mais ils ont quand même réussi à en déplacer des larges sommes.
Absolument.
Après ces transactions, quelque chose s'emplit suspect et les instructions de paiement restantes
de la Banque du Bangladesh ont été signalées comme suspectes
et ont été suspendues avant d'être envoyées sans approbation supplémentaire.
Écoutez bien ça.
Un simple mot dans les instructions de paiement a fait passer ce vol phénoménal
de 951 millions de dollars à un maigre, si on peut utiliser ce mot-là, 81 millions.
Ce mot était Jupiter ou Jupiter.
L'adresse des comptes bancaires vers lesquels les paiements est envoyé contenait le mot Jupiter.
Écoutez ça.
Il se trouve que Jupiter est le nom d'une compagnie maritime interdite
ou sanctionnée aux États-Unis et qui est surveillée par l'OFAC.
L'OFAC est un organisme de réglementation aux États-Unis
et la compagnie Jupiter, il s'agit d'une compagnie basée aux Philippines
qui produit des câbles de télécommunications souterrains
comme ceux qui sont utilisés par le système SWIFT.
Ben oui, tout est dans tout.
Tout est dans tout, exact.
Une deuxième erreur a ajouté encore plus de suspicions à ces transactions
et a empêché d'autres paiements de partir.
Une transaction de 20 millions de dollars US a été envoyée
depuis le compte de la Banque du Bangladesh vers le compte au Sri Lanka
pour une organisation caritative appelée la Fondation Shalika.
Cette instruction de paiement douteuse a été routée
vers la Pan Asia Bank au Sri Lanka via la Deutsche Bank en Allemagne.
Ça fait beaucoup de liaison.
Elle a été signalée par la Pan Asia Bank
qui a demandé des clarifications à la Deutsche Bank
qui, à son tour, a interrogé la Banque fédérale de réserves de New York
à propos de cette transaction. C'est un effet de chaîne.
Le paiement a été suspendu avant d'être versé au titulaire du compte.
Pourquoi ?
Eh bien, l'expéditeur avait mal orthographié le mot « foundation »,
donc une fondation.
Eux, ils l'avaient écrit au lieu de O-U-N,
ils l'ont écrit F-U-N comme une « foundation ».
Le paiement a été stoppé net et l'argent a été renvoyé à la Banque du Bangladesh.
Mais encore, comment les pirates ont-ils réussi à pénétrer dans le système en premier lieu ?
Oui, c'est fou tout ça, ces erreurs d'orthographe-là puis les flags.
C'est sûr que quand tu divises une grosse transaction comme ça
en plein de petites transactions,
il faut que tu sois très minutieux parce que c'est sûr qu'ils vont porter une attention au détail.
Je ne sais pas, on va le savoir un petit peu plus tard,
mais ce n'est pas sûr que les pirates informatiques
parlaient la langue qu'ils écrivaient quand ils faisaient passer les transactions.
Donc, c'est possible qu'ils aient fait des petites fautes
ne maîtrisant pas tout à fait la langue anglaise dans ce cas-ci.
C'est ce que je m'étais dit.
Comme on vous le dit plus tôt,
les paiements SWIFT ne passent pas par Internet,
mais via des câbles souterrains dédiés et exploités par SWIFT, entre autres.
Il est donc pratiquement impossible de pirater ce réseau-là.
Cependant, si vous parvenez d'une manière ou d'une autre
à accéder au terminal SWIFT d'une banque,
vous pouvez effectuer des paiements SWIFT légitimes
en utilisant des identifiants volés.
Mais alors, comment accéder au terminal?
Ça fait un petit peu mission impossible tout ça.
Imagine toi, Seb, qu'en janvier 2015,
donc près d'un an avant le vol,
plusieurs employés de la succursale de Dhaka de la Banque du Bangladesh
ont reçu un courriel d'une personne
se faisant appeler Razel Alam,
cherchant un emploi à la banque.
Attaché au courriel se trouvait un curriculum vité, un CV.
Au moins un employé a téléchargé ce CV et l'a consulté,
infectant involontairement le réseau de la banque avec un virus,
donc un logiciel malveillant conçu pour espionner et opérer en toute discrétion,
donc via un CV en PDF.
C'est fou, on ne croirait jamais ça.
Pendant toute une année, les pirates ont utilisé ce logiciel malveillant
pour observer comment les employés de la banque utilisaient le système SWIFT
et comment y envoyer les transactions.
Ils ont étudié minutieusement comment les transactions de grande valeur étaient effectuées,
comment et où les enregistrements de ces transactions étaient stockés à des fins de rapport
et comment effacer au mieux ces enregistrements.
Ce fut un véritable travail de longue haleine de la part des hackers
qui a duré au moins un an et peut-être plus encore.
Le jour où les paiements ont été émis,
le logiciel malveillant a effectué plusieurs actions.
Les pirates ont pris le contrôle du réseau de la banque
et utilisé des identifiants et des mots de passe volés
pour accéder au terminal SWIFT et créer les demandes de paiement
auprès de la réserve fédérale américaine.
Ensuite, ils ont supprimé tous les enregistrements d'audi
de ces transactions de la base de données
que les employés auraient pu voir lorsqu'ils revenaient travailler le samedi et le dimanche.
Ils ont vraiment utilisé ce moment tampon pendant le long week-end.
Le coup de grâce a été la corruption du logiciel de l'imprimante de bureau
par le logiciel malveillant, parce qu'il a fallu faire ça.
L'imprimante, qui est une modeste HP LaserJet,
comme on l'a probablement à la maison,
imprimait un rapport physique pour chaque paiement SWIFT
entrant ou sortant de la succursale.
Ces notifications provenant de la réserve fédérale de New York
confirment les demandes de paiement
de sorte que même si les enregistrements étaient effacés localement,
les notifications de New York alerteraient les employés.
Donc, du jeudi au samedi,
lorsque ces 35 demandes de paiement ont été émises,
l'imprimante n'a imprimé que des feuilles de papier blanches, vierges donc.
L'équipe réduite de la banque a vu cela
et a supposé qu'il y avait un petit problème technique avec l'imprimante
qui serait résolue lorsque la semaine de travail recommencerait.
Le samedi, lorsque l'imprimante a été réparée,
la pauvre machine a été le messager de l'horreur pour la Banque du Bangladesh.
L'une des principales raisons pour lesquelles ce vol
s'est déroulé relativement sans heures
est l'exploitation ingénieuse des différents fuseaux horaires
et des calendriers de congés dans les trois pays impliqués.
Donc, lorsqu'une banque fermait pour la journée,
une autre venait tout juste d'ouvrir
et le flux de ces paiements frauduleux
était facilité par un manque sévère de communication entre les institutions.
On vous a dit que le Bangladesh était en long week-end lors de ces dates,
mais en plus, le lundi suivant,
les Philippines, eux, étaient en congé en raison du nouvel an chinois.
Donc, c'est fou.
Il y avait donc plusieurs conditions favorables dans le timing
pour réaliser un tel vol.
Donc, tout ça permet de faire, comment dire,
de gagner du temps énormément pour se sauver,
pour transférer les fonds.
Un peu comme un vol physique,
on fait en sorte, si on fait ça, justement,
c'est un peu légendaire,
on va faire un vol le soir du 4 juillet aux États-Unis
parce que c'est la fête nationale
et nous n'entendrons pas percer le coffre pendant les feux d'artifice
ou encore on va le faire pendant un long week-end
parce qu'il y a moins de gens,
on a plus de temps pour creuser un tunnel,
mais c'est un peu la même chose ici.
Donc, je vous résume un peu la chronologie des événements
parce que c'est très court.
Donc, jeudi soir, après la fermeture,
des instructions de paiement piratés ont été envoyées
depuis le terminal Swift de la Banque du Bangladesh à Dhaka
vers la Banque fédérale de New York
où il était 9h30 du matin, le vendredi heure locale.
Donc, ça fermait d'un côté, ça ouvrait de l'autre.
Le vendredi soir à Dhaka,
certains des paiements avaient déjà atteint
les comptes des destinataires à Manille,
donc aux Philippines.
Le samedi matin,
les employés de la Banque du Bangladesh
ont essayé de contacter la Banque fédérale de New York,
mais c'était le week-end
et personne à New York n'était disponible pour les aider.
Et donc, ça nous amène au lundi,
parce que le dimanche, il s'est rien passé.
La Banque du Bangladesh a tenté de contacter
la RCBC Bank aux Philippines,
là où l'argent a été allé en majorité,
mais c'était le nouvel an chinois,
donc un jour férié à Manille.
Donc, apparemment, personne n'était disponible
pour gérer cette catastrophe.
Et le lundi soir, 81 millions de dollars US
étaient sortis rapidement de la Banque,
dans le fond, aux Philippines,
sans contrôle ni vérification.
Donc, ces 80 millions de dollars-là
sont vraiment sortis des comptes.
Donc, c'est disparu entre les mains des hackers.
Ce n'est pas dans un process de communication
quelque part entre deux institutions.
C'est vraiment sorti.
Mais maintenant, le défi,
c'est de blanchir cette immense somme-là.
Donc, comment se sont-ils pris?
Et encore, où est allé l'argent
qui n'a pas été intercepté?
C'est là qu'on entre dans un film
hollywoodien et mille,
comme si déjà cette histoire
n'avait pas l'allure d'un film.
C'est assez incroyable.
Les Philippines ont certaines des lois
sur la confidentialité bancaire
les plus strictes au monde.
Il est illégal d'enquêter,
de rapporter ou de divulguer publiquement
les détails d'un compte bancaire.
Cette loi est appelée RA-1405.
Et malheureusement,
elle offre une protection
pour le blanchiment d'argent dans le pays.
C'est un peu, on dirait que c'est pour ça
que ça a été inventé.
Il existe une commission anti-blanchiment
d'argent aux Philippines
et ils ont plusieurs organisations
répertoriées qui sont tenues
de signaler les mouvements d'argent
suspects ou importants.
Cependant, étrangement,
il y a un certain type d'institution
qui était exempté de cette réglementation,
comme nous le verrons un petit peu
plus loin dans l'histoire.
Alors, où est allé l'argent ?
Les 5 comptes fictifs
sont restés dormants pendant un an
à la RCBC Bank
jusqu'à ce qu'ils reçoivent
les dépôts massifs.
Le vendredi 5 février,
l'argent avait atteint l'un des comptes
et 22,7 millions de dollars américains
ont été retirés immédiatement.
Les étranges 60 millions de dollars restants
étaient toujours en route
vers les comptes
en attente de validation.
Il n'y a pas de coïncidence
ni d'erreur dans ces actions
et inaction de ce groupe criminel.
Tout est très soigneusement planifié
comme une opération chirurgicale.
La Banque du Bangladesh
avait découvert le piratage le samedi
et avait envoyé des messages
Swift pour arrêter les paiements
à la RCBC Bank le lundi
espérant récupérer l'argent
avant qu'il ne soit remis
aux comptes.
Le Nouvel An chinois était le lundi
en fait, la banque était fermée.
Personne n'a répondu
et les titulaires du compte fictif
ont rapidement transféré l'argent
à une société de courtage
en devise étrangère locale
appelée Philrem
qui a ensuite converti les dollars américains
de ces 5 comptes
en Peuzos Philippin.
Ensuite, environ 30 millions
de dollars ont été consolidés
dans le compte d'un homme chinois
qui a quitté rapidement le pays
avec cette somme.
Le reste de l'argent a été transféré
sur les comptes de deux casinos à Manille
Midas et Solar.
Ah, ça a fini toujours dans les casinos?
Toujours, c'est la meilleure place pour blanchir.
Et là vous allez capoter là!
D'ailleurs,
les casinos sont l'institution
chanceuse qui était exemptée
de la réglementation contre la corruption.
Est-ce qu'on est surpris?
Pas tant.
Certains Chinois se sont fait passer
pour de gros joueurs
et sont allés jouer en privé le lundi.
Quel hasard!
Les 50 millions de dollars américains
qu'ils avaient transférés sur les comptes
du casino ont été convertis
en jetons de casino,
qui étaient actifs ou utilisables
uniquement à l'intérieur
des salles de jeu privées appelées
des junkets, là où seuls
les gros joueurs millionnaires jouent.
Oui, c'est des salles privées
où on dit un peu
« Sacrez-nous la paix, nous,
on joue ici pour 10 millions ce soir,
regardez pas trop ce qu'on fait! »
Donc ça semble être
des salles, je sais pas s'il y en a
au casino de Montréal, probablement,
mais ça semble être justement
des salles réservées aux gros joueurs,
un peu indépendamment du reste
de la plèbe.
Oui, c'est ça!
Après avoir prétendu jouer pendant
quelques heures, les hommes ont encaissé
leur jeton d'une valeur d'environ
50 millions de dollars et ont quitté Manille.
Ils ont quitté le pays
et ont apparemment été
retracés jusqu'à Macao en Chine,
ville connue comme un paradis
du casino. De là,
les fonds auraient été transférés vers
le pays d'origine de ce groupe de pirates
informatiques.
C'est fou, parrain, les stratégies!
Il n'y a pas de magie! Qu'est-ce que tu fais
après avec 50 millions de dollars?
C'est tellement d'argent! C'est en cash
en plus!
On va prendre la place!
En jeton de casino,
ils avaient préparé leur truc.
On a l'impression que
selon moi,
on va parler un peu de ce qui s'est passé
avec les Philippines, mais selon moi,
il doit y avoir quelques complices à quelques endroits.
C'est certain!
Est-ce possible que le coup est lieu
de connivence avec les Philippines
ou du moins des groupes?
Ça a été une des premières hypothèses
des enquêteurs. À ce moment-là,
le FBI est sur le coup,
toute la planète est presque sur le coup.
D'après ce que j'ai lu dans
différents articles de presse,
le versement de retrait d'énormes
sommes d'argent de la RCBC
n'aurait pas pu se faire aussi facilement
et aurait nécessité les signatures
ou les approbations de divers responsables
de la banque. Alors,
qui est-ce qui a aidé les pirates?
Seule une personne a été inculpée
dans cette affaire jusqu'à présent.
Il s'agit de Maya Santos de Guito,
qui était la directrice de cette
succursale de la RCBC à l'époque
aux Philippines. C'est elle
qui a ouvert les 5 comptes.
Elle a été condamnée à 4 à 7 ans
de prison pour blanchiment d'argent.
Évidemment, elle est coupable
à un certain égard, mais
ni elle, le cerveau,
n'est pas non plus la bénéficiaire
de ce vol.
Elle est définitivement utilisée
comme book émissaire, alors que
de nombreux autres participants à ce vol
sont toujours inconnus à ce stade-ci.
Donc, en fait,
un an plus tôt, en mai 2015,
ce qu'on a su, c'est que Maya
de Guito a aidé 5 personnes
à ouvrir des comptes à la RCBC.
Il a été découvert aussi plus tard
qu'ils avaient soumis de faux documents
pour des identités fictives.
Ils ont déposé 500 $ américains
et ont laissé leur compte inactif
ne faisant absolument
rien jusqu'au jour où ils ont reçu
ces dépôts-là ultra-importants.
Ces événements sont donc très louches
et on comprend que les ramifications
autour du vol sont gigantesques
et s'étendent sur plusieurs pays
et plusieurs juridictions.
Ce qui nous amène à se demander si
des gouvernements mêmes pourraient être
impliqués dans ce vol-là.
C'est clair, mais je reviens une seconde
sur Maya. Est-ce qu'elle a reçu
une compensation?
Sans doute,
mais ça, on ne le sait pas.
L'histoire ne le dit pas.
Elle a sans doute rien dit,
puis elle a été condamnée.
Elle ne devait pas avoir le droit
de rien dire.
Je me pose la question,
est-ce que, par exemple,
ils ont donné plusieurs millions de dollars
en disant que ça se peut que tu fasses
la prison, couple d'années,
puis que tu ressortes après ça
et que tu n'as plus besoin de travailler?
Ou que c'était des sommes dérisoires?
On va donner mille piasses.
Elle a peut-être pensé à tout ça.
Elle ne devait pas être au courant
de ça à l'ouvert des faux comptes
de banques sans plus.
Je pense qu'elle était au courant
de toute l'orchestration d'un vol en arrière.
Ça se peut qu'elle savait juste
ce qu'il fallait qu'elle sache.
C'est là que je trouve ça triste.
Si au moins elle a plusieurs millions
de dollars qui l'attendent en sortant
de prison, je me dis qu'au moins
ce qu'elle a fait, c'est très mal.
Ça se peut qu'il y en a un pour elle
qui l'attend.
J'ai l'impression qu'il y a aussi l'option
qu'ils ont donné une couple de mille dollars
qu'elle, sur le moment,
s'est payée des petites folies.
Après ça...
C'est-à-dire que c'était banal
ou qu'elle ne se ferait jamais prendre.
Ça se peut qu'elle ne savait pas
du tout dans quoi elle s'était embarquée.
Je trouve ça triste pour elle.
J'avais beaucoup d'empathie.
On retourne à l'histoire.
Le FBI a enquêté sur ce vol
cybernétique et a conclu que les pirates
informatiques responsables de ce
crime étaient le groupe Lazarus,
qui avait également perpétré
le célèbre piratage de Sony
Picture en 2014.
Vous vous rappelez du courriel
envoyé avec un CV en attachment
avec une pièce jointe?
Le premier courriel envoyé
pour rattraper les employés?
Il se trouve que la même adresse
avait aussi envoyé un tel courriel
lors du piratage de Sony en 2014.
Je recommence.
On présume que le groupe Lazarus
est un groupe de pirates
dirigé par l'État et connu
pour commettre des crimes financiers
au profit de leur pays d'origine,
c'est-à-dire la Corée du Nord.
La plupart des attaques
étatiques que nous voyons
sont liées à l'espionnage,
aux problèmes géopolitiques, etc.
Mais ici nous avons une étonation
qui essaie simplement
de voler de l'argent liquide,
de l'argent sonnant.
Nous n'avions jamais vu ça auparavant.
Et on n'avait toujours pas vu ça
de la part
d'un autre étonation
autre la Corée du Nord.
Ces allégations ont été présentées
au consulat de Corée du Nord à Londres
et dans une lettre,
l'ambassadeur Cho Deux
nous a dit que son pays nie les allégations
faites par les États-Unis et d'autres
qu'il les a qualifiés de farces.
Il nous a également dit
que l'objectif caché des États-Unis
était de ternir l'image
des États qu'il n'aimait pas
comme la Corée du Nord
en les diffamant de toutes sortes
de calomnies et de disgraces
comme il l'a exprimé.
Pendant l'enquête sur Sony,
le FBI avait découvert
une société basée en Chine
qui semblait servir de couverture
aux pirates informatiques nord-coréens.
Parmi les indices,
on trouvait le fait que les comptes
de messagerie de la société avaient été consultés
depuis des adresses Internet
en Corée du Nord.
Le FBI a maintenant trouvé un message
envoyé par l'un des responsables
de cette société
couverte en fait,
société couverture pardon,
parlant de quelques employés,
des développeurs de logiciels pour être plus précis.
Et il y avait une description
d'une personne sortant du travail
dans cette société et d'une autre personne
prenant le relais.
Cette personne qui prenait le relais
était Park Jin Hyuk.
C'est un nom coréen assez courant
qui ne soulèverait pas de soupçons
en Corée du Nord ou en Corée du Sud.
Mais pour les enquêteurs
du FBI, ce nom a brillé
comme un arbre de Noël.
C'est parce que ce nom était au centre
d'une vaste toile de comptes
de messagerie et de médias sociaux
tous interconnectés un envers les autres.
Il avait été utilisé pour enregistrer
bon nombre de ces comptes
et apparaissait également dans de nombreux
messages envoyés et reçus
depuis ces comptes.
C'est à partir de cette toile de comptes
que les courriels de
Armstrongage
avaient été envoyés à Sony
et aussi à la Banque du Bangladesh,
des courriels qui allaient coûter
des millions de dollars à ses victimes.
Le FBI avait découvert que
Howard Jin Hyuk était un acteur
clé du groupe Lazarus,
l'unité de piratage gouvernemental
de la Corée du Nord.
Il avait mis en place et géré bon nombre
des adresses de messagerie et des comptes
de médias sociaux utilisés pour cibler
les victimes du groupe.
Et maintenant, alors que le FBI
creusait davantage dans le courriel
que son chef lui avait envoyé,
il découvrait des informations
étonnamment détaillées.
Oui, c'est toute une
révélation. C'est le même pirate
informatique qui serait
à l'origine deux ans plus tôt
du piratage de Sony.
Tu vois qu'ils prennent leur temps. C'est quand même des projets
long terme. Ils doivent avoir un gros gant
dans leur… Ça rapporte, je pense.
Oui, oui, exacte raison.
Toutes les grandes nations
ont des groupes de pirates informatiques
travaillant pour elles. Mais généralement,
c'est pour collecter des données, voler
des secrets scientifiques, technologiques,
médicaux, militaires et non
pour dévaliser littéralement des banques
à la manière de Bonnie and Clyde,
ce qui est assez inhabituel pour
le moins. Les sociétés
de sécurité ont enquêté sur les pirates
et ont trouvé des traces d'adressés nord-coréennes
et des morceaux de codes
qui étaient similaires dans
tous les logiciels malveillants
utilisés lors de plusieurs attaques
Swift dans le monde entier,
y compris à la Sonaly Bank
au Bangladesh en 2013,
en Équateur en 2016
et à la Banque du Chili en 2018.
Ce n'était pas comme si le groupe
avait cessé ses activités après
ce vol spectaculaire du Bangladesh.
Ces pirates ont exploité
des erreurs humaines
et des failles de sécurité qui sont courantes
dans de nombreux pays en développement.
Il y a eu des conséquences
à tout ça, évidemment, Seb.
Tout d'abord, la Banque
du Bangladesh a poursuivi
la RCBC Bank des
Philippines en 2018.
Ils ont prétendu que malgré
la demande d'arrêt de paiement qu'ils avaient
envoyé le lundi,
la RCBC Bank avait permis
au titulaire du compte fictif
de retirer des sommes considérables.
La RCBC Bank
nie sa responsabilité et accuse
la directrice de succursale
Maya Deguito de tout.
Donc, encore une fois,
les soupçons tombent sur elle.
Je n'ai pas trouvé d'informations, moi,
sur des enquêtes visant
les responsables de la banque qui ont
approuvé les retraits et autres.
Parce qu'avec de telles sommes
d'argent en jeu, il est inévitable
qu'il y ait eu de la corruption sans doute à chaque étape,
pas juste à la Banque des Philippines.
Donc, dans l'ensemble,
ils ont sacrifié à quelque part la directrice
de la banque au nom de la justice
et ils ont un peu clos le dossier.
Mais aucun pirate informatique
n'a été arrêté
ou poursuivi pour ce crime financier,
bien qu'une personne a été nommée
par le Department of Justice
des États-Unis,
le fameux pirate coréen
Park Jin Hyuk.
Donc, peut-être comme substitut
pour le groupe. Peut-être que cette personne-là
est un peu, comment dire,
un scapegoat.
Ah oui, OK. Je comprends ce que tu veux dire.
Il veut détourner l'attention sur lui,
peut-être. Sinon,
en fait, une des grosses conséquences,
entre autres, c'est
la confiance entière du monde financier
qui a été ébranlé ce jour-là.
Donc, est-ce qu'on peut encore faire confiance
à un réseau comme Swift,
qui régit une tonne de transactions
comme ça,
ou est-ce que les banques ont d'autres failles
comme ça qui peuvent être exploitées?
Donc, il s'agit d'une conséquence tragique
pour l'univers financier qui est basée
sur la confiance et l'émotion.
Donc, quand on sait que quelque chose comme ça
est sur le point d'arriver,
ça fait peur quand on remarque
qu'on en voit de plus en plus souvent.
Donc, toute la confiance vers le monde financier,
même vers les pays
de placer de l'argent dans d'autres réserves,
tout ça a été ébranlé.
Donc, c'est dur à dire.
Est-ce que ça a eu des conséquences
sur nos vies? Non,
mais probablement que oui.
Oui, indirectement.
Ça, c'est certain, les systèmes financiers sont tous reliés.
C'est notre point commun
là-dessus, au niveau mondial.
C'est vrai ce que tu dis,
parce qu'une institution financière
pour que les gens fassent affaire
avec une institution financière,
le premier élément, c'est la confiance.
Parce que tu places
toutes tes avoirs.
Nous, au Canada, par exemple, on est chanceux.
On a même une régulation
gouvernementale.
L'argent qu'on a est assuré
d'une certaine façon.
Même s'il se passe quelque chose,
il y a un mécanisme,
il y a un fonds de réserve
qui fait en sorte qu'on ne peut pas perdre notre argent.
Mais même au Québec, c'est ainsi,
il y a plein de problèmes avec les banques.
Quand ils ont des bannes et tout ça,
et ça prend du temps à régler.
Puis justement, même là, ce n'est pas des cas graves
comme ça, mais l'information est garde à l'interne.
Elle sort au compte goutte.
Et ça mine la confiance que les gens
ont envers leur institution.
Même il y a une des banques sans la nommer
cette semaine, justement, il y a eu plusieurs
comptes bancaires d'entreprises
qui ont été acquis par du phishing,
par cette même mécanique-là
de vol d'identifiants.
Et par la suite,
ils ont fait des transactions dans leur propre compte.
Puis même là, les banques hésitent à rembourser.
Il faut qu'ils fassent une enquête. C'est compliqué.
Puis ça, j'ai l'impression
qu'actuellement, les banques,
en fait toutes les institutions,
mais les banques en particulier, au niveau de la cyber-sécurité,
ils l'ont toujours été,
mais j'ai l'impression qu'il doit y avoir
depuis quelques années une couche encore.
Le département de cyber-sécurité des banques,
en fait, il a dû augmenter
énormément pour éviter
toutes ces choses-là. Puis c'est une course constante
parce qu'à chaque jour,
il doit toujours y avoir des pirates
qui s'essaient constamment sur
tous les systèmes bancaires
et tout ça.
Bon, on dirait que j'ai pas perdu confiance envers
le système SWIFT, là, dans le sens que
c'est quand même assez rare qu'il est attaqué,
il est attaqué de l'interne.
Mais c'est là qu'encore une fois,
le social engineering, ou ce que tu...
c'est l'humain qui devient la faille.
En fait, parce qu'encore une fois, c'était pas nécessairement
un trou de sécurité. L'humain est devenu le trou de sécurité.
Ils ont utilisé les identifiants
d'employés. Ils ont fait ça,
ils ont été tranquilles. Il y a presque un an
à juste espionner, mais souvent, je sais que c'est le cas
dans des gros cas comme ça, ils observent,
puis ils veulent pas être détectés, justement,
mais quand même, encore une fois,
la faille est humaine. Donc d'où l'importance
aux travailleurs de l'entreprise, peu importe sa taille.
Faites attention. Même les CV,
ça me fait réfléchir.
Moi, où est-ce qu'on travaille, on en reçoit des CV?
Oui, c'est clair.
Puis je pensais à ça, justement, cette semaine,
à cause du cas.
D'importe quelle entreprise,
naïve, pas que l'entreprise est naïve,
mais naïvement, quand on reçoit un CV,
oui, souvent on a des antiviruses,
des choses comme ça, mais ils sont pas toujours à jour,
peu importe. On ouvre les CV
sans se poser de questions.
Souvent, les gens disent, attends que tu cliques pas sur le lien,
tu peux pas être infecté, mais c'est plus vrai maintenant.
Non, non, exact.
Maintenant, t'as plus besoin de rien faire pour être infecté,
puis on en reçoit tellement des cold mails
sur nos emails de job,
le moindre manque que t'es en marketing
ou autre, que tu peux tellement te faire avoir
comme ça. Oui, oui, oui.
J'ai beaucoup pensé à ça, puis
même, je réfléchissais, est-ce que
si ça m'arrivait, est-ce que mon
ordinateur est assez secure pour au moins
bloquer ça, pour pas voler mes identifiants.
Je travaille pas dans une banque, là,
mais quand même, pour
tous les gens, pour tous les systèmes,
il y a des accès de sécuriser,
puis c'est pas pour rien, il y a de l'information
confidentielle. Donc, non,
c'est, comment dire,
ça m'a
pas ébranlé au niveau bancaire,
encore une fois vu que c'est l'humain,
mais ça m'a fait réaliser comment
que tout tient à un fil.
Ah oui, c'est clair.
C'est pas long que tout ça peut
pas s'effondrer,
mais du moins, il y a des gens
qui peuvent vraiment empocher beaucoup
d'argent rapidement sans se faire prendre.
Ça se peut que notre protagoniste
qui se fasse
jamais, jamais, jamais prendre,
comme plusieurs, Park Jin Hyuk.
Oui,
plus notre antagoniste dans ce cas-ci.
Oui, tu as raison, effectivement, merci
de me corriger. Mais tout ça,
puis toi, qu'est-ce que t'as pensé du
cas? Ça a-tu ébranlé ta
confiance d'une certaine façon?
Un peu, on dirait que
ça fait partie un peu de, je pense,
de l'insécurité dans laquelle on vit,
tu sais, de guerres froides, perpétuelles
à quelque part, puis de savoir
qu'un pays comme la Corée du Nord
qui finance en toute légalité un groupe
de hackers, c'est loin d'être rassurant
en fait. Ah, ça t'as raison.
Puis on se rend compte que, donc moi,
c'est sûr que ça a un peu ébranlé
quand même ma confiance
en les banques.
Je me dis qu'au Canada, on est un petit peu
moins visé généralement par les attaques de toute
sorte, mais
c'est clair que c'est loin d'être rassurant.
En fait, là-dessus, ben,
peut-être pour conclure, Park,
Jin, Yok, ben, en fait, ils figurent
actuellement dans la liste des criminels les plus
recherchés par le FBI
et le groupe Lazarus est toujours
toujours sans être
recherché, sont toujours blammés
pour plein de trucs. Puis tiens, je vous fais
rapidement leur histoire, en fait,
jusqu'à maintenant, où je vous parle de quelques
en fait, on pourrait faire un épisode de
distortion entier sur eux, peut-être qu'on le fera
un jour, pardon,
mais je vais vous
lister quelques-uns
de leurs coups notoires. Tout d'abord,
leur premier incident majeur
remonte à 2009.
En fait, c'est une attaque DDoS
qui avait été faite à l'époque
contre des
sites web sud-coréens
et américains.
Donc ça semble pas avoir eu une
tonne de dommages à cette époque-là,
mais bon, ils étaient dans leur début,
donc j'imagine que c'est un petit peu
moins pire. Après, en 2013,
ils en ont peut-être fait d'autres
entre temps, sans doute
qu'ils en ont fait plein, mais ceux qu'on
connu du moins, ils ont fait
ce qu'ils ont appelé 10 days of rain.
En fait, 10 jours de pluie,
c'est plein de sites
de médias, de sites financiers
qui ont été attaqués par
eux en Corée du Sud. Donc vous allez
voir, ils aiment vraiment pas les sud-coréens.
Donc, des attaques
contre les fournisseurs de cellulaires,
les fournisseurs de services internet,
donc ça a été un 10 jours d'attaque
continuelle.
En 2014, c'est la fuite de
Sony, en fait, avec de l'information
qui a fuité auprès de 4000
employés, une tonne de
trucs, des e-mails de
Deant Word, entre autres. On se
rappelle, ceux qui ont écouté notre épisode
sur le groupe de Deant Word,
des e-mails de Ninja ont
liqué
des e-mails très perturbants
et ont fuité lors de
ce piratage.
Il y a eu aussi,
évidemment, en 2016, le Bangladesh
Bank Heist dont on vous a parlé
aujourd'hui. Il y a eu aussi une
grosse attaque, en fait,
de Ransomware qui ont appelé,
en fait, WannaCry. Tu veux pleurer?
Donc, c'est eux qui sont à l'origine de ça.
Donc, c'est une tonne,
c'est plus de 200 000
ordinateurs dans 150
pays qui ont été affectés
par un Ransomware,
donc un logiciel qui
fait des demandes de Ransom.
Donc, encore une fois,
sont passés par,
entre autres, une imprimante
pour rentrer dans le système.
C'est assez troublant.
Ça a été un gros cas. En 2017,
il y a eu des attaques, en fait,
sur le système Bitcoin puis Monero,
encore une fois, en Corée du Sud.
Donc, grosses attaques qui ont fait
au niveau de la crypto.
Cette année-là, il y a eu d'autres attaques
en 2019, en fait,
contre les États-Unis.
Il y a eu aussi un vol
de 49 millions de dollars
qui ont fait au Kuwait, donc,
dans cette année-là. Donc, beaucoup
de dommages.
2020, pendant la pandémie,
en fait, se sont attaqués à AstraZeneca.
Donc, les fabricants du vaccin
y ont volé plein
d'informations venant
des citoyens, des gens qui ont utilisé
le vaccin. Donc, c'est vraiment
troublant. En 2021,
il y a eu des grosses attaques contre
ceux qui font des recherches
en cybersécurité, notamment
Google, Microsoft.
Il y a eu, en fait,
plusieurs. Ils ont tenté
justement, comment dire,
de disrupter
en bon français. Ils ont tenté de déranger
les études autour de la
cybersécurité. En 2022,
ils ont attaqué un jeu
en ligne, en fait, Axie Infinity.
Donc, quand même un peu
rigolo comparé à tout le reste.
En 2022, ils ont fait
aussi un attaque, puis un vol
de 100 millions de dollars
de devises
virtuelles qui venaient
de Harmonies Horizon Bridge.
Donc, un autre
vol qu'ils ont fait en ligne.
Puis, je me suis rendu compte aussi que
tout récemment, donc en septembre
2023, les FBI
les ont tenus responsables
du vol qu'il y a eu
chez Steak.com, le site
de jeux en ligne.
Donc, ils se sont attaqués carrément
à cette
plateforme-là de casino
en ligne. Donc,
en fait, c'est 41 millions de dollars
qui ont été volés le
4 septembre 2023. Donc,
ils sont encore très actifs.
Ils volent à chaque fois
des 40 millions, des 50 millions, des 100 millions.
Donc, ils remplissent vraiment
les coffres de...
Je sais pas après où aboutit
cet argent-là. Je sais que le gouvernement
se finance beaucoup. Oui, le Chinois
qui joue au casino, je suis pas sûr que ça va dans son compte après.
Non, non, c'est quasiment des
employés. J'avais lu pendant la
pandémie, ils en profitaient beaucoup.
Ils faisaient plein de petits coups. Ils volaient des
portefeuilles, justement des rançons,
les ransomware. T'sais, WannaCry,
ils le déploient, mais ils se ramassent. Tu peux
te ramasser des 10 000, les 15 000 à plein de monde,
mais quand ils accumulent,
c'est...
T'sais, c'est triste pareil qu'un
gouvernement pour financer son peuple,
pour nourrir son peuple, sont tellement fermés
sur le monde que
je pense qu'ils survivraient, ils
survivraient même pas sans
cette forme de financement-là.
En fait,
j'ai ce feeling-là.
Et étant donné que c'est virtuel,
ils peuvent se permettre de...
Ça coûte pas cher à monter une armée
de hackers. T'sais, oui, il faut que t'aies
la compétence, mais ça coûte beaucoup moins
cher que de mettre
sur pied des tanks ou...
Même d'engager des contre-hackers,
des spécialistes en cyber-sécurité.
Ça coûte cher.
Donc non, c'est ça. Ils ont vraiment étatisé
le métier.
Ça, on dirait que ça me trouble
plus que tout. Je le savais, mais on dirait
que ça m'a remis ça
à l'esprit en fait
que des gouvernements utilisaient des gens.
Dans le fond, ils volent à d'autres pays.
C'est un peu comme à l'époque des pirates,
quand ils volaient les coffres forts.
Pas les coffres forts, mais les
coffres.
Oui, c'est vrai, ça fait pirate viking aussi.
Un peu, mais oui, ils volaient aux...
mais Robin des Bois, je l'appliquerai
pas là-dessus parce que je me demande
au final, il y a toujours...
il y a quelqu'un qui paye, l'argent,
ça ne se multiplie pas. Je comprends
qu'il y a des assurances et tout ça,
mais même là, l'argent est transféré de poche.
Elle est perdue, là.
Donc non, c'est...
c'est assez
fascinant.
Et vous, les Dix-Tardus, qu'est-ce que vous en pensez
de cette histoire-là? Est-ce que vous connaissez
aussi d'autres histoires de hacking
du genre? Est-ce que vous êtes déjà vous-même tombé
dans le piège ou l'entreprise pour laquelle
vous travaillez? On veut tout savoir
et on vous remercie énormément
de nous suivre jusqu'ici.
Si vous voulez nous dire ce que vous pensez
de l'épisode, dites-nous là un peu partout
notre groupe privé de discussion sur Facebook
et là, on est sur YouTube,
sur Twitter, Instagram,
on est sur TikTok aussi, donc vous pouvez
nous rejoindre vraiment un peu partout.
On remercie André Beaupré, notre cher
monteur. On remercie
aussi André,
Pardon, RB, qui compose une
partie de la musique, moi-même
qui compose l'autre moitié.
Donc encore une fois, on se sépare la saison
cette année-ci.
Et puis, on vous rappelle qu'en After Show,
pour nos abonnés Patreon, on va parler
de l'incroyable vol de l'Ingo d'or
de l'aéroport de Toronto qui est
survenu cette année, donc en 2023.
Donc on surveille ça,
on se revoit très bientôt
et on n'a pas le choix, Seb, de
remercier nos chers membres Patreon
qui sont justement un peu
les actionnaires de Distorsion.
Et je commence
avec un gros high five à
Justine D, Jessica P,
Caroline C,
Sébastien P,
Marie-Julie F.
Aussi, je fais la bise à
Éric B, à Moustache,
à Vanessa V, à
Sophie R et à Anthony G.
Je fais une grosse
colle à Léa, à
Nathan T, à Joanie C,
à Thomas O et à
Médijad B.
Aussi, je veux donner un gros
câlin à Morane P, à
Agathe, à Laurie B,
à Sioui et à Roxanne
C. Je salue
chaleureusement Marie-Hélène D,
Karine D, Sophie
R, Beam
B et Marie-Josée
B. Aussi,
je donne une bonne poignée de main à
Evelyne L, à Éric T,
Aurélie B, Crevette
H, Mégane
D P. Et je
poursuis un gros bisou à
Ariane B, Nathalie P,
Melodie G, Stéphane
S et Montpet 2000.
Shout out!
Un gros merci Michel T,
Joseph B, Michel C,
Jeanne A et Yogo.
Je poursuis Ariane C,
Olivier L, la mystérieuse
Vanessa, Lydia G
et Benjamin T.
Et pour terminer, on ne pourrait pas faire
ce show sans l'aide
d'Emily T, de Lou B,
de John G, de Vince
L et d'Océane
M.
Et pour terminer Seb, aurais-tu
un mot de la fin pour nous ce soir?
Oh oui!
Si votre imprimante semble buggée,
lancez-la par la fenêtre.
Il n'y a pas d'autre solution.
Écouter Distorsion
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