Depuis toujours, la Silicon Valley est réputée pour être un endroit où se réalisent les rêves technologiques les plus fous! En fondant Theranos, Elizabeth Holmes croyait pouvoir révolutionner l’industrie des tests en laboratoire et participer à créer un monde meilleur. La jeune prodige a réussi en quelques années, à lever près d’un milliard de dollars grâce à l’appui d’investisseurs reconnus. Alors que la mise en marché approche, la technologie ne semble pas au rendez-vous, et des employés brisent le silence afin de dévoiler une culture d’entreprise basée sur le mensonge et l’intimidation. Que se cache-t’il derrière les portes de Theranos? Et comment une entreprise si prometteuse s’est-elle retrouvée au centre d’une des plus grandes fraudes de la Silicon Valley?

Épisode
#91 - Elizabeth Holmes et la fraude de Theranos
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l'ère numérique.
Depuis toujours, la Silicon Valley est réputée pour être un endroit où se réalisent les rêves
technologiques les plus fous. En fondant Terra Nose, Elizabeth Holmes croyait pouvoir
révolutionner l'industrie des tests en laboratoire et participer à créer un monde
meilleur. La jeune prodige a réussi en quelques années à lever près d'un milliard de dollars
grâce à l'appui d'investisseurs reconnus. Alors que la mise en marché approche, la
technologie ne semble pas au rendez-vous et les employés brisent le silence afin de
dévoiler une culture d'entreprise basée sur le mensonge et l'intimidation.
Que se cache-t-il derrière les portes de Terra Nose? Et comment une entreprise si
prometteuse s'est-elle retrouvée au centre d'une des plus grandes fraudes de la Silicon
Valley?
Sébastien Lévesque, comment ça va aujourd'hui?
Ça va bien et toi Émile Gauthier?
Ça va très bien aussi. Écoute, dis-nous donc qu'est-ce qu'on boit pour l'épisode
d'aujourd'hui?
Oh oui, ce soir on boit la Gros Duvet, une collabo entre l'espace public et
l'Octem en fait, c'est Hochelaga qui rencontre Saint-Roch à Québec. C'est une
hydra IPA qui est vraiment bien juteuse, 6 % d'alcool, case de I.B.U., donc elle
n'est vraiment pas trop houblonnée, délicieuse bière qui nous a été offert
lors de la tournée de bière par Pierre-Yves Desjardins. Un grand, grand merci à toi
Pierre-Yves.
Pour ceux qui souhaitent nous donner des tournées de bière et ainsi remplir
notre frigo, vous pouvez le faire au DistorsionPodcast.com, il y a un bouton
qui est dédié à ça et vous pouvez même nous suggérer une bière que nous on va par
la suite se procurer et déguster en enregistrant le show.
On a aussi un shout-out, 5 étoiles sur Apple Podcasts qui nous vient de Émilie
Como qui nous dit « enfin un nouvel épisode demain ». Elle nous dit aussi « vous
êtes la version masculine et francophone d'un de mes podcasts préférés,
My Favorite Murder, mais en version plus factuelle, nous aussi on est des murderinos ».
Continuez votre excellent travail, j'adore vous écouter même si je préfère le champagne
à la bière.
On aime tout le monde.
Une tournée de champagne, qui sait, peut-être un jour.
Oui, on n'est pas contre.
On vous rappelle qu'on va avoir un after-show bien garni pour cet épisode-ci.
Aujourd'hui, on traite de l'histoire de Terra Nose, d'une fraude à Silicon
Valley, sans doute la plus grosse histoire de fraude.
Et puis, dans l'after-show, on va revenir sur d'autres échecs du monde
des technologies, de start-up, on va parler de WeWork, entre autres, qui est un gros
dossier dans les dernières années, de Headspin, et aussi on va un peu démêler le concept
de l'ICOM dans le monde des start-up.
Et aujourd'hui, il y a un peu de bruit, ça bouge beaucoup, il y a les filles
de apéro à zéro dans notre local qui sont en train d'emballer des boîtes,
tout ça, ça lâche pas leur affaire, ça roule tellement, donc ça se peut qu'il
y ait un petit peu de bruit ambiant que vous entendiez, il y a deux chiens
aussi qui sont dans la place, donc ils vont peut-être nous rendre visite pendant
un enregistrement, donc soyez indulgents au niveau de la qualité sonore,
sait-on jamais. On vous fait aussi un petit rappel comme quoi nos deux livres
sont disponibles en version audio, que ce soit notre tome 1 ou notre tome 2,
c'est disponible partout, entre autres sur Audible, et c'est moi et Seb qui
narrons le livre, donc c'est des heures et des heures supplémentaires
de distorsion si ça vous intéresse, notre dernier tome, je crois que c'est
6 heures 29 minutes, donc ça fait des longs podcasts, et aussi on vous
rappel qu'on a sorti une nouvelle ligne de marchandises sur notre site grâce à
la collaboration d'une distordu qui est nommée Lyon en fait, qui est une
illustratrice de grand talent, et on a fait vraiment une belle série de
marchandises, on va en créer d'autres aussi, mais on a un crop hoody, on a
un nouveau hoody unisex, on a des t-shirts unisex aussi, la tasse à
café est vraiment belle aussi, puis on a des packs de stickers aussi de
différentes dimensions, donc rendez-vous au boutique.distorsionpodcast.com,
et bien sûr nos membres Patreon ont un petit rabais sur la boutique.
Là-dessus Seb, je crois qu'on en a assez dit, est-ce qu'on est prêt à se
lancer dans l'histoire de la plus grande fraude de Silicon Valley?
Oui, mais juste avant, on doit donner un gros shout-out à notre partenaire
NordVPN qui présente encore une fois l'épisode d'aujourd'hui et qui
célèbre ses 10 ans cette année. NordVPN est la référence en
internet et en plus, ils encouragent plusieurs podcasteurs et créateurs de
partout dans le monde. En fait, c'est un peu grâce à eux que vous pouvez
écouter vos podcasts préférés. C'est bien trop vrai Seb, à l'époque des vols
de données, c'est bien important d'avoir un bon service de VPN stable et
efficace pour protéger les vôtres. Comme ça, vous pouvez surfer sur
internet en toute sécurité. Ça fait longtemps qu'on n'a pas dit ça surfer
sur internet. Si par exemple vous êtes étudiant et que vous travaillez
dans des endroits publics ou encore travailleur autonome ou encore si vous
animer un podcast sur des crimes numériques qui vous demandent d'aller
parfois sur des sites non recommandables, on vous suggère
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le web en toute sécurité. Là-dessus Seb, sommes-nous prêts à
attaquer l'épisode d'aujourd'hui? Oui monsieur! C'est parti!
Donc aujourd'hui Seb, on discute d'un des plus importants cas de
fraude de la Silicon Valley, c'est le cas de Terranos et d'Elizabeth
Holmes dont le process s'est déroulé entre autres au courant de la dernière
année. Il y a eu des développements dans les semaines précédentes de cet
enregistrement-ci puis il va en avoir d'autres au courant de 2022 donc c'est
une histoire qui a vraiment ébranlé le monde des startups. Vous allez voir, on
va vous parler un petit peu aussi de la culture de Silicon Valley, même
de son histoire, parce que c'est pas comme Wall Street ou comme les
autres carrefours commerciaux d'affaires qu'on est habitué de voir.
Entre autres les entreprises de Silicon Valley ont leur propre
manière de faire les choses puis les entreprises présentes, tout comme les
investisseurs, sont ouvertes souvent à prendre beaucoup plus de risques avec
le développement des nouvelles technologies que c'est le cas par
exemple à Wall Street à New York où c'est plus traditionnel. Et puis donc c'est un cas
qui est un petit peu différent des dernières histoires de la saison dont
on a traité l'histoire quand même assez, comment dire, sordide au
cours des dernières semaines. Ce cas-ci est un petit peu moins
sordide mais il est pas moins troublant, je dirais. Oui, exactement. Oui, oui, oui, sur la
distorsion cognitive de notre cerveau. On aura la chance d'en parler
amplement, mais avant de partir à fond dans l'histoire d'Elizabeth Homes et
de Terranos, ça pourrait être intéressant de faire, Seb, peut-être une
mini histoire de Silicon Valley pour les gens qui sont peut-être moins
familiers avec la culture. Absolument, mon cher Emile. La Silicon Valley, c'est
la région du nord de la Californie qui représente le centre mondial de haute
technologies d'innovation. C'est situé dans la partie sud de la baie de San
Francisco. Elle correspond approximativement à la
vallée de Santa Clara. San Jose est la plus grande ville de Silicon Valley,
la troisième de Californie et la dixième des États-Unis.
Les autres grandes villes de Silicon Valley sont Sunnyvale, Santa Clara,
Redwood City, Mountain View, Palo Alto, allô Facebook, Menlo Park et
Copertino, allô Apple. Donc, la région métropolitaine de San Jose a le troisième
PIB par habitant le plus élevé au monde. Le PIB, là, c'est une
forme de représentation de l'activité économique d'un pays. Donc, c'est
juste pour vous dire comment ça peut brasser au niveau économique.
Là-dedans, c'est après Zurich en Suisse et Oslo en Norvège. Donc, il y a
Elle a le pourcentage le plus élevé de maisons évaluées à un million de dollars
ou plus aux États-Unis. Donc, vous voyez ici à Montréal justement une
forme de crise. Les maisons commencent à coûter de plus en plus chères,
une surenchère, mais ça n'a rien à voir avec ces endroits-là.
C'est très difficile pour le commun des mortels d'avoir accès à la
propriété, non seulement dans la région de San Francisco, de la Bay Area,
mais aussi de la Silicon Valley. T'es quand même assez éloigné de
San Francisco, même si t'es pas très loin, mais le prix de l'immobilier est hallucinant.
Ah oui, c'est fou. Même souvent, les employés, c'est un problème parce que
les employés qui travaillent dans ces entreprises-là ne sont pas nécessairement
millionnaires et ils doivent prendre avant la pandémie, où ce que le télétravail
était moins commun. Souvent, ils habitaient dans des villes connexes et c'était beaucoup
de commutes pour aller travailler là justement parce que les employés
ne pouvaient même pas habiter près de leur travail parce que c'est trop cher.
Faut accepter de mettre presque les deux tiers de ton revenu dans ton logement,
tu sais, puis d'à côté d'avoir très peu d'économie en banque.
Oui, oui, oui, c'est un sacrifice.
La Silicon Valley abrite un grand nombre des plus grandes entreprises de haute
technologique du monde. Ça commence.
La Silicon Valley abrite un grand nombre des plus grandes entreprises de haute
technologie du monde, notamment le siège de plus de 30 entreprises du classement,
Fortune 1000, ainsi que des milliers de start-up.
La Silicon Valley représente également un tiers de l'ensemble des investissements
à capital de risque aux États-Unis, ce qui l'a aidé à devenir une plaque tournante et
un écosystème de start-up de premier plan pour l'innovation dans le domaine de la haute
technologie. On l'appelle Silicon Valley en raison de ses origines au début des années
1900, alors qu'on y a développé les premiers prototypes de transistors et de
micro-conducteurs qui utilisent du silicone. Au début, ses utilisations étaient surtout à
fin militaire, mais par la suite, ces mêmes transistors vont servir aux technologies de
communication et, éventuellement, dans la fabrication d'ordinateurs.
En 1956, William Shockley, le co-inventeur du premier transistor fonctionnel, a quitté
le New Jersey pour s'installer à Mountain View en Californie afin de créer le Shockley
Semiconductor Laboratory et de se rapprocher de sa mère qui était malade à Palo Alto.
Les travaux de Shockley ont servi de base à de nombreux développements électroniques
pendant des décennies. Frédéric Thurman et William Shockley sont tous,
d'eux souvent appelés, le Père de la Silicon Valley. Deux anciens employés de Shockley,
Robert Noyce et Gordon Moore, qui est l'auteur de la loi de Moore sur la
capacité des microprocesseurs à évoluer au fil du temps.
Eux, éventuellement, ils vont quitter et fonder Intel, Intel qu'on connaît bien,
qui ont développé les microprocesseurs. À peu près tout le monde a déjà eu un ordinateur,
il y aura un ordinateur qui a un processeur Intel.
Au fil du temps, alimentés par les talents issus de l'Université de Stanford,
d'autres entreprises vont être fondées au cours des années 60 et 70, dont Elwood Packard,
Microsoft et Apple. L'Internet aussi va être fondé dans cette région. La Silicon Valley va
ainsi devenir le plus gros berceau de recherche et développement au monde. Situé en pleine nature
et non au centre des grandes villes, les entreprises vont offrir un style de
travail bien différent des autres industries. La NASA, ainsi que plusieurs agences
gouvernementales, vont aussi utiliser les technologies développées dans ce pôle.
La Silicon Valley va devenir aussi le berceau du venture capitalisme,
le capital de risque, où les investisseurs vont miser sur les idées les plus innovantes
dans le but d'obtenir de la rentabilité à long terme. Ce type d'investissement a longtemps
été présent uniquement dans cette région, où il ne suffisait parfois que de bonnes idées
révolutionnaires et d'un diplôme de Stanford pour amasser des millions en fond.
Parce que l'Université Stanford a vraiment une réputation dorée dans la Silicon Valley.
On semble croire qu'il suffit d'un diplôme et d'une idée un peu folle pour amasser des
milliards de dollars. Souvent, en plus, ces entreprises-là vont fermer quelques années
plus tard. C'est ça qui est fascinant. Entre autres, la création de Sequoia Capital,
qui est une des plus populaires firmes d'investissement en capital de risque au
monde, elle a fait des modestes débuts dans les années 70, mais maintenant elle représente
des firmes qui capitalisent au-dessus de 3 trillions de dollars. Elles sont en arrière de Facebook,
de plein de gros joueurs, même de PayPal, etc. C'est énorme l'argent qui est dans ce fond-là.
On dirait que toutes les startups aimeraient être aussi financées par ces gens-là parce
que c'est aussi les contacts par la suite. Ce n'est pas juste des investissements que
tu vas chercher. Oui, ces gens-là étaient vus un peu comme des « weirdo » dans les
années 70 qui prenaient des gros gros risques, tandis que maintenant, c'est une entreprise dont
le commun des mortels n'entend pas parler souvent, mais qui est, comme tu le dis,
derrière les plus grandes entreprises technologiques actuelles. Oui, oui,
absolument. Si t'es pas dans les investissements, c'est sûr que tu ne les connais pas.
Bref, l'histoire d'aujourd'hui fait justement écho à cette culture d'investissement
où parfois les émotions prennent le dessus sur le rationnel. Tout à fait. Vous allez voir,
le cas de Terra Nose va remettre beaucoup en question cette forme de venture capitalism,
de capital de risque, et justement, va remettre un peu en perspective toute
la spéculation qui a eu lieu et qui a encore lieu à Silicon Valley. Je pense qu'il y a moyen,
entre autres, d'avoir un meilleur contrôle sur tout ce qui se fait et de rendre la
chose un peu moins émotive. Vous allez voir, l'histoire d'aujourd'hui est un exemple parfait
à quel point une histoire peut monter en boule de neige. Une entreprise se finançait à coups
de milliards. Vous allez voir, c'est assez hallucinant. On va revenir au début de la chose,
je dirais peut-être au début du scandale. Tout commence lorsqu'en octobre 2015,
le journaliste John Carey Roo, du Wall Street Journal, reçoit un étrange appel d'un
employé de Terra Nose. Terra Nose, c'est une entreprise de Silicon Valley spécialisée
en tests sanguins. Selon ce qu'on lui a dit, les tests sanguins effectués par Terra Nose ne sont
pas effectués avec la technologie que la compagnie a développé à grand coût de
levée de fond auprès de partenaires et d'entreprises de capital de risque.
Différents membres de l'équipe de Terra Nose, incluant un expert en tests médicaux,
décident de briser le silence et d'exposer l'entreprise et ses mensonges. Selon eux,
Elisabeth Holmes ainsi que son partenaire, Ramesh Soni Balwani, ont menti aux investisseurs
en leur faisant croire que leur technologie allait révolutionner le monde des tests
médicaux en permettant d'effectuer des tests en quelques minutes pour plus de 200
conditions médicales différentes. Chose qui, à présent, prend plusieurs semaines.
Il semble, selon eux, que l'entreprise soit encore loin de ses promesses et que les
compétiteurs, entre autres le parlogien de l'industrie Siemens et non les leurres et non
les machines de Terra Nose. Le journaliste publie son article dans le Wall Street Journal,
titré en français « La start-up montante Terra Nose a connu beaucoup de difficultés avec
sa technologie de tests médicaux » et c'est un titre qui est assez léger pour l'ampleur
de ce qui se trame derrière. John Carrero était loin de se douter que son article,
qui n'a pas un ton si alarmant malgré tout, allait créer une véritable honte de choc dans
toute la Silicon Valley et que dès la publication, Elizabeth Holmes allait lancer
une offensée judiciaire contre lui et le journal New Yorkais. Tout d'abord,
discutons un peu de qui est Elizabeth Holmes et comment elle a pu devenir aussi rapidement
une sensation du monde des start-up technologiques, parce que vraiment,
là, on l'a comparé aux plus grands de ce monde. Elle était jeune, elle était douée,
je crois qu'elle l'est encore, mais bon, on arrivera éventuellement sur comment les choses
ont fini par mal tourner. Mais je vais vous en dire un peu plus sur qui est cette femme
mystérieuse. Née en 1984, fille d'un travailleur humanitaire du gouvernement américain et d'un
membre du personnel d'une commission du Congrès, Elizabeth Holmes est née et a grandi
à Washington DC ainsi qu'à Houston au Texas. Elle a aussi passé du temps en Chine pendant
ses études secondaires. Elle y a créé une entreprise de vente de logiciels informatiques
aux universités d'Asie, donc une compagnie qui vendait des logiciels à des universités
asiatiques. Après son retour aux États-Unis, elle a obtenu un diplôme en génie électrique
et chimique à l'université de Stanford en Californie, la prestigieuse université dont
on vous a parlé tout à l'heure, dont bon nombre de grands ingénieurs et de grands
Pour une pause estivale de ses études à Stanford, Elizabeth Holmes a accepté un emploi
à l'Institut du génome de Singapour pour travailler sur une puce informatique conçue
pour détecter la présence du virus du SRAS dans l'organisme. Elle s'est ensuite
intéressée au développement de dispositifs médicaux plus efficaces qui pourraient améliorer
les tests de diagnostic et l'évaluation thérapeutique traditionnelle. À son retour
à Stanford, Mme Holmes a fait breveter un dispositif qui se fixe sur le corps d'une
personne et mesure l'efficacité de médicaments donnés en comparant les paramètres et
des marqueurs chimiques produits par une région malade avec ceux de l'agent thérapeutique,
donc une forme de bracelet qui allait faire un peu des micro-tests de performance
sur ton corps. Elle l'a fait breveter, mais ça n'a jamais été mis en marché,
Très tôt, elle avait cette fibre médicale en elle et se désire de trouver des solutions aux
maladies modernes. Elle désirait à tout prix changer le monde. En 2003, âgée de 19 ans
seulement, Holmes a fondé la société Realtime Cures à Palo Alto en Californie pour démocratiser
les soins de santé, selon elle. Holmes a décrit sa part des aiguilles comme une
motivation et a commencé à chercher et à effectuer des tests sanguins en utilisant
de petites quantités de sang, des micro-doses qui entrent dans une mini-fiole. Lorsque Holmes a
présenté l'idée de récolter de grandes quantités de données à partir de quelques
gouttelettes de sang prélevées au bout d'un doigt à sa professeure de médecine à l'époque
qui était Phyllis Gardner à Stanford, une dame bien connue, cette dernière a répondu
« Je ne pense pas que votre idée va fonctionner », donc elle l'a mise en garde tout de suite,
expliquant qu'il était impossible de faire ce que Mme Holmes prétendait pouvoir faire.
Plusieurs autres professeurs, experts en médecine lui ont aussi dit la même chose,
mais elle n'a pas cédé et elle a continué à convaincre son conseiller et doyen de l'école
d'ingénieur Channing Robertson de soutenir son idée. Donc elle était très très tenace
envers cette idée-là. Puis elle était très habité par ce désir un peu d'amener une
façon de, comment dire, de démocratiser les tests en laboratoire. Je dirais que ça cause
le discours un peu émotionnel qu'elle disait à chaque fois qu'elle était sur un stage,
c'était à propos de son oncle qu'elle aimait tellement, puis son oncle à un certain moment
donné a attrapé le cancer de la peau. Lorsque tu regardes d'autres présentations,
parfois c'est le cancer du cerveau, parfois c'est le cancer de la peau. Est-ce que c'était
les deux, je ne sais pas, mais ça change d'une présentation à l'autre. C'est justement
avec cette fibre émotive-là qu'elle nous explique toujours son rêve d'anticiper les
maladies plus vite afin qu'on n'ait pas à dire adieu à nos proches. Donc elle va vraiment nous
chercher avec sa fibre émotionnelle. Oui, oui, absolument. Bien bonne. Elle fait des bons discours.
Oui, oui, oui. En 2003, Holmes a rebaptisé la société qu'elle a fondée en le nom
Theranos, qui est un peu un mot porte-manteau entre thérapie et diagnostic, donc Thera-nose.
Robertson, son ancien doyen en fait, devient le premier membre du conseil d'administration
de la société et présente Holmes à des grands investisseurs en capital risque. C'est une grosse
preuve de crédibilité que d'avoir son professeur d'ingénierie qui la supporte et lui de son côté,
mais aussi sa réputation en jeu en s'associant à cette jeune femme. Oui, parce que si ça
va pas bien, c'est un peu lui qui a cautionné ça aussi, une forme d'imputabilité. C'est ça,
qui d'autre expert existe-t-il au-dessus de lui pour cautionner une telle invention.
Holmes était aussi une admiratrice du fondateur d'Apple, Steve Jobs, et a délibérément copié
son style, s'habillant fréquemment d'un chandail coloroulé noir comme Jobs. Holmes dit que sa
mère l'habillait de coloroulé noir quand elle était jeune. Bon, on verra, c'est à vérifier.
Elle a quitté Stanford au cours de sa deuxième année d'études pour relancer Theranos dont
elle devient la PDG. Donc, elle n'a pas terminé en théorie ses études à Stanford. Non, non,
puis il y en a vraiment plusieurs autres grandes stars de la Silicon Valley qui sont des dropouts.
Oui. C'est assez reconnu, on dirait quasiment que ça fait même partie du narratif idéal de
lâcher l'école, l'université. Du self-made man. Oui, une fois que t'as entrepris ton
entreprise au début de tes études universitaires. Tu es trop bon, pas besoin de finir.
Non, exact, ça sert à rien un diplôme. Il y a des millions de personnes,
ben pas des millions de personnes, mais des gens qui investissent des millions en moi.
Oui, exact. Bref, pour vous en nommer quelques-uns quand même qui ont fait leur
chemin dans la vie en lâchant l'école, Michael Dell, fondateur des ordinateurs Dell qu'on
connaît tous, a quitté l'université du Texas à sa première année pour se consacrer à
son entreprise. Lui, justement, il avait fondé ça dans son door room, dans sa chambre
à l'université. Jack Dorsey, qui est fondateur de Twitter, a laissé ses études à l'université
de New York un semestre avant de graduer pour se consacrer à son entreprise. Ça,
je dois dire que les gens qui abandonnent juste une session avant de finir, je comprends pas.
Oui. Mais bon, lui, il y a plus de millions que jamais je vais accumuler dans ma vie,
mais on dirait que cet aspect d'accomplissement que j'aurais aimé peut-être. De toute façon,
ils vont tous avoir des doctorats honorifiques de ces universités-là sans même faire d'études.
C'est vrai, t'as raison. Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, lui aussi a abandonné
ses études à l'université de Cambridge dans sa deuxième année pour poursuivre l'aventure.
Steve Jobs, fondateur d'Apple, lui a étudié au Reed College avant d'abandonner après 18 mois
de session. Ah oui, même lui. Oui, même Steve. Et Bill Gates, fondateur de Microsoft,
a aussi quitté Harvard après deux ans pour fonder son entreprise. Il a aussi poussé Steve
Ballmer, qui a longtemps été le président de Microsoft, à abandonner ses études à Stanford.
Il y a plusieurs autres fondateurs d'entreprises comme Dropbox, Tumblr, Oracle. Eux,
ils font tous partie du club mythique des décrocheurs d'universités prestigieuses.
Tout ce monde-là, en fait, ça contribue à placer Élisabeth Holmes dans la même catégorie,
en fait, la placer dans la même catégorie de génie de la Silicon Valley, qui n'ont
pas besoin de terminer leurs études pour faire de grandes choses. C'est aussi autour
de cette mythologie qu'Élisabeth va bâtir sa personnalité. Oui, elle va vraiment s'inspirer
beaucoup de ces gens-là de Silicon Valley, particulièrement Steve Jobs, surtout. Non
seulement, comme on le disait, au niveau du look, mais même dans les présentations qu'elle
va faire, c'est toujours inspiré, on dirait, de Steve Jobs. On aura la chance d'en reparler
un petit peu plus tard. Mais moi, une image qui me vient en tête, on se rappelle la
première fois que Steve Jobs a présenté le iPod au début des années 2000. Il sort
de sa poche, et il me semble que de mémoire, il dit, il y a plus de mille chansons qui
sont dans cette petite boîte-là. Élisabeth Holmes va faire la même chose dans une présentation.
Elle va sortir de sa poche la micro-fiole de Terranos en disant qu'il y a plus de
200 tests qui peuvent être effectués avec cette micro-goutte de sang. Donc,
il y a vraiment un peu une réplique du storytelling ou de la narrative autour de son
entreprise qui aide à façonner un peu la réputation d'une entreprise. On se laisse
tous un peu convaincs par la raison d'être d'une entreprise plus que son but. Le reason
why est toujours plus fort quand il y a une émotion derrière, quand il y a une histoire
touchante derrière. C'est comme ça qu'on va s'attacher à une marque.
Absolument, surtout à cette étape-là d'un produit parce que le produit n'existe pas.
Tu dois seulement te fier sur les promesses du produit. C'est un peu comme ça à la
bourse aussi. On investit toujours en fonction des futurs revenus, mais là,
c'est à un autre niveau. Souvent, ce n'est pas du angel money ou du love money,
mais c'est un peu ça quand même parce qu'il faut que tu conviennes des investisseurs de
croire. Tu n'as pas toujours une preuve de concept viable sur un modèle d'affaires qui
va avoir une rentabilité. Ce que tu dis est tellement vrai que tu n'as pas le choix de
toute cette émotivité-là pour accrocher des gens parce que, qu'on le veuille ou non,
le monde des investissements, même si c'est de l'argent et c'est très rationnel,
il y a tellement d'émotifs. Il faut que tu choisisses. Vous allez voir,
on va parler un peu plus loin des investissements. Ces gens-là, même si c'était des grosses
sommes pour nous, pour eux, c'est quasiment du petit change. Une des différences entre Steve
Jobs et Elizabeth Holmes, c'est que quand Steve Jobs annonçait quelque chose, c'était déjà
disponible. Il se rappelle à Apple quand il annonce un truc, c'est « si vous allez sur le
site d'Apple, c'est disponible ». Là, les gens sont « waouh ». Souvent, il faisait
des grosses annonces avec quelque chose qui était déjà disponible. Elizabeth Holmes,
c'est le contraire. Il faisait des grosses annonces avec quelque chose qui est même pas
prêt de se réaliser. On va en parler un petit peu plus en détails dès maintenant.
TerraNOS a produit sa première offre en 2014, qui est un processus de tests de laboratoire qui
prétendait effectuer des centaines de tests médicaux sur un individu après avoir prélevé
seulement quelques gouttes de sang. Ça révolutionne la collecte de données médicales.
Les tests effectués par TerraNOS, qui peuvent couvrir plus de 200 analyses, allaient du
cancer au cholestérol en passant par les maladies transmises sexuellement et plusieurs
taux de faire. Selon la promesse de l'entreprise, un test coûterait une fraction du prix de ce
qu'il en coûte en laboratoire étant donné que tout est effectué sur place à l'intérieur de
la même machine qu'il développe, qui est un peu un genre de mini laboratoire portable.
Le rêve d'Elizabeth va encore plus loin. Elle souhaite mettre en vente un jour un mini lab
que chaque citoyen pourrait avoir chez lui afin de voir l'évolution des tests et de prévenir
certaines maladies graves. La promesse en soi est révolutionnaire parce qu'imagine,
tu n'as même pas besoin d'avoir une condition médicale, tu as le mini lab chez toi et à chaque
fois que tu veux savoir quelque chose, en ce moment on est en temps de COVID, je présume
que la COVID doit être couvert dans les 200, 300 tests de TerraNOS et là tu peux,
tu as juste à faire un prélèvement d'une micro goutte sur ton doigt,
tu l'insères dans la machine et tout est fait à l'interne et tu reçois tes 200 résultats.
Elle son but, sa vision futuriste de ça, c'est qu'en analysant tes données, par exemple si tu fais
une prise de sang à chaque mois, tu es capable d'avoir une courbe de ton taux de fer et de
prédire certaines maladies qui vont arriver dans le futur. La promesse en soi est assez
incroyable. Oui, c'est révolutionnaire d'être en mode prévention en fait et d'éviter des morts.
Tandis que les tests sanguins traditionnels, eux, et j'en ai fait récemment,
consistent à prélever de 5 à 10 millilitres de sang à l'aide d'une grande aiguille et parfois
plus afin de remplir un tube pour chaque test demandé par un médecin. Donc si tu as 10
tests à faire, souvent il faut que tu fasses plusieurs prélèvements. Ce processus était
souvent douloureux pour les patients et coûteux pour les compagnies d'assurance. Ça demande
aussi une certaine expertise pour faire le test, ça demande des infirmières un peu qualifiés.
Et les experts craignaient que cette précédure allait dissuader les jeunes
patients ou même les patients âgés ou ceux qui ont des véritables peurs des aiguilles,
étant donné que ça peut être intimidant pour chaque personne. Par la suite, ces tests
devaient, pour la plupart du temps, prendre la route afin qu'un véritable laboratoire médical
en effectue des tests avec du personnel qualifié. Donc non seulement tu vas à la clinique ou au
CLSC au Québec, près de chez toi, tu fais ton test, mais c'est pas fini. Par la suite,
le test doit prendre, il embarque dans un camion, il se rend dans un laboratoire et là,
c'est une autre personne avec une autre expertise, parfois plus qu'une personne qui
va faire ces tests-là. Donc ça peut être quand même assez laborieux. Un simple test sanguin doit
se promener et passer entre les mains de plusieurs personnes jusqu'à ce que les résultats
reviennent aux patients. Les données de laboratoire sont l'un des principaux utilisés
par les médecins pour aider les patients à prendre des décisions éclairées en matière
de soins. Donc le processus de Terranos, en revanche, affirme qu'avec juste le petit
échantillon, peut fournir vraiment tous les tests de diagnostic de l'entreprise. Donc là,
les procédures s'avéraient beaucoup moins douloureuses pour le patient et beaucoup moins
coûteuses pour le système en général. En plus, un des gros arguments de vente était que les
tests pouvaient être effectués sur place, donc par une machine conçue par Terranos qui,
elle, nécessitait très peu d'intervention humaine. Juste un employé de pharmacie qui est
personnel n'est nécessaire et les échantillons n'ont pas à se rendre dans un laboratoire via
un camion ou autre. Donc Terranos promettait une véritable économie de ressources humaines et
financières dans le processus d'analyse d'un échantillon sanguin. Entre 2003 et 2014 et
1000, Homes a fait croître Terranos en obtenant des financements de la part
d'investisseurs en construisant des infrastructures et en développant en secret
les processus exclusifs de l'entreprise. En décembre 2004, Homes avait réussi à lever
6 millions de dollars pour financer l'entreprise grâce à ses contacts dans la Silicon Valley.
À cette époque, elle n'a que 20 ans imaginé. Six ans plus tard, vers la fin 2010, Terranos
disposait de plus de 92 millions de dollars en capital de risque. Inutile de vous dire que
son nom était sur toutes les lèvres auprès des investisseurs à l'affût des bonnes
affaires à venir. Parce qu'il y en a des bonnes affaires, on peut faire de l'argent
En juillet 2011, Homes a été présenté à l'ancien secrétaire d'État, George Shultz. Après une
réunion de deux heures seulement, il a rejoint le conseil d'administration de Terranos. Plusieurs
autres gros noms du monde des affaires, de la politique et des technologies venaient ainsi
rejoindre son conseil d'administration. Homes a été reconnu pour avoir formé le conseil
le plus illustre de l'histoire des entreprises américaines au cours des trois
années suivantes. N'oublions pas qu'Elisabeth n'était pas seule aussi pour mener l'aventure
de Terranos. Un autre homme avec beaucoup plus d'expérience était présent depuis les
tout débuts. Nous avons mentionné son nom un peu plus tôt, Ramesh Soni Balwani. Mais qui
Je vous en parle un peu plus. Balwani est né au Pakistan dans une famille hindoue,
mais a été élevé en Inde. Sa famille a ensuite émigré aux États-Unis et en 1986,
il a commencé à étudier à l'Université du Texas à Austin. L'homme d'affaires a connu le
succès en 1998 lorsqu'il a participé à la création de CommerceBid.com, une société de
logiciel qui aidait les entreprises à acheter et à vendre des articles sur Internet,
un genre de vieux IB. Il a vendu l'entreprise un an plus tard en échange d'actions et en l'an
2000, il a fait fortune, on le sait, la bulle des dotcoms, en les encaissant pour près de
40 millions de dollars avant que l'entreprise ne fasse faillite. Ça me fait toujours
capoter les gens qui font des compagnies, ils revendent les actions, ils deviennent
riches, puis la compagnie, un an après, il n'y a plus rien. CommerceBid, honnêtement,
je ne m'en souviens même plus. Cet argent-là n'est pas apparu dans les arbres. Non,
il y a vraiment des gens qui l'ont perdu. Oui, elle appartenait à des gens. En 2002,
il a rencontré Elisabeth Homes, alors âgée de 18 ans, lors d'un séjour d'été à Pékin,
en Chine, dans le cadre du programme de mandarin de l'Université de Stanford. Elisabeth
étudiait le mandarin. Sungei Kanté, ça a toujours été une intellectuelle. Oui,
en Chine. Balwani avait 37 ans à l'époque et les deux sont devenus rapidement amis,
même si leurs relations étaient platoniques. Balwani s'est rapidement inscrit à l'Université
de Stanford pour étudier en informatique, mais a abandonné en 2008. Homes a abandonné
ses études à Stanford en 2004. Balwani a divorcé de sa femme en 2002 et a débuté
une relation amoureuse avec Homes à peu près au moment où elle a abandonné ses études
universitaires, soit 2003 ou 2004. La relation a longtemps demeuré secrète.
Le couple a emménagé dans un appartement ensemble en 2005. Bien que Balwani n'ait
pas officiellement rejoint Terranos avant 2009, date à laquelle il s'est vu attribuer le titre
de directeur de l'exploitation, il a conseillé Elisabeth dans les coulisses dès la création
de l'entreprise. Homes et Balwani ont conjointement dirigé l'entreprise avec
de secrets et de peur, selon les employés. Leur relation amoureuse a été tenue secrète
pendant une grande partie de la période où les deux dirigeaient l'entreprise. Balwani
a quitté Terranos en 2016, à la suite d'enquêtes dont on vous parlera sous peu. Selon plusieurs
employés, il s'est vissé en tirant dans l'entreprise et utilisait beaucoup la peur
dans sa manière de diriger. Par exemple, il pouvait observer les caméras de sécurité
de l'entreprise pour s'assurer que les employés étaient bien présents lors des
heures qu'il déclare dans leurs feuilles de temps. Il ne faisait ainsi pas l'unanimité
au sein de son entreprise, j'espère. Est-ce que j'ai eu ça, ce type de management-là?
Mais les fresques de Balwani ne s'arrêteront pas.
Tout ce temps, Homes a fait fonctionner Terranos en mode furtif. Je vous explique
là sans communiquer de presse ni site web d'entreprise jusqu'en septembre 2013.
Donc, tout ça, comment dire, les investissements autour de l'entreprise, la formation de
son conseil d'administration qui était très impressionnant, tout ça se passait vraiment
de bouche à oreille et au travers les soirées un peu mondaines de la Silicon Valley.
Tout a changé par contre en 2013 lorsque la société a annoncé un partenariat avec
Walgreens pour lancer des centres de collecte d'échantillon sanguin en magasin. Walgreens,
il possède plus de 8000 pharmacies aux États-Unis. Donc, c'est clair qu'ils ont des belles
opportunités de visibilité pour une entreprise. Ça peut vraiment faire une grosse différence
pour Terranos. Eux, Walgreens, ont annoncé que c'était associé à Terranos pour créer
des genres de mini-centres de bien-être à l'intérieur de ces pharmacies Walgreens. Donc,
il y avait carrément une petite section le brandé Terranos dans les pharmacies.
Ce moment fut très important pour Terranos puisqu'enfin, de véritables clients pouvaient
tester la fameuse technologie développée depuis des années par l'entreprise. Ce deal-là
le représentait 400 millions $ à l'époque et s'inscrivait dans une démarche pilote débutant
dans l'état de l'Arizona. Donc, le but était de commencer par là puis éventuellement
d'amener les machines dans d'autres Walgreens. La promesse de l'expérience client était
très intéressante. Donc, les clients se rendent chez Walgreens, ils choisissent
le nombre de tests qu'ils souhaitent effectuer via un genre de menu et à l'aide d'une mini
piqûre au doigt, quelques gouttes de sang sont envoyées dans la machine qui se nomme Edison
en l'honneur du célèbre inventeur. Et pendant que les clients font leur course chez Walgreens,
la machine fait les analyses et revient avec des résultats en moins de 30 minutes. Donc,
c'est très intéressant. T'arrives chez Walgreens, tu peux à peu près tout acheter.
On dit pharmacie là, mais pour ceux qui connaissent assez bien le marché américain,
quand tu vas chez Walgreens, tu peux manger là. Tu peux t'acheter des fruits et légumes,
mais la totale. Donc, c'est beaucoup plus qu'une pharmacie. Donc, c'est cool. Tu vas,
tu fais ta petite piqûre, après tu fais tes courses et en sortant,
ben t'apprends que tolère pèse. Quelle bonne nouvelle!
Elisabeth a même réussi à faire passer une loi en Arizona et ça, c'est assez fou,
afin que les patients puissent eux-mêmes effectuer des tests sanguins sans l'approbation
d'un médecin. C'est-à-dire que dans le monde normal, en fait, c'est un médecin qui
va te prescrire des tests sanguins. Il va te donner une feuille avec un genre de formulaire
et puis là, tu vas aller prendre rendez-vous et tu vas avoir le droit de passer des tests
dans un laboratoire. Mais elle, elle a fait renverser cette loi-là pour amener une loi
en Arizona la permettant, elle, de s'insérer dans les Walgreens. Donc, n'importe qui
maintenant peut aller faire des tests sanguins sans l'approbation d'un médecin.
Je trouve ça fou, ça, quand elle fait ça.
Ben oui, c'est une bonne idée en soi. C'est vraiment super quand on a un système
de santé qu'ils font gestionner par exemple, mais par la suite, il faut que ces tests-là
soient fiables et on va y venir. C'était pas toujours le cas avec Terranos.
Évidemment, ce contrat avec Walgreens vient solidifier Terranos et l'attention médiatique
est plus que jamais portée le vers Elisabeth. Toutefois, tout ne se passe pas comme prévu
dans les laboratoires de la start-up. L'attention des médias s'est accrue en
2014 lorsque Holmes est apparu sur les couvertures. Elle en a fait des couvertures
de Fortune, Forbes, The New York Times, Style Magazine même et plusieurs autres.
Forbes a reconnu Holmes comme la plus jeune femme milliardaire autodidacte au monde et l'a
classé au 110e rang du Forbes 400 en 2014, donc le regroupement des 400 entreprises les plus
profitables si on veut. Terranos était évalué à ce moment-là à 9 milliards de
dollars et avait levé plus de 400 millions de dollars en capital risque. À la fin 2014,
le nom de Holmes figurait sur 18 brevets américains et 66 brevets étrangers.
Donc Elisabeth était vraiment perçue comme une des plus grandes innovatrices de notre
siècle. C'est pas rare, c'est très impressionnant.
Oui, vraiment.
Toujours en 2014, Terranos avait fourni plus de 200 tests de diagnostic et était
autorisé à opérer dans la quasi-totalité des États-Américains et même détenait une
certification du CMS qu'on appelle le Centers for Medicare Services. C'est l'organisme fédéral
aux États-Unis qui réglemente les laboratoires médicaux. Donc eux en fait vont faire des tests
et vont analyser un peu ta technologie pour voir si t'es en mesure de mettre ça en vente.
Et à ce moment-là, ça fonctionnait. Donc selon les tests qu'ils avaient faits,
on ne sait pas si ces tests étaient véridiques, mais ils avaient l'autorisation d'être opérés
dans plusieurs États-Américains. Mais ça ne sera pas toujours comme ça.
Non, non, exact. On revient tranquillement à l'histoire qu'on vous a parlé au début de
l'épisode. Fin 2015, les choses prennent une autre tournure alors que certains employés
brisent le silence et entrent en contact avec John Carey-Roo du Wall Street Journal qui a
véhiculé au sein de l'entreprise, notamment à propos de Lidison, la machine qui effectue les
tests. Terranos aurait énormément exagéré les compétences de Lidison en notant que le
dispositif médical n'était utilisé que pour une fraction des tests de l'entreprise malgré les
affirmations contraires de Holmes. D'autres questions concernant l'entreprise et ses
processus secrets ont rapidement fait leur apparition, allant de la décision de Terranos
de communiquer à la Food and Drug Administration américaine des données de tests agrégées,
plutôt que des données de tests primaires aux problèmes de conformité du laboratoire
de l'entreprise à Newark, en Californie. En gros, c'est qu'ils faisaient comme des
moyennes de tests. C'est ça qu'ils communiquaient à la Food and Drug Administration,
c'est la FDA dans le fond aux États-Unis, et ils en mènent l'âge. Ils peuvent vraiment
interdire de pratiquer, de mettre en marché certains produits. Et puis là, c'est ça dans
le fond, ce que Terranos leur envoyait, c'était pas des données brutes, mais vraiment des données
agrégées, des gens de moyenne. Oui, oui, donc ce qui n'est pas plus ou moins, disons,
légit, si on veut. Les données étaient ainsi faussées pour apporter des résultats
favorables à Terranos. L'entreprise a également fait l'objet d'un examen minutieux
en raison des retorts importants, qui l'a pris pour donner aux autorités fédérales un
accès complet à ses dispositifs médicaux et pour soumettre ses dispositifs et technologies
à un examen scientifique par départ. Les employés qui brisent le silence font état
de plusieurs choses qui ne fonctionnent pas dans l'entreprise.
Tout d'abord, la machine Edison est bien loin d'être complétée. La plupart des
grands chercheurs qui ont conseillé Elizabeth n'ont jamais cru à la capacité de
la machine de réaliser les 200 tests promis. Imaginez, il faut concevoir un mini laboratoire
à l'intérieur d'une machine avec plusieurs parties en mouvement. Une pipette motorisée
doit prélever une goutte de sang, la combiner avec plusieurs produits chimiques pour
les différents tests, amener les fioles dans une centrifugeuse, après quoi d'autres
pipettes motorisées doivent reprendre les fioles afin que les analyses soient
En réalité, la machine, c'est un désastre. Du sang coule partout à l'intérieur, les
fioles sont souvent brisées par la manipulation, les fluides sont tout mélangés, ce qui
rend extrêmement difficile l'analyse d'un seul test imaginé en faire 200.
Au labo, le sang coule par terre, des employés doivent nettoyer les machines
remplies de sang potentiellement infectés par différentes maladies. Les conditions
en interne sont insalubres. En plus, il faut parfois plus de six heures à une machine
Edison pour simplement se mettre en marche.
Oui, la beauté avec le logiciel, avec tout ça. C'est clair que la machine,
pour vous dire, selon ce qu'on voyait dans les démonstrations, c'est la grosseur
d'à peu près d'une grosse tour PC. Un peu plus large, soit une grosse tour
ou un peu une imprimante. C'est un peu de cette taille-là.
Imaginez, ce n'est pas évident, imaginez toutes les manipulations humaines qu'on
fait quand on fait un test médical. Parfois, même, les gens se trompent.
Quand, par exemple, ils brisent une fiole ou quelque chose,
souvent, on a suffisamment de sang pour effectuer un deuxième test.
Là, tu as juste quelques gouttes dans une micro-fiole. Les gens disaient que
il y en a qui tombaient par terre dans le laboratoire parce qu'ils doivent manipuler ça.
Il y a quand même une petite partie pour leurs analyses à eux et ça tombe par
terre, ça casse. Il y avait même des vapeurs de sang infectés et c'est pas
bon pour l'organisme. Et même, il y avait des fortes odeurs un peu
dégueulasses à gérer et il n'y a rien qui se passait bien. Dans les
dessins, des fois, les employés disaient qu'il y a du sang qui coulait
même en dehors de la machine. Les pipettes se promenaient avec des petits moteurs à l'intérieur.
Des fois, ça se cognait, c'est en verre, ça se casse, il y a du verre.
Les employés doivent rentrer leurs mains là-dedans avec du verre, avec du sang
infecté. C'est un gros bordel, autant dans le laboratoire que dans la machine elle-même.
Oui, c'est l'enfer. C'est complexe à faire, en tout cas.
Dans les magasins Walgreens, la réalité est bien loin du rêve projeté par
Terranos. Vous vous rappelez de cette promesse de ne jamais utiliser de
grosses aiguilles pour les prélèvements? Justement, c'est une promesse venant
d'ailleurs de la phobie des aiguilles d'Elisabeth. Il ne se trouve
en fait que la majorité des tests sont effectués avec des méthodes
traditionnelles avec de grosses aiguilles et de longs tubes, comme on vous a
parlé tout à l'heure. Ce qui perturbe un peu les clients, c'est
pas ça qui a été annoncé non plus. Non. Les employés de Walgreens, briefés par
Terranos, affirment alors aux clients qu'en raison des tests demandés, de
grosses aiguilles sont nécessaires, donc ils ont comme un peu déformé la
vérité. Oui, c'est une façon de dire « ah bon, on t'a choisi tes tests sur le menu,
ben malheureusement, il y en a 10 sur 12 qui nécessitent la grosse aiguille ».
Oui, c'est ça. Ce que les employés anonymes affirment à John
est encore plus troublant. En fait, lorsqu'un prélèvement est
effectué dans un Walgreens, les échantillons sanguins sont envoyés en
express à Silicon Valley chez Terranos où des employés effectuent des tests
dans leur laboratoire en utilisant des machines conçues par qui ? Par les
compétiteurs, dont ceux de Siemens qu'on vous a parlé précédemment.
Seulement 10 % des tests sont effectués avec des technologies qui
appartiennent à Terranos. Les analyses sont ensuite renvoyées chez
Walgreens quelques jours plus tard. Ainsi, aucune économie de temps,
versus les laboratoires traditionnels, même si c'est quasiment pire d'une
certaine façon, le journaliste est scandalisé par ce qu'il apprend,
et avec raison. C'est normal, imaginez, ils ont levé plus de, on
dit, en fait... 400 millions, je pense. 400 millions, vous allez voir plus
tard, ça s'est rendu à 900 millions sur l'entreprise qui vaut des
traditionnels dans des machines Siemens qui existent déjà, qui sont disponibles
dans tous les laboratoires, mais en plus, t'es en Arizona, tu fais des tests là-bas,
faut que tes tests soient envoyés dans un autre état à Silicon Valley où
Terranos font des tests, puis bien que Terranos soit... il connaît
ça, il y a des bons ingénieurs, il y a des bons biochimistes qui travaillent là, quand
même, c'est pas leur job de faire des tests à longueur de journée comme
ça. C'est pas un laboratoire officiel de tests, c'est une compagnie
qu'ils fabriquent, la machine Edison, puis bon, ils connaissent ça, mais sont pas
rodés, ils n'ont pas les espaces et le workflow, sont quand même encore assez...
même les employés sont surpris de cette méthode-là, ils ne s'attendent pas à
ça, à arrêter tout ce qu'ils font pour faire des tests à la main, alors
que leur but c'est de bâtir une machine qui fait ça automatiquement.
Tout le monde dans la chaîne est perturbé. Oui, c'est pas des
techniciens laboratoires, puis ça ne faisait pas partie de leur tâche, de leur
bouche. Ben non. Et puis là, non seulement ça Seb, les tests sont effectués à
Silicon Valley, renvoyés, ils sont faits avec de gros aiguilles, mais en plus, les
tests qui sont effectués chez Walgreens semblent très peu fiables.
Certains patients, dont John Carey-Roo lui-même, vont comparer les résultats
avec ceux de labos bien établis, même auprès des tests effectués chez
le CMS, on en a parlé tout à l'heure, ceux qui autorisent les
entreprises à avoir un laboratoire de tests, et les résultats sont
parfois complètement contradictoires. Est-ce que les tests de
terranose sont réellement fiables? Donc, bonne question. Évidemment, eux vont
toujours dire qu'il y a une marge d'erreur, évidemment, mais en bout de
ligne, ça semble très peu fiable. Un des employés lanceurs d'alerte va
même affirmer qu'une culture de mensonge subsiste au sein
d'entreprises. Par exemple, lorsque certains bailleurs de fond exigent de
tester les machines sur place, Elisabeth et Sony sont très évasifs et empêchent
la plupart du temps les gens d'entrer dans le labo. On dit que c'est un
secret professionnel, que la technologie est protégée, tout ça. Il arrive
parfois même que certains investisseurs insistent et le modus
operandi, généralement, est toujours le même. Écoutez bien ça, des
techniciens de terranose prélèvent du sang sur le doigt de la personne
avec une micro-fiole et l'insèrent dans la machine Edison, comme
la chose est supposée se dérouler en fait. Par la suite, ils vont amener la
personne, ils vont dire on va faire une petite visite des bureaux, on va vous
montrer les laboratoires et tout ça. Donc, ils partent avec la personne en
question pendant que les tests sont effectués dans la machine. Mais en
réalité, des employés retirent les flacons de sang de la machine et
disparaissent dans les laboratoires pour effectuer en express des tests
manuellement avec des machines Siemens. Et à la fin de la visite, comme
par magie, le visiteur reçoit son analyse. Et là, écoutez bien cela, il arrive
même parfois que les employés n'ont pas le temps ni les compétences pour
effectuer certains tests. Parfois, il n'y a pas assez de sang dans la fiole
aussi pour faire des tests. Ils vont inventer des faux résultats à ce
moment-là. Donc, la situation est catastrophique et de plus en plus la
confiance des employés en interne s'effrite. À chaque fois qu'un
employé soulève un doute auprès de balouanis, il les remet à leur
place en les diminuant et en leur disant qu'ils n'ont pas l'expérience
légale pour statuer si leurs pratiques sont conformes ou non. En ajoutant
qu'ils ne tolèrent pas ce genre de pensée qui bloque et ralentit
l'entreprise. En fait, balouanis ne se rend pas compte que ces gens ne
font que souhaiter que tout se passe pour le mieux pour Théranos. Dans le
fond, eux, ils lèvent des drapeaux mais c'est pour que la chose marche
au moment donné. C'est pas parce qu'ils ont une mentalité de loser. Ça me
fait penser au Fire Festival. Oui, c'est tellement vrai. C'est vrai, on aurait la chance
d'en parler mais c'est un peu Théranos, le Fire Festival de Silicon Valley.
Tu sais, à un certain moment donné, je crois que c'est dans l'histoire
du Fire Festival, c'était son directeur des opérations qui était aussi prof
de yoga. Puis lui, il disait, vous ne pouvez pas envoyer les visiteurs
demain, il pleut, il n'y a aucune tente de montée, ils n'ont nulle part
au logé. Puis, je ne me rappelle plus, Billy McFarland, le boss du Fire Festival,
lui avait répondu, au moins ils vont voir ton beau sourire et tes yoga skills.
Donc, tu sais, il y a vraiment un déni qui était là, une distorsion qui était là et on
sent que c'est la même chose dans le cas de Théranos ici. Mis au fait qu'il y a
un article qui se prépare au Wall Street Journal, évidemment l'article
de John Carerou, Elisabeth Holmes engage la firme d'avocat de David
Boyes, un des avocats les plus connus aux États-Unis qui est aussi sur le conseil
d'administration de Théranos. Il y a du monde sur ce conseil-là.
David Boyes est entre autres reconnu pour avoir défendu Harvey Weinstein
dans le scandale d'agressions sexuelles. Il est reconnu pour ruiner
financièrement ses opposants et les intimider mentalement afin qu'ils
abandonnent leur recours judiciaire. En tant qu'investisseur lui aussi, il
n'a aucun intérêt à ce que l'article du Wall Street Journal sorte. Malgré les
menaces, Carerou va publier son article qui va causer un ron maré dans toute
la Silicon Valley. David Boyes va ensuite s'acharner sur
deux employés de Théranos qui ont parlé aux journalistes. Là, vous allez voir,
c'est assez triste. L'un d'eux, Tyler Schultz qui est le petit-fils de
George Schultz. Vous savez, on en a parlé brièvement, c'est un ancien
secrétaire d'État qui est devenu membre du CA de Théranos en fait.
Très influent, le monsieur. Et pendant de longues années, Tyler, le petit-fils de
George, en fait, George ne croira pas les affirmations de son petit-fils.
Il va même avoir de la discorde entre les deux. Et Tyler va dépenser plus
de 400 000 $ en quelques années seulement en frais légaux, juste
pour, comment dire, assurer un minimum de défense contre les
attaques des hommes de David Boyes. C'est vraiment traumatisant en
de voir un peu briser les liens avec son grand-père qui lui croit Elisabeth
Holmes le dur comme fer. Il y en a une autre, Erika Chung, qui est une
assistante technicienne en laboratoire chez Théranos, qui elle aussi va
lancer des alertes par rapport à l'entreprise. Elle avait refusé
plusieurs autres offres d'emploi à sa sortie du collège parce qu'elle
était charmée par le charisme d'Elisabeth puis sa vision et tout ça
la trouvait inspirante. Après six mois chez Théranos, elle s'est rendu
compte de tous les problèmes et les mensonges qui s'évisaient dans l'entreprise
et elle s'est confiée elle aussi au Wall Street Journal. Et quand Holmes et
David Boyes l'ont appris, ils ont mis toute leur machine de harcèlement en
action pour l'intimider. Elle va être suivie par des hommes en noir,
il y a des voitures qui vont l'attendre à la sortie de sa maison, à la
sortie du travail et elle va être poussée complètement au bord de la
faillite financière. Et n'oublions pas que ces deux employés, ils étaient
âgés d'à peine 21 et 23 ans à l'époque. Donc eux, ils n'ont jamais eu recours à des
avocats. Ils ne connaissent pas ça, les poursuites légales. Ils sortent de l'école,
ils ont des dettes d'études et ils se font harceler par David
Boyes. Ils se font coller des centaines de milliers de dollars de frais
judiciaires. C'est complètement fou. Et afin d'éviter la faillite,
Erika va accepter de témoigner en cours dans un futur procès contre
Terranos. Une façon de dire un peu, ben tu sais, je vais prouver que ce que je
dis est vrai, donc j'aurais pas à payer, j'aurais pas besoin de faire la faillite.
Oui, de se défendre. Ben non, exact. Le scandale va éclater dans le monde des
affaires. Les investisseurs vont commencer à
demander des explications. Walgreens vont aussi retirer leurs espaces de
laboratoire Terranos et demander des remboursements. Les quelques 800
employés de Terranos qui ont travaillé pendant plus d'une décennie
pour l'entreprise vont aussi écoper de dommages collatéraux alors que la
plupart vont avoir beaucoup de difficultés à trouver de nouveaux emplois
en raison du scandale qui a éclaté. Donc plusieurs entreprises en biochimie
vont refuser leur candidature simplement par association, croyant
qu'ils ont participé aux mensonges. Tu deviens un peu marqué au fer
rouge. Tu as travaillé chez Terranos toi? Bon, tu dois être un
croceur. Oui, par association. Exact. Donc c'est bien triste pour eux
puisqu'ils ont tout fait pour tenter d'éviter le pire.
La plupart des employés ont levé des drapeaux à la direction de Terranos en
disant « ça marchera pas cette histoire-là, on n'est pas sur la bonne
voie ». De nombreuses sommités de l'université de Stanford l'ont aussi
levé ces drapeaux-là puis il n'y a rien qui a été fait.
Mais il y a encore des choses encore plus tragiques qui vont arriver, Seb.
Assez incroyable. En 2005, Elizabeth Holmes a engagé
James Gibbons, un biochimiste britannique qui avait fait des recherches sur des
systèmes permettant de manipuler et de traiter des minuscules quantités de
fluides. Pour elle, c'est un expert. Exact. Sa collaboration avec d'autres
scientifiques de Terranos a donné lieu à 23 brevets selon les dossiers
déposés auprès de l'Office américain des brevets et des marques de
commerçants. Sa collaboration avec d'autres scientifiques de Terranos a
donné lieu à 23 brevets selon les dossiers déposés auprès de
l'Office américain des brevets et des marques de commerce.
Gibbons est une sommité à Silicon Valley. Il donnait souvent des
formations internes sur la biochimie aux employés de Terranos.
Quelqu'un qui était très respecté en interne aussi. Ces brevets montrent
comment l'idée originale de Holmes s'est transformée en modèle économique
pour l'entreprise. Mais les progrès ont été lents.
Le docteur Gibbons affirmait que rien ne fonctionnait. Plus il soumettait
des doutes auprès de la direction, plus on l'isolait.
Éventuellement, Yan n'avait même plus de bureaux imaginés. Il n'était plus
impliqué dans les décisions stratégiques, lui qui pourtant avait
beaucoup à apporter. C'était une vraie tête.
C'était un peu le Gandalf biochimiste de la place.
En tant qu'initié, Gibbons était au courant des mensonges de Holmes aux
employés et aux personnes extérieures concernant la technologie et l'état de
préparation de Terranos, ainsi que des fausses démonstrations aux clients.
Ainsi, Gibbons ne fait plus confiance à Élisabeth. Cependant, il a continué à
se battre pour que la technologie défectueuse soit à la hauteur du
battage médiatique. Lui, il voulait quand même amener un vrai produit.
À l'automne 2010, Channing Robertson, l'ancien doyen de l'Université de Stanford,
menteur d'Élisabeth, a alerté des plaintes et des frustrations de Gibbons,
qui a ensuite été licencié. Plusieurs de ses collègues ont fait pression à sa
faveur et il a été rapidement réembauché avec des responsabilités
réduites en tant que consultant technique au sein du groupe de chimie
qui dirigeait auparavant. À imaginer l'ambiance. Je pensais à lui,
j'étais là, il retourne travailler là, ça ne doit pas être tenté tant que ça.
Tu viens de te faire mettre dehors, finalement, on t'réembauche
parce qu'il y a de la pression à l'interne, l'ambiance...
C'était quelqu'un qui était dévoué. Pour lui, il était un homme de dévouement,
puis il trouvait vraiment qu'il y avait une belle mission derrière ça.
Oui, oui, je comprends. Le 15 mai 2013, Gibbons a été informé
qu'il devait faire une déposition dans un cas de vol de brevet de la part d'Élisabeth.
Après que Terranos l'ait activement découragée de témoigner, un avocat lui a envoyé par
courriel un billet du médecin qui pouvait être adapté pour l'excuser, pour ne pas
Le soir du 16 mai, Gibbons a pris une combinaison de médicaments et d'alcool dont, en tant que
scientifique en biologie, il aurait clairement su qu'elle était fatale. Le lendemain matin,
il a été découvert malheureusement par sa femme sur le sol de la salle de bain,
inconscient et respirant à peine. Il est mort à 67 ans d'une insuffisance
hépatique à l'hôpital le 23 mai 2013. Lorsque sa femme a appelé le bureau de Holmes,
écoutez seul, pour signaler son décès, cette dernière ne l'a même pas rappelé,
et au lieu de ça, sa femme a reçu un courriel d'un avocat de Terranos lui demandant de rendre
immédiatement l'ordinateur portable de l'entreprise de Gibbons et toute information
confidentielle qu'il aurait pu avoir à sa possession. Aucune sympathie, aucun remerciement,
des vrais salauds sans cœur, de sérieux. Ben oui, ça n'a pas de bon sens, moi ça,
ils ont pris tout ce qu'ils pouvaient de cet homme-là, ils l'ont réduit, ils ont réduit son égo,
puis sa santé mentale à zéro. Et au moment où il devait, on voit que c'était un homme de
valeur, ça lui faisait peur de les témoigner contre son boss, puis il ne voulait pas le
faire, puis il s'est suicidé avant de le faire. Aucun remerciement, juste un courriel,
je pense qu'elle lui a même pas parlé. En fait, c'est une secrétaire qui a contacté sa femme,
elle lui a dit amène-nous le laptop de Jan Gibbons, elle s'est pas rendue plus loin que
la réception. En fait, elle a jamais rencontré personne, elle a laissé ça à la réceptionniste,
puis dans une boîte, puis elle est repartie, et puis ils se sont jamais reparlés. Ça n'a pas
de bon sens. C'est dégueulasse. En juillet 2016, le CMS a notifié Terranos que la
société n'avait pas fourni de documents adéquats montrant qu'elle avait corrigé ses erreurs
précédentes et qu'elle s'était conformée aux réglementations fédérales. Ils ont donc bloqué
Terranos pour qu'elle ne reçoive pas de remboursement de Medicare et a interdit à
Holmes de posséder ou d'exploiter un laboratoire médical pendant deux ans. Sonny Balwany a
reçu lui aussi cette interdiction et il quittera la présidence de Terranos dans la
du CMS. Donc enfin, les choses commencent à se passer. Mais là, les investisseurs pètent
leur coche en bon québécois parce que vraiment, ils se demandent ce qui s'est passé. Il y a des
centaines de millions de dollars, voire des milliards qui sont perdus parce que Terranos
n'était pas en bourse, mais il y a quand même une valuation qui est effectuée par les
banques et les fonds d'investissement en capital risques. Et là, ça ne vaut plus grand
En mars 2018, la Security and Exchange Commission, la SEC, des États-Unis a accusé Holmes et l'ancien
président de Terranos, Balwany, de fraude en prenant plus de 700 millions de dollars à
des investisseurs tout en faisant la publicité d'un faux produit. Elisabeth a réglé les
accusations avec la SEC en acceptant de payer une amende de 500 000 $, de remettre près
de 19 millions d'actions de Terranos pour renoncer à sa participation majoritaire dans
la société et de consentir à ne plus pouvoir exercer les fonctions de dirigeant ou de
directeur d'une société publique pendant une période de 10 ans. En échange, tant
Holmes que Terranos ont pu éviter d'admettre ou nier encore les allégations de la SEC
à leur encontre. Bon, déjà, ils commencent à avoir une certaine forme de jugement
qui est faite. En juin 2018, cependant, Elisabeth et Balwany ont été inculpés
pour fraude électronique par les autorités fédérales. Le même jour, Holmes a quitté son
poste de PDG et plus tard dans l'année, Terranos a cessé ses activités.
À partir d'août 2021, Holmes a été jugé par un tribunal fédéral pour 11 chefs
d'accusation de fraude et en janvier 2022, elle a été reconnue coupable de 4 chefs
d'accusation pour avoir fraudé les investisseurs, dont 3 chefs d'accusation de fraude électronique
et 1 chef d'accusation de complot pour fraude électronique. Le jury l'a déclaré non coupable
des 4 chefs d'accusation de fraude à l'égard des patients et n'a pas réussi à rendre
un verdict sur les autres chefs d'accusation. Pendant son procès, Elisabeth a aussi affirmé
avoir été abusé sexuellement et psychologiquement par Balwany que celui-ci
était extrêmement contrôlant et qu'il est en partie responsable du climat de secret qui
régnait chez Terranos. Celui-ci va démentir ses affirmations avec grande ardeur. On veut
bien croire les victimes dans les cas d'agressions sexuelles, de harcèlement et tout, mais mettons
qu'Elisabeth n'est pas à son premier mensonge ici, donc permettez-nous d'en douter légèrement.
Elle va recevoir d'ailleurs, elle ainsi que Balwany, ils vont recevoir leur
sentence en septembre 2022. Donc il est possible que cette sentence-là aille jusqu'à
20 ans. Apparemment que ce ne sont pas des chefs qui sont cumulatifs, je crois, donc ça risque pas d'être 200 ans de prison, ça risque d'être un genre de...
Ou 20 ans ou moins, tout dépendant de la gravité. Mais ça, on va y revenir à un autre détail là-dessus.
Et toi Seb, tu es un peu concentré sur justement la correspondance entre Holmes et Sonny. Est-ce qu'il y a des choses là-dedans qui pourraient être incriminantes dans un cas de procès?
Oui, c'est assez intéressant parce que justement ces discussions-là sont ressorties durant le procès.
Il faut savoir que Holmes et Sonny ont eu une relation d'une durée de 12 ans quand même.
Les messages textes, parfois banales, parfois loufoques, ont été publiés comme pièces à conviction dans son procès.
À cause de ça, en fait, les échanges privés qui étaient échangés entre Sonny et Elisabeth, c'était toujours via Skype ou par texto SMS standard.
Ça équivalait à 600 pages de documents et ça s'étend de juin 2011 à juillet 2016.
Le gouvernement a publié des messages en prévision du fait que Holmes tenterait en fait de blâmer Balwany pour la mauvaise gestion de l'entreprise.
Bien sûr.
Donc il essaie d'avoir un regard peut-être un peu plus juste parce que par les textos, généralement, on ne ment pas ou du moins on va être plus honnête ou la communication va être plus directe avec la personne.
Au moment du procès, c'est intéressant de le préciser, ils ne sont plus enceintes.
Oh non, pas du tout.
Ils se détestent même et Elisabeth Holmes a même un nouveau mari.
Oui, enceinte. Ça aussi, j'ai hâte de voir avec le jugement pour une femme enceinte à la prison.
C'est pas drôle. Je comprends qu'en tout cas, on verra bien.
Ça va être intéressant à suivre.
Oui, effectivement.
En plus de leur relation amoureuse, les échanges montrent des détails sur leur style de vie assez haut de gamme.
Qui menait alors que Theranos saignait des centaines de millions de dollars.
Ce que l'on peut relever d'intéressant les messages, entre autres, c'est que Holmes, elle, se le décrit souvent comme la meilleure femme d'affaires de l'année et qu'elle a une totale confiance en elle-même.
Souvent, elle répétait ça à plusieurs reprises.
Également, on voit tout le courtisage, si on veut, des investisseurs de haut niveau au début quand ça s'est passé.
Par exemple, Elisabeth, elle écrivait à Sony « Je viens de terminer les appels. Alice Walton pour 50, confirmé 100, Greg. »
Elle fait apparemment référence à Alice Walton de la famille Wal-Mart.
L'identité de Greg, par contre, n'est pas claire.
La famille Walton, il faut savoir qu'elle a investi 150 millions de dollars en 2014.
Celle-là, j'ai quelque chose à vous raconter aussi.
Rupert, pour plus de 100. Rupert Murdoch, c'est le propriétaire d'un des gros magnas de médias aux États-Unis.
Lui, il a investi 125 millions de dollars.
Ce qu'il faut savoir, c'est que Murdoch possède le Wall Street Journal.
Quand l'histoire est sortie, elle a demandé à Murdoch de faire enlever l'article, mais ça n'a pas marché.
Ça ne marche pas comme ça.
Non, même s'il est investisseur et qu'il s'est un peu un des patrons, ça n'a pas eu l'impact.
Bien non.
Même lui, je pense qu'à un moment donné, il a dû sentir la soupe chaude par rapport à ça, quand c'est sorti dans ses propres médias.
Et mon Dieu, il n'a pas dû être content.
Et non.
Balwany a répondu génial.
Là, il lui dit, je pensais à ça aujourd'hui.
Il n'investisse pas dans notre entreprise, il investisse dans notre destin.
Bien sûr.
C'est une prédiction qui est assez inquiétante étant donné la suite des choses avec ce qu'on sait de Terra Nose.
Autre chose qui est intéressante, il y a un gros voyage à Las Vegas qui s'est passé, même quand les choses n'allaient vraiment pas bien.
Dans un texto de groupe de avril 2015, le frère de Holmes, Christian, lui envoie un message, ainsi qu'à Balwany, à propos d'un voyage, d'un prochain voyage à Las Vegas.
Je ne sais pas si ce sont des options.
Suite présidentielle au Four Seasons à 3000 $, une suite au Mandarin Apex à 3400 $ ou la suite présidentielle à 15 000 $.
Ou plutôt, soyons modestes, une petite suite à 700 $ avec vue sur le parcours de Golch.
Pourquoi pas?
Bien oui.
Selon une source qui travaillait à Terra Nose et qui était au courant de ce fameux voyage à Las Vegas, le groupe prévoyait un escapade d'un week-end.
L'employé a rappelé que cette période-là était assez trouble pour l'entreprise avec toutes les sorties médiatiques.
Notamment le départ du directeur de laboratoire, Adam Rosendorff.
On ne sait pas si c'est Terra Nose non plus qui a payé le voyage, mais on peut quand même s'en douter.
Puis même à cette époque-là, l'employé disait que les gens disparaissaient de l'entreprise et partaient sans avoir un autre emploi qui les attendait.
Vous voyez que l'entreprise était à l'arrêt et que c'était un énorme « red flag ».
Ben oui, quand les gens préfèrent ne pas avoir d'emploi que de travailler là.
Ben oui, exact.
Dans une autre série de SMS qui était également de avril 2015, Balwany semble reconnaître que le timing du voyage n'est peut-être pas l'idéal.
Puis là, il lui dit « Le voyage à Vegas est une telle distraction, mauvais timing, mais les gars ont acheté tout ce qui n'est pas remboursable, alors nous le ferons.
Mais je ne veux pas de distraction jusqu'à ce que nous gagnions. »
« Je n'ai jamais aimé les distractions. »
Et là, il a enchaîné un autre texto pour le souper.
On peut essayer les trois étoiles Michelin ou on peut essayer tous ceux qui sont les mieux notés au niveau national et voir ce que nous pensons.
On voit que malgré tout ça, continuons de vivre dans la luxure.
Ben oui.
Plus tard, il a même dit avoir engagé des services de sécurité privés pour surveiller leur chambre d'hôtel.
Donc, allons le dépenser.
Autre chose aussi, on vous a parlé qu'il y avait une relation abusive entre les deux en fait, c'est qu'ils ont démontré la plupart des textos qui ont été analysés.
Finalement, on se rend compte qu'il n'y a pas, en tout cas du moins par textos, ce n'est pas ce qui en ressort.
En fait, même Balwany, il est toujours là pour l'encourager, il l'aide, il envoie des prières, des pensées positives.
Il voulait même la faire rencontrer Tony Robbins, le fameux coach, le motivateur, pour l'aider.
C'est toujours lui qui lui dit plus de je t'aime, plus qu'il est en amour.
Elle lui répond ça aussi, mais souvent elle répond idem.
Puis, on a même relevé qu'elle a répondu dans les neuf pages qui ont été, qui ont servi pour le procès, elle répond idem, dito en anglais, neuf fois.
Donc elle est très très brève souvent dans ces échanges.
Donc, pas qu'elle manipule, mais par les textos, on ne sent aucune manipulation.
On ne la sent pas sous son emprise, ou un saut, au contraire, il est plus là pour la lever en fait, jamais qu'elle se décourage, puis tout ça.
C'est sûr qu'il l'encourage dans sa distorsion cognitive d'une certaine façon, mais ça ne semble pas abusif par les textos.
Donc c'est ça, puis au niveau des textos, ça ressemble un peu à ça, donc j'ai hâte de voir au procès de Sony comment tout ça va ressortir.
Petit détail aussi que j'ai remarqué, Élisabeth a eu des fans aussi, les homies en fait pendant le procès.
Il y a un dude qui a fait un site qui s'appelle WeAreElisabeth11 sur Etsy en fait, pour vendre plein de choses, des tasses à café, des t-shirts, etc.
Il a créé un compte Twitter pour ça.
Donc il dit, dans la bio du compte Twitter, c'est d'abord ils vous prennent pour une folle, puis ils se dressent contre vous, ils vous finissent par changer de monde.
Et ça, elle avait prononcé ça.
Oui, c'est une de ses phrases populaires.
Exact, en 2015 justement, juste à peu près au même moment qu'il y a eu un doute qui a été soulevé sur sa technologie.
Mais dis-moi Emile, où est rendu Sony dans tout ça?
Il est un peu sorti de nulle part, c'est intéressant de voir où il est rendu.
Son procès pour fraude a été encore une fois retardé, il devrait maintenant avoir lieu en mars de cette année, donc on va suivre ça avec grande attention.
À l'origine, il devait avoir lieu le 15 février, mais il était reporté en raison de problèmes liés à la COVID.
Il s'agit du deuxième retard de son procès, dont le premier était dû à la durée inattendue du procès de Holmes qui a été très long.
Balwani est accusé de neuf chefs de fraude électronique et de deux chefs de complot en vue de commettre une fraude électronique.
Il a plaidé non-coupable.
Chaque chef d'accusation est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à 20 ans de prison comme Elisabeth qui seront probablement purgés simultanément, tout comme Elisabeth elle aussi.
L'angle du procès sera particulier car une grande partie de la défense de Holmes a blâmé Balwani pour tous les problèmes de l'entreprise.
Donc, il va devoir un peu se défendre de ça.
Comme discuté tout à l'heure, Holmes a témoigné qu'il était responsable des opérations et des finances du laboratoire de Terranos et il a dit qu'elle n'avait jamais remis en question les décisions qu'il avait prises.
Évidemment, elle lui a dit que lui contrôlait sa vie, même qu'il avait agressé sexuellement ce que l'avocat de Balwani aurait nié.
Également, nous n'aurons pas le verdict final de la condamnation de Holmes tant que le procès de Sony ne sera pas terminé lui non plus pour ne pas interférer ou influencer le jugement de l'autre procès.
Donc en gros, c'est une histoire à suivre, mais moi je suis persuadé que ces gens-là ont eu le temps de s'en mettre plein les poches avant que tout ça arrive.
Je ne crois pas que ces gens-là soient du tout à la rue en ce moment.
Non, non, non, eux-mêmes ils partageaient, ils étaient encore propriétaires d'un appartement qui coûtait 5000 $ par mois, même Balwani et Holmes.
Et ils se partageaient durant le procès, à l'automne dernier, ils se partageaient cet appartement-là de ce que j'ai lu.
En 5000 $, c'est un 2,5 sur le plateau Montréal.
Oui, exactement.
Donc non, c'est certain que tout ce beau monde-là s'en est mis plein les poches.
Lui, il avait déjà quand même accumulé de l'argent avant.
Mais elle, je ne le sais pas, mais de ce qu'on a lu, elle a encore un haut train de vie.
Je ne sais pas comment ils font pour cacher cet argent-là.
Et ils n'ont pas eu à la redonner non plus, donc je ne veux pas...
Il doit y avoir des façons de faire en sorte avec la loi de la protection de la faillite aux États-Unis.
Mais il y a peut-être une façon à ce que ça ne t'atteigne pas personnellement.
Il y a toujours moyen, je pense, d'aller cacher des fonds.
Ils font tous, ça fait que c'est sûr qu'il y a une mécanique.
Oui, parce que sur papier, elle était milliardaire.
Donc c'est une quantité d'argent perdu assez incroyable.
On parle de 900 millions qui ont été perdus dans la fraude de Terra Nose.
C'est assez hallucinant.
C'est assez fou, évidemment, il n'y a personne dans la vie qui peut rembourser 900 millions de dollars.
Il n'y a personne qui va le faire non plus.
On l'a vu, elle, elle a remboursé 500 000 dollars dans sa sentence.
Des actions qui valent rien.
Et des actions qui valent pas grand-chose.
C'est presque un soulagement de s'en débarrasser.
J'ai ben hâte de voir.
On dirait que moi, je suis un peu pessimiste en lien avec ces gens-là.
On en voit très peu faire de la prison de ces criminels au col blanc, si on veut.
Il y a un certain changement, je le sens, au niveau de la justice.
Parce qu'ils veulent, c'est ça, il y a eu trop d'abus.
J'ai l'impression qu'il va être puni.
Puis même dans l'after show, on va discuter d'un autre cas, une moins grosse fraude.
Mais quand même plusieurs millions de dollars, plusieurs dizaines de millions de dollars.
Même le verdict n'est toujours pas rendu.
Mais je trouve que la justice, je pense qu'elle va être de plus en plus sévère pour éviter.
Parce que, comme tu dis, ce procès-là de Terra Nose a tellement été médiatisé.
Il faut que ça envoie un message clair aussi.
J'ai l'impression que ça peut servir d'une forme de jurisprudence,
ou du moins comme on come ici avec les armes à feu,
où tout ça tombe dans des peines sévères pour essayer de disculper,
pas disculper, pardon, dissuader des gens de peut-être refaire cette erreur-là.
Ben oui, alors c'est complètement fou.
Puis je pense que depuis cette histoire-là,
en fait, il y a beaucoup plus d'investisseurs qui sont frileux à se lancer,
comment dire, précocement dans des investissements comme ça,
sans avoir vraiment de preuves à côté et autres.
Puis de se douter un peu des gens qui veulent trop changer le monde.
Il y a un peu, je sais plus trop dans quel documentaire,
on va vous les dire tout à l'heure, tout ce qu'on a regardé,
tout ce qu'on a lu en lien avec cette histoire-là.
Mais il y a un peu le syndrome de la bonne cause qui,
je sais pas si c'est ça le terme exactement,
mais ça appuie un peu cette forme de déni et de distorsion cognitive,
jusqu'où on est prêt à aller pour justement changer le monde.
Puis c'est troublant.
Toi, qu'est-ce que tu penses de ça, Seb?
Est-ce que tu crois qu'Elisabeth Holmes,
elle était volontaire dans toute cette fraude-là
ou qu'elle s'est fait manipuler
ou qu'au contraire, elle était peut-être pas consciente
de tout ça jusqu'à un certain point?
Ah, c'est une bonne...
Je pense qu'il y a eu plusieurs étapes, en fait.
Ceux qui l'ont pas encore vu Elizabeth Holmes,
vous allez voir, c'est une blonde avec des grands, grands yeux bleus, très...
Elle ne clingue jamais des yeux, apparemment.
Oui, exactement.
Quand j'avais vu un employé qui disait ça,
là, je me suis mis à l'observer.
Elle clingue des fois,
mais c'est vrai que pendant certaines interviews,
même dans le documentaire d'AGBO,
ils font exprès,
ils nous montrent une longue séquence
où elle ne clingue jamais des yeux,
puis c'est vrai que c'est fréquent.
Mais elle a un charisme.
Puis même, ça a été un peu de dénoncer
beaucoup des investisseurs qu'elle a courtisées.
C'était des hommes d'une autre génération,
puis elle s'exprime bien.
Moi, je pense qu'il faut pas enlever l'aspect charisme
du processus, au départ,
qui était en mesure de lever de l'argent.
Je pense qu'elle croyait à son idée,
mais je pense qu'elle trouve un peu un but d'elle-même,
parce que lorsque sa professeure,
qui est quand même expérimentée,
lui a dit, et plusieurs autres,
que ça ne pouvait pas fonctionner.
Je comprends que dans la vie,
il ne faut pas toujours écouter
quand les gens disent que ça ne fonctionne pas.
Puis même Steve Jobs,
dans sa biographie,
souvent, il poussait ses développeurs
à des niveaux loin,
à des choses qui n'existaient pas.
Mais à un moment donné,
je pense qu'il faut que tu sois capable de t'arrêter.
Puis c'est vrai qu'à un moment donné,
pendant peut-être 5 ans, 10 ans,
elle lève de l'argent, il y a des gens qui travaillent,
il y a des gens qui montent la machine.
Il y a eu du vrai développement qui a été fait.
Mais ça doit être tellement dur.
J'ai l'impression que c'est une question d'orgueil.
C'est qu'à un moment donné,
tu es tellement rendu loin dans le processus,
sans placer un mensonge,
mais avec ton idée,
tu te rends compte que ça ne marche plus.
Mais qu'est-ce que tu fais?
Elle a te levé tellement d'argent.
Je pense que c'est ça.
Puis tu n'as pas le choix de créer une bulle de déni.
Moi, j'ai l'impression que c'est plus Balwani
qui se faisait justement manipuler
par le charisme d'Elisabeth malgré tout.
Même si lui, il la relevait.
Je pense qu'elle s'appuyait beaucoup sur lui
pour une forme de réconfort
et tout ça.
Dans les textos, on voyait
qu'il était toujours là pour elle,
pour la soutenir.
Quand elle dit qu'elle ne remettait rien
en cause de ses décisions,
en même temps, je suis comme,
ça reste son projet à elle.
Je trouve ça drôle qu'elle appelle tout
dans sa cour.
Ça va lui revenir, l'élastique va revenir.
Ça n'a pas de bon sens.
J'ai l'impression qu'au début,
elle y croyait fermement.
À un moment donné, on dirait que tu n'as plus
de point de non-retour.
Et même, je me pose la question,
qu'est-ce qui sera arrivé si, exemple,
elle avait relâché l'élastique plus tôt?
Faut-tu rembourser?
Je ne le sais pas.
Je pense que tu n'es pas obligé
de rembourser un investisseur.
Quand tu as investi, il faut que tu assumes
que tu peux perdre.
J'ai l'impression que c'est un mélange
de toutes sortes de choses
qui l'ont amené à ça.
Je pense que c'est une fille très brillante.
Sans doute.
Elle a quand même accompli des choses.
Je sais qu'il y a des brevets qui sont contestés,
mais on en a quand même créé plusieurs.
J'ose croire que ça reste
une bonne taille qui a été un peu...
C'est ça.
L'argent, la réussite, le succès,
les magazines.
Tu es le front du fortune.
Ça doit grossir ton égo, pour vrai.
C'est clair.
Comment tu perçois tout ça?
Moi aussi, je crois avec
un peu le syndrome de la bonne cause
et aussi la distorsion cognitive.
On l'a vécu,
on connaît.
On a un ami qui s'est lancé
dans un gros projet un moment donné
et qui a connu malheureusement
un échec à ce niveau-là.
Ce n'est pas évident
de s'arrêter.
J'ai l'impression que c'est un manque d'expérience.
Un manque d'expérience des deux.
Balwani,
il avait une expérience d'avoir encaissé
du cash dans la bulle internet
de fin des années 90.
Mais en même temps, il ne connaît rien
aux tests de laboratoire.
Il n'est aucunement qualifié
pour superviser
ou pour avoir
un regard éclairé
sur le temps qui reste
à développer la machine ou autre.
Elisabeth Holmes,
c'est presque sa première entreprise.
Est-ce qu'elle le sait vraiment
ou s'arrêter?
Je suis sûr qu'il y a des mécanismes.
Il y a des conseillers.
Il y avait tellement de gens autour d'elle.
Elle avait le CA le plus
qualifié de l'histoire des États-Unis.
Théranos a opéré
pendant plus d'une dizaine d'années.
Dans ces dix ans-là,
elle aurait pu se rendre compte
qu'il y a quelque chose qui ne marchait pas.
Elle aurait pu sans doute sauver la donne.
Peut-être perdre un peu d'investissement,
mais peut-être aller en chercher d'autres
en ajustant les timelines,
en disant
le mini lab à la maison,
on va mettre ça sur pause,
on va se concentrer sur notre machine Edison.
Peut-être qu'on peut...
Je sais qu'eux étaient complètement fermés.
Il y avait vraiment
un regard à la Steve Jobs.
Du genre, c'est gros comme ça,
ça ne doit pas changer.
Mais Steve Jobs ne faisait pas
des tests médicaux.
Il n'y avait pas de centrifugeuse
dans un Apple.
Ça ne gère pas de fluide.
Il y a beaucoup de trucs motorisés.
C'est un mini robot.
Très complexe, la machine Edison.
Ça ne peut pas être
un centimètre de plus gros.
Mais peut-être qu'avec
des bons conseils,
s'ils avaient été plus transparents
avec leurs investisseurs,
peut-être qu'ils auraient réussi
à sauver la face dans ce scandale-là.
Il y avait tellement d'experts
autour d'eux qu'ils leur auraient dit
attendez une seconde,
on va prendre une pause,
on va dire où est-ce qu'on en est,
on va aller chercher de l'aide
où on en a vraiment besoin.
Est-ce qu'on a besoin d'ingénieurs
en robotique pour mieux
avancer et tout ça?
On dirait que non, ils ont foncé
droit dans le mur en pensant que
tout allait se régler par soi-même.
Par magie, exactement.
Tu as raison, il aurait pu
redresser le modèle d'affaires,
changer un peu tout ça,
peut-être finalement avouer
qu'on a besoin de plus grosses fioles.
On peut revenir en arrière aussi.
Tu as raison.
Les choses auraient pu être autrement.
L'entreprise aurait pu fermer.
Il y en a plein d'entreprises
qui développent quelque chose.
Ça ne fonctionne pas. Ils ferment.
Mais là, elle va faire de la prison.
C'est grave.
Il y a quelqu'un qui s'est suicidé?
Oui, il y a plein de conséquences.
Les dommages collatéraux sont énormes.
On ne les a pas nommés,
mais quand on vous parlait des employés,
quand ils ont ça dans leur CV, etc.
Pour certains, c'est 10 ans de perdu.
Oui, ça n'a pas de bon sens.
C'est dramatique.
Dites-nous ce que vous en pensez, les distordieux.
S'il y en a parmi vous qui ont de l'expérience
ou qui ont travaillé à Silicon Valley
et qui veulent nous en parler, faites-nous en part.
On est partout, on est sur Facebook,
on a un groupe de discussion privée aussi
que vous pouvez rejoindre
ou on discute avec notre belle communauté.
On est sur Instagram, bien sûr, sur YouTube,
sur Twitter, on est facile à trouver.
Je ne vous donne même pas l'adresse.
Vous allez le trouver, j'en suis sûr.
Pour cet épisode-ci, on a tout lu,
on a tout écouté, on a tout regardé, moi et Seb.
On vous conseille de regarder
The Inventor, un documentaire sur HBO
qui est très bon.
John Carreroo, qui a écrit
les articles du Wall Street Journal,
allez lire ça, il a aussi écrit un livre
qui s'intitule Out for Blood
in Silicon Valley.
On vous conseille aussi d'écouter
l'excellent podcast de Dropout
qui a été fait il y a quelques années
mais qui reprend quand même
avec le procès qui s'est déroulé tout récemment.
Il y a aussi un autre documentaire
sur YouTube qui est The Valley of Hype
à propos de cette histoire-là aussi,
à propos de d'autres scandales
qui sont en lien avec la Silicon Valley.
Donc vous ne manquerez pas de contenu.
On vous rappelle que Distortion, c'est une création
de moi-même, Émile Gauthier et Sébastien Lévesque.
Le montage est effectué
par André Beaupré.
La musique de cet épisode-ci,
la musique d'Interlude au centre,
serait une création de moi-même.
Et puis, on n'a pas le choix de remercier
nos chers membres Patreon, mon cher Séb,
je te laisse commencer.
Un gros shout-out à
Christopher Lloyd S, Mélanie L,
Selnis Xav B
et Le Oulà Mystérieuse
de Dieu.
Un gros high-five à
Beard Prod, à Julie D,
à Marie-Laure, à Rapo
et à Félix G.
Et on continue avec l'anecdote
de podcast Montreal Vox Pop,
Mélanie B, Émilie P,
Nesquieu
et je termine avec Mélanie D.
On ne pourrait pas vivre sans la pluie
de Émile M,
de Starbucks Lover,
de Chaton Martinaise,
de Juliane BV et de Fanny P.
Je poursuis l'amour
avec Alexandre S,
Stéphanie AB,
Maxime N,
Marie-Michelle G et Auror B.
On fait un gros câlin à
Vince C, à Émeline
Stéphanie P, à
P.Y.D, à Maserina
et à Marilou B.
Et un gros shout-out à
Élise N d'OAA,
à Boris P,
à Édouard N
et Tristan N.
On veut aussi souligner l'apport
de Sarah B, Ariane L,
Marie-Ève S
et le très mystérieux
ou la mystérieuse Nilex.
Merci à vous.
Et pour terminer Seb, aurais-tu un mot de la fin
pour nous ce soir ?
Méfie-vous des gens qui portent des cols
roulés noirs et ne clignent pas des yeux.
Oh !
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